A Sudden Wave of Material Culture — Joanna Malinowska

Exposition

Installations, photographie, sculpture, son - musique...

A Sudden Wave of Material Culture
Joanna Malinowska

Passé : 7 → 27 septembre 2011

L’artiste polonaise Joanna Malinowska, récipiendaire, entre autres, d’un Guggenheim Award, se considère volontiers comme une « anthropologue culturelle ». Culture de l’art, de la musique, des peuples et des œuvres en voie de disparition. Malinowska explore le monde, les cultures, voire l’absence de culture du centre des Etats Unis, avec une inquiétude passionnée : « Ce que je trouve fascinant dans le fait d’étudier d’autres cultures, dit-elle, c’est le sentiment de relativité que j’en retire, une relativité cosmique qui me dit que rien n’est définitif. » Au cours de ses voyages, « à partir » d’eux comme au retour, l’artiste travaillera alors aussi bien à recréer le monde des Inuits par l’intermédiaire de la seule musique de leur langue, qu’à recréer le sèche-bouteilles de Duchamp avec des dents de morse ou la tasse de thé de Meret Oppenheim avec des fourrures artificielles. Pendant longtemps cependant, le travail de Joanna Malinowska s’est inspiré avant tout de l’immatériel. Se référant explicitement au travail de Bas Jan Ader In Search of the Miraculous, 1975, Malinowska recherche elle aussi le miracle, dans la musique, de Glenn Gould à John Cage, tout comme dans notre ferveur à l’écouter, à nous laisser « prendre », hypnotiser par elle In Search of the Miraculous, continued, 2006. La musique ? Avec elle, on peut glisser à la rencontre de peuplades oubliées, qu’il s’agisse d’Inuits, d’un groupe de SDF polonais et alcooliques à New York ou des habitants ancestraux des rives du lac Titicaca. On peut même créer un quintette pour deux violons, deux altos et un cadavre String Quintet for 2 Cellos, 2 Violas and a Corpse, 2008, histoire d’explorer le silence de la mort.

Puis peu à peu, dans le monde de Malinowska, « les choses changent » — ou plutôt, elles apparaissent. Malinowska se met à rencontrer les objets. Et l’inspiration se déplace : la voilà qui s’intéresse aux travaux de Graham Harman, qui affirme l’autonomie des objets, appelle à un « retour aux choses en tant que choses mêmes » et considère que la vie réelle des objets peut être le sol fertile d’une métaphysique nouvelle, révèle un étrange réseau souterrain de relations interobjectales. Mais l’attrait nouveau de Malinowska pour les objets n’est pas seulement théorique, il y a une joie du « fabriquer », toucher, mélanger, créer plus grand que soi, comme le désormais célèbre boli, fait de bois, plâtre, colle, de lambeaux de l’Ethique de Spinoza, d’un litre d’eau du Détroit de Bering, et d’un pullover de Evo Morales, obtenu par voies diplomatiques… Ainsi porté, par les mains de l’artiste, de la matière dont il est fait à une vie intelligente, le boli de Malinowska admire une toile de Malevitch. Ou quand le pouvoir secret des choses rencontre celui de l’art.

« Je ne crois pas tout à fait que mon boli puisse changer le monde, dit l’artiste, mais j’aimerais lui laisser le bénéfice du doute. »

Un bénéfice qu’elle s’accorde à elle-même aussi, quand elle se décrit non sans ironie comme un « oiseau rare » à New York avec son étrange accent polonais et sa manière politiquement incorrecte de redorer le blason des mythes de la colonisation américaine.

Le doute, pour Malinowska, est toujours un moteur, jamais un frein. Et en s’intéressant aux objets, elle ne s’éloigne finalement pas tant de ses amours premières pour la musique que l’on ne pourrait le croire : d’une certaine manière, elle ne fait que poursuivre sa quête de représentation de l’invisible, de revitalisation du potentiel métaphysique caché au détour des notes comme de la matière.

Dans Umanaqtuaq, Malinowska s’approprie le musicien inuit Jimmy Ekho, star du grand nord qui incarne un Elvis Presley d’autrefois, et s’accorde à elle-même « le droit de jouer » et d’exploiter sans remords tous les contrastes et toutes les rencontres des cultures occidentales qui la fascinent. Plumes, tissages, céramiques, viennent ainsi contraster son monde d’images en mouvement, d’images en musique. « Il y a des choses sous la surface, des choses implicites », dit-elle, des choses vivantes, A Sudden wave of Material Culture qui peut encore nous éveiller à l’écoute fascinée du chant des baleines, à la poésie, à l’ailleurs.

Ami Barak

Malinowska présente en parallèle à l’exposition à Paris, un solo show à Analix Forever à Genève : L’ode à la Baleine, ainsi qu’un solo show à Docks Art Faire (ouverture de la Biennale de Lyon) *Le boli est une créature fictionnelle de forme vaguement animale, présente notamment au Mali, porteuse de pouvoirs particuliers, et en l’occurrence transpercée par des défenses de mammouth.

  • Vernissage Mardi 6 septembre 2011 à 19:00
Galerie Taïss Galerie
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14, rue Debelleyme


75003 Paris

T. 01 42 76 91 57 — F. 01 42 76 91 57

www.taissgalerie.com

Filles du Calvaire
Saint-Sébastien – Froissart

Horaires

Du mardi au samedi de 11h à 19h
Et sur rendez-vous

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L’artiste

  • Joanna Malinowska