À quoi sert d’être lion en cage ?

Exposition

Peinture, techniques mixtes

À quoi sert d’être lion en cage ?

Encore 18 jours : 16 septembre → 7 octobre 2017

La peinture n’est pas innocente. L’invention du tube permit aux peintres de trouver de nouvelles impressions en travaillant face aux paysages. L’invention du spray, qui met la peinture sous pression, permit de peindre directement sur le paysage et de trouver de nouvelles sensations en confrontant la peinture au réel, à la crasse, à l’architecture, à la rue, ses impasses et ses oubliettes. L’acte du peintre et sa gestuelle sont alors plongés sous la tension du one shot et des fantasmes de la nuit.

Nombreux peintres envisagent la peinture comme un sport de combat. Un face à face avec le support, une confrontation avec la matière, la couleur (ou non), la ligne. Un combat également avec les gros bonnets du passé dont on dit qu’ils auraient mis K.O la peinture à coups de chefs-d’œuvre inégalés, et qu’il ne faut pourtant pas hésiter à malmener et défigurer. La peinture est flottante et dégradée, parfois vaporeuse et japonisante, chez Stéphane Calais, artiste qui voit le monde comme un vaste dessin et qui a souvent fait le mur. Elle est underground, plastiquée et populaire, gonflée d’air et d’authenticité chez Antwan Horfee, qui a longtemps mis sa peinture et son égo au dessus des lois. Elle irradie en lumière fluo les déchets, les fruits et les bêtes (cigarettes, PQ, pastèques, requins vicieux ou Pink Flamingo) dilués et déclinés faussement à l’arrache par l’insolente Katherine Bernhardt. Elle est teintée de panache et de virtuosité chez Eddie Martinez qui détériore l’héritage CoBrA dans une attitude post-graffiti. La peinture est le fantôme d’un geste dicté par le one shot du spray chez Renée Lévi, toujours sans retouche.

Ainsi mis en relation, ces artistes de générations différentes confirment que depuis les masterpieces du machiavélique Caravage aux black paintings de Kerry James Marshall en passant par celles sexuelles des étrusques, par le cholo graffiti qui marque les territoires et les identités chicanos de Los Angeles, par les monikers dont les écritures hantent les trains de marchandises et racontent les vies hobo ou encore par les impertinents hiéroglyphes venus de lo2la réalisés par Saeio, la peinture est une matière vagabonde, dans le sens donné par le photographe Jacob Holdt qui avait photographié en 1970 sa vision d’une Amérique, entre gangsters, drogue, putes et Ku Klux Clan : « un aventurier voyage d’un point A à un point B, alors que le vagabond voyage dans une troisième dimension — celle où vous prenez aussi des pains dans la gueule. » En 2017 les peintres ne sont pas prêts d’être lions en cage.

Hugo Vitrani