Anne-Charlotte Yver — Exsangue — Acte III

Exposition

Installations, sculpture

Anne-Charlotte Yver
Exsangue — Acte III

Passé : 14 octobre → 8 novembre 2015

Même les corps absents ont des humeurs

Exsangue.

Le mot n’est que rarement usité. Il appartient au vocabulaire du corps et de la médecine : être exsangue, c’est avoir perdu son sang, lorsque les canaux sanguins ne sont plus irrigués. Quelle est donc cette force du sang qui coule dans les veines ? Une impulsion vitale. Pareil à la sève des végétaux et des arbres, le sang irrigue le corps. Le rapprochement avec la sève est loin d’être fortuit : car, pour obtenir du latex, il est de coutume d’appeler « saignées » les coupes franches effectuées dans les troncs des grands arbres d’Amazonie. C’est le sens de l’apparition de cette matière nouvelle dans le travail sculptural d’Anne-Charlotte Yver : le latex, qu’elle manipule à l’état liquide, avant que cela ne fige, est une matière vivante, qu’elle fait coaguler dans un système de moules lui donnant la forme de lambeaux ou de bandes. Puis, cette matière que l’on ne peut s’empêcher de percevoir comme une chair, est étirée parfois jusqu’à la translucidité, d’autres fois laissée assez épaisse; elle peut même être photosensible. On a désespérément envie de toucher, pour comprendre si on a bien affaire là à une peau prise dans un étau, entre des mâchoires d’acier qui l’enserrent et la pressent, comme un garrot permettant d’arrêter l’hémorragie. La sculpture traite ici de la physicalité des corps au sens le plus concret : il fut un temps dans l’Antiquité où les inventeurs de la médecine parlaient des humeurs, ces substances sécrétées par l’organisme — le sang, la lymphe, la salive ou la bile — qui circulent dans le corps et qui doivent parfois en être expulsées, ces fluides étant responsables de la bonne santé, mais aussi des déséquilibres et des crises. C’est donc ce qui condamne tout vivant à une instabilité constitutive. Anne-Charlotte Yver regarde dans les yeux ces données et ne s’en détourne pas : elle crée alors des œuvres évolutives qui prennent tout leur sens dans l’espace qu’elles investissent. Par exemple, une table de massage trouvée dans la rue, puis désossée et réduite à une structure d’acier, devient le lieu d’une œuvre-laboratoire où les formes s’étirent et se condensent, par l’intermédiaire de « lignes d’acier » : ces lignes sont des dessins spatialisés s’arrêtant brutalement, ou bien se prolongeant et connectant entre eux différents espaces. Le corps est absent sur cette table de massage, à moins que cela ne soit une table de torture ou d’expérimentation, l’artiste citant volontiers Frankenstein dont Mary Shelley pouvait dire des machines du laboratoire où le « monstre » est mis au point qu’elles sont autant d’« instruments de la vie ». Donner vie à l’inanimé c’est nécessairement créer du monstrueux, rivaliser d’énergie avec les forces de la nature, et ritualiser les gestes qui permettent dès lors aux formes d’émerger. C’est un travail de sorcier alchimiste ou de chirurgien fou, dont le projet serait de donner forme à l’informe, de transgresser les frontières des règnes et des genres.

Léa Bismuth
  • Vernissage Mercredi 14 octobre 2015 15:00 → 22:00
Galerie Marine Veilleux Galerie
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75003 Paris

T. 01 42 77 56 13

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