Marie Orensanz — 40 ans de réflexion

Exposition

Dessin, installations, photographie, sculpture

Marie Orensanz
40 ans de réflexion

Passé : 9 avril → 31 mai 2015

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Marie Orensanz, plasticienne franco-argentine née en 1936, est l’une des figures incontournables de la scène artistique sud américaine de ses quarante dernières années. Louise Bourgeois de l’Amérique Latine, elle est en France paradoxalement encore méconnue. Son exposition-rétrospective à la School Gallery — Olivier Castaing « 40 ans de réflexion » est l’occasion de (re)-découvrir une œuvre libre, humaniste, conceptuelle, sensible, minimale, poétique, une œuvre qui, dans ces heures troublées de notre histoire, nous invite à penser. Penser. Et penser encore.

Depuis quarante ans, Marie Orensanz pense le monde. Elle interroge la société, la liberté, l’injustice, la révolte. Elle questionne la mémoire, le courage, la violence et l’oppression, elle marque les incertitudes de l’être et les confusions de l’esprit. Depuis quarante ans, elle fait de l’énergie passionnée de la pensée, le socle de son œuvre. Et elle cherche dans la matière ses formes esthétiques et ses forces relationnelles, des formes où s’emmêlent la poésie, le minimalisme et l’art conceptuel.

« Les choix esthétiques sont politiques » disait Felix Gonzalez Torres. Pour Marie Orensanz, ils sont des dénonciations, des vecteurs de résistance. Dans son manifeste d’Éros, en 1973, elle écrit « Penser est un fait révolutionnaire ». Cette phrase est une flèche qui va traverser de part en part toute son œuvre jusqu’à devenir monument aux victimes du terrorisme d’État dans le parc de la Memoria à Buenos Aires en 2009. Et les mots creusent l’acier encore, dans la sculpture « Les racines sont féminines », hommage à Azucena Villaflor et aux mères de la Place de Mai (Mar del Plata, 2009). Sur son front de femme, aussi, l’artiste inscrit « LIMITADA » tout en posant sur les ongles de ses doigts un vernis de peinture en signe de contestation (1974). Et quand deux flingues noirs se défient, barbares et ridicules, sur la blancheur d’une plaque de marbre, Marie Orensanz scelle leur tombe et leur sort en trois mots : toucher le fond (2005).

Le texte et la pensée s’arriment à la matière, toujours. Et le message est comme soudé à l’objet. Dans les blocs de marbre de Carrare ou sur des feuilles de papier, l’artiste trouve très tôt un lieu pour l’esprit. Le marbre et le papier, malgré leur apparente distance, ont une peau blanche, fragile, sensuelle même. Et elle dessine sur eux des paysages à la frontière du sensible et du concept. Elle couche sur leur corps une langue libre et mystérieuse. Marie Orensanz invente un graphisme de la pensée où l’on trouve des flèches, des virgules, des lignes parallèles ou en pointillées, des tangentes, des virages, des croix, des chiffres et parfois, des tâches de couleurs, des fleurs vénéneuses, de minuscules voitures brisées en deux et de tout petits hommes, à pied ou à vélo.

Ses marbres sont des fragments de monde, des morceaux d’âme chargés d’inflexions, d’ouvertures, de bifurcations, d’inachèvements où seuls quelques mots, ici et là, imposent leur force. Ils sont des géométries affectives pleines de signes, de pictogrammes, de vides laissés, de symboles dans lesquels il faut s’engager pour trouver un chemin vers l’esprit ou vers le cœur. Les symboles réveillent toujours les consciences. Comme un architecte du sensible, Marie Orensanz esquisse des plans poétiques, des cartes imaginaires qui sont autant de rencontres et d’invitations au dialogue. A celui qui regarde d’animer l’œuvre, de la nourrir, de la compléter, de la transformer. A celui qui voit de prendre et emporter les petites parties d’une pensée vivante qui semble ne finir jamais. Il y a de la grâce dans l’art conceptuel de l’artiste, de la grâce et une volonté infatigable de partage. Dans son manifeste Fragmentismo (1978), elle affiche ce désir « d’établir un dialogue avec la personne qui regarde le marbre, à produire une réaction intellectuelle ou émotive. Je pose les éléments d’un problème, dit-elle, sans donner de solutions. Les solutions peuvent être multiples et dépendent en fait de ceux qui regardent l’objet. Ils complètent les figures à l’aide de leur propre pensée. Par mon intervention, je ne fais que suggérer une possibilité de lecture. »

Les marbres de Marie Orensanz sont des livres où l’esprit vagabonde. Et on dirait qu’ils contiennent à la fois la mémoire et l’avenir des hommes. Sur les feuilles de papier, elle montre des aperçus, des extraits dont la narration est emmêlée d’absences, d’errances et d’agitation soudaine. Elle crée des embuches, du relief, des rondeurs et des confusions. Et le voyage se fait dans les pliures formelles et intérieures. Et on passe dedans pour aller contre l’idée d’une immobilité définitive et d’une conclusion programmée.

Dans les œuvres de Marie Orensanz, la vie passe puisqu’elle enveloppe dans ses territoires les territoires de l’esprit. Elle fabrique, quelque soit le médium, quelque soit l’objet, une conversation éternelle. Et les dénonciations du début deviennent tout à coup poétiques et universelles. « Il est nécessaire d’intéresser les esprits au sort de l’Esprit, c’est à dire à leur propre sort » écrivait Paul Valery.

Julie Estève, 2015
  • Vernissage Jeudi 9 avril 2015 18:00 → 21:00
03 Le Marais Zoom in 03 Le Marais Zoom out

322, rue Saint Martin


75003 Paris

T. 01 42 71 78 20

www.schoolgallery.fr

Arts et Métiers
Strasbourg Saint-Denis

Horaires

Du mardi au samedi de 14h à 19h

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L’artiste

  • Marie Orensanz