Albertine Trichon

Exposition

Peinture

Albertine Trichon

Passé : 9 décembre 2010 → 22 janvier 2011

Une histoire de canaux

« Le thème », disait Picasso « c’est important ! Quand on en a un, le reste va tout seul ! ». En effet, il n’y a rien de plus stimulant qu’un nouveau sujet qui vient perturber le déploiement tranquille d’une série qui perfectionne ses effets et consolide ses principes. Il apporte soudain à l’œuvre un intérêt inattendu. Il met en cause le style, fait violence à la gamme chromatique, écarte un univers déjà familier pour en mettre en place un autre, apte à répondre à l’impératif « étonne-moi » !

Il est vrai qu’Albertine Trichon n’a jamais été à court de sujets : dès le départ, son œuvre a connu de nombreux rebondissements dûs à une succession de thèmes articulés avec une cohérence interne, bien reconnaissable. Les personnages du début, les maisons de campagne, les usines, les tombeaux du Père-Lachaise, les stades, les jardins, les balcons d’Athènes, les « coups d’œil » japonais, composent une chaîne d’unités bien fournies, denses, parsemées de surprises. C’est la raison pour laquelle, chaque fois que l’artiste m’invite à voir son nouveau travail, une grande curiosité me ronge pour découvrir l’iconographie inédite vers laquelle l’a poussé sa nature capricieuse.

Il y a deux ans, un fait déterminant pour son art est intervenu : son déménagement sur les quais du Canal de l’Ourcq. Pour Albertine Trichon, attachée au local, une sensible aux atmosphères, aux rencontres, aux saveurs particulières du réel, ce changement l’a conduite à ébaucher une nouvelle thématique. Impressionnée par l’ambiance du canal et des tissus urbains coupés par les voies immobiles de l’eau, elle s’est immédiatement appropriée ce lieu. Ce paysage silencieux, presque désertique, est devenu un terrain à explorer, un écran neuf pour projeter ses obsessions.

Son goût pour les bâtiments industriels, les ponts de fer forgé, le mobilier minimaliste ponctué de véhicules évidés comme des carcasses abandonnées, a trouvé là un décor parfait. Elle s’est adonnée à ce décor en le vidant, effaçant les détails anecdotiques, les rares passants, favorisant ainsi les ordonnances rectilignes des murs sans messages, insistant sur l’effet de masse. Dans ces nouveaux tableaux, une puissance structurelle se dégage ainsi qu’une certaine mélancolie rappelant les villes des années 30 de Sironi, chantre de la deuxième période industrielle, ainsi que les artistes italiens de Valori plastici et de la Métaphysica. La magie intemporelle qui joue dans certaines images d’Albertine Trichon évoque d’ailleurs l’inquiétante étrangeté qui hante l’œuvre de Giorgio de Chirico. Ici, bien sûr, c’est le cœur d’un autre temps qui bat ; aucun souvenir antique ne rattache le maintenant au passé, tout se déroule dans une modernité onctueuse, bien qu’austère.

La présence de l’eau quasi stagnante est un élément qui enrichit aussi bien l’atmosphère que la composition. Parfaitement horizontale, plate et lisse, doublant sur sa surface le monde environnant, au lieu d’évoquer des profondeurs insondables, l’eau ferme cette image sur elle-même. Jamais rieuse, elle donne pourtant à l’artiste l’occasion d’expérimenter une gamme subtile de différents verts très rafraichissants. Péniches et véhicules « dé-mécanisés » finissent par meubler ces tableaux qui frappent par leur simplicité emblématique.

Mais le « thème » en question ne se limite pas au canal, mis en relief grâce à son dessin fort et dur. Un autre élément aussi puissant que la forme intervient et impose une présence rayonnante : la couleur, dont les tonalités acides confèrent à ce monde de quais toute son originalité.

« J’ai choisi ces couleurs pour m’éloigner du naturalisme et de l’héritage impressionniste.

La couleur est parfois un produit du hasard. En la pratiquant, j’ai découvert qu’elle détenait une lumière intérieure. Elle m’a donné envie de la travailler à fond, de voir ce que je pouvais en sortir et soudain elle est devenue un élément essentiel. C’est le jaune qui grince, qui introduit une atmosphère de roman policier…

Je m’intéresse aux choses que je vois tous les jours. J’entre en relation avec elles, je les absorbe, les digère. J’aime le contraste entre les bâtisses rectilignes et le fouillis d’un élément aléatoire comme l’eau.

Je ne suis pas dépendante d’une technique ni d’un système. Je contemple une scène, c’est tout. Je peints la ville dans la solitude ; je vais aux lieux inhabités, là où il n’y a personne. J’aime les bâtisses « débout » et j’élimine les détails pour éviter toute tentative descriptive.

En ce moment, je ne m’intéresse pas à l’homme, mais à côté des structures froides, des murs nus, les camions et les voitures semblent introduire un reflet humain, un élément chaleureux, narratif : c’est comme le début d’une histoire ».

Albertine Trichon

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