Ange Leccia — Je t’aime, jour et nuit

Exposition

Vidéo

Ange Leccia
Je t’aime, jour et nuit

Passé : 19 mai → 23 juillet 2016

Pour sa première exposition chez Jousse Entreprise, Ange Leccia propose une déclaration d’amour qui tourne à l’obsession. Entre la nuit et le jour, aucun choix n’est à énoncer car une simple alternance a lieu. C’est que la réalité du fantasme est faite de la matière des rêves. Et c’est entre chien et loup que tout se joue. La lumière crépusculaire se décline sous de multiples expressions : elle est un battement régulier qui anime les sculptures des jardins de la Villa Médicis tout autant que le bruit visuel du format DV des années 1990. La lumière est surtout l’affirmation du désir compris comme le monde du sujet, le monde de l’expérience dans son intégralité. « Le désir est un rapport d’être à manque, écrit Jacques Lacan. Ce manque est manque d’être à proprement parler. Ce n’est pas manque de ceci ou de cela, mais manque d’être par quoi l’être existe. »1 Ainsi, le désir est à la fois l’essentiel et le leurre. Il est l’impossible différence entre l’existence et les apparences. Il est l’affirmation d’une présence enchaînée à l’absence. Ce n’est donc pas un hasard si le parcours vidéo de Leccia entremêle les périodes et met en boucle les séquences. La chaîne des significations se distend — de la pierre à l’eau — dans le souvenir latent de toute chose.

La première œuvre reprend le titre d’une chanson de Christophe, L’Interview (1996) que l’on entend dans l’atelier. Cet autoportrait voit l’artiste muni de lunettes de soleil entrer dans le champ et s’accroupir à côté d’une autre caméra pour y faire tourner une montre à gousset. Leccia regarde en direction du spectateur, qui devient ici le témoin de son agitation mentale virant à l’ennui. Il affirme ici une mise en scène de soi qu’on ne connaît que trop peu et qui renvoie à ses premières expérimentations au début des années 1970. Une autre œuvre, Cendres (1975) le montre nu au milieu d’un maquis calciné en train de se frotter le corps avec de la cendre. Dans la lignée d’un art performatif viscéral, le geste — filmé en super 8 — revient à se purifier par la poussière. La réalisation de ce rituel primitif est une façon de chercher à préserver l’intensité du feu éteint, à renaître à partir d’une nature dévastée qui perdure dans la transformation.

De Marissa (2016) à Villa Médicis (2016), c’est une même qualité de métamorphose qui se retrouve. Du bleu au noir et blanc, de l’onde à la pulsation, les visages — de chair ou de marbre — connaissent une même énergie fantomatique. L’un glisse sous le silence de l’eau quand les autres crépitent dans un ronflement, au bord de la désintégration. À chaque fois, l’image est en suspension. Elle flotte dans un temps et un espace incertains — hors contexte : nulle part et partout. Finalement, Ange Leccia représente la puissance du surgissement. Celle-là même qui définit la vie sur le fond d’une indétermination. Celle-là même qui est capable d’affirmer un ordre et de l’abolir dans un seul mouvement.

Fabien Danesi

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1 Jacques Lacan, Le Séminaire. Livre II. Le moi dans la théorie de Freud et dans la technique de la psychanalyse 1954-1955, Paris, Seuil, 1978, p. 306.

  • Vernissage Jeudi 19 mai 16:00 → 21:00
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6, rue Saint Claude


75003 Paris

T. 01 53 82 10 18

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Saint-Sébastien – Froissart

Horaires

Du mardi au samedi de 11h à 19h

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L’artiste