Alan Suicide Vega — Holy Shit

Exposition

Collage, dessin, sculpture

Alan Suicide Vega
Holy Shit

Passé : 18 octobre → 24 novembre 2012

Difficile, voire impossible pour les amateurs de musique rock, d’appréhender les œuvres plastiques d’Alan Bermowitz, alias Alan Vega, en les dissociant de l’expérience sonore que ce nom évoque. Comment, entre autres concerts, ne pas se remémorer la magnifique prestation de l’artiste, chanteur et compositeur, habitant d’une voix magique, la salle du Palace, le jeudi 5 février 1981. Ce soir-là, accompagné d’une danseuse, silhouette longiligne, et d’un simple magnétophone, posé au-devant de la scène, Alan Vega, bandeau dans les cheveux, affrontait le public rockabilly venu écouter le groupe buzz du moment : les Stray Cats. Évitant les crachats et les canettes, il déroulait ses chansons toutes plus envoutantes les unes que les autres. Des mélodies radicales constituées d’une répétition minimale des mêmes beats, de chansons pleines de hahanements, de murmures et de cris. Une musique inconnue, imparfaite, maladive et cependant extraordinairement habitée, pratiquée depuis quelques années au sein du duo Suicide et depuis peu en solo et dont l’exigence se rapprochait du psychédélisme glacial d’un groupe exemplaire : le Velvet Underground.

La rumeur contait qu’Alan Vega venait de New-York et qu’à l’égal de Patti Smith ou de Richard Hell, il avait, bien avant d’être chanteur, une pratique plastique et poétique. Très peu d’images circulaient. Il était question de sculptures à base de lumières électriques et d’expositions à Soho, notamment dans l’un des premiers lieux alternatifs New-Yorkais autogérés par les artistes, « Project of Living Artists » et dont il était l’un des cofondateur. Entre 1972 et 1975, il exposa à la galerie OK Harris d’Ivan C. Karp, ancien co-directeur de Léo Castelli ; puis chez Barbara Gladstone à New York entre 1983 et 1985. Ses œuvres furent également montrées en 1982 au PS1 à New York ou encore chez Jeffrey Deitch en 2002 et à nouveau au PS1 en 2006.

En 2009, grâce à la persévérance de Thierry Raspail et de Mathieu Copeland, Alan Vega eut enfin sa première rétrospective française au Musée d’Art Contemporain de Lyon. On y voyait plusieurs ensembles d’œuvres ; des sculptures murales, pendues au plafond ou déposées au sol, des dessins violentés et des photos. Le tout rassemblé pour l’occasion sur le vaste plateau du Musée.

L’atmosphère donnait au visiteur l’impression d’entrer par effraction dans un laboratoire photographique sous éclairage inactinique (ces lumières professionnelles conçues pour manipuler les papiers photos sans risquer de les voiler). Les sculptures lumineuses, complexes, colorées avaient cette propriété étrange d’être, selon l’angle où on les observait, à la fois expressionnistes et glacées, de posséder une puissance souterraine inclassable. À l’instar d’autres artistes singuliers comme Paul Thek, Alan Vega s’opposait au sérialisme des courants en vogue de la fin des années 60, le minimalisme et le pop art. L’artiste qui eu pour enseignant Ad Reinhardt construisait ses œuvres avec la même radicalité que son professeur et les mêmes éléments que la musique protopunk : accords réduits, arrangements simplifiés, rapidité, énergie et répétitivité. Le tout produisant un saisissement immédiat, un environnement sonore ou lumineux qui renvoyait à quelque chose de bricolé, bon marché, un peu funèbre. Composées d’ampoules de toutes formes, de néons, de câbles, de prises multiples, de guirlandes lumineuses colorées, auxquels s’associaient des images, des postes de télévision, des objets divers, les œuvres formaient des reliquaires profanes, attractifs et inquiétants. Beaucoup prenaient la forme de croix où pouvaient cohabiter les images du Christ et de Mohamed Ali ou encore celles d’un zombie et de Marilyn Monroe. L’ensemble construisait des œuvres magico-rituelles à l’aide de rebuts urbains contemporains, d’objets de consommation courante, de préoccupations iconiques de l’artiste qui réussissait à conserver leurs énergies primitives. Car pour Alan Vega, et cela depuis la fin des années 60, l’exposition reste une œuvre ouverte où l’installation des œuvres est un acte d’inspiration créatrice. Les enchevêtrements sont d’ailleurs parfois si complexes qu’ils sont impossibles à reproduire. À l’instar du spectacle vivant et donc des concerts qu’il continue à produire, les œuvres sont soumises à l’atmosphère des lieux et font l’objet d’arrangements sur place où câbles, lampes, photos, matériaux divers se placent dans le rapport nécessaire du moment et de l’espace. L’exposition à la Galerie Laurent Godin devient ainsi une nouvelle occasion de découvrir ou de redécouvrir un ensemble d’œuvres toujours renouvelé.

Alain Berland

Alain Berland est critique indépendant. En 2012, il a été commissaire de l’exposition de Michel Blazy « Bouquet final » et de celle de Bruno Perramant « Les aveugles » au Collège des Bernadins. Il est également co-commissaire de la Biennale du Havre 2012 intitulée « Les bruits du dehors ».

Galerie Laurent Godin Galerie
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5, rue du Grenier Saint-Lazare


75003 Paris

T. 01 42 71 10 66 — F. 01 42 71 10 77

www.laurentgodin.com

Rambuteau

Horaires

Du mardi au samedi de 11h à 19h

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L’artiste

  • Alan Suicide Vega