Anne Cindric — Parte Incognita

Exposition

Peinture

Anne Cindric
Parte Incognita

Passé : 15 mars → 30 avril 2014

Julie Crenn, docteur en Histoire et critique des arts, sur le travail d’Anne Cindric :

« On nous dit, et voilà vérité, que c’est partout déréglé, déboussolé, décati, tout en folie, le sang, le vent. Nous le voyons et le vivons. Mais c’est le monde entier qui vous parle, par tant de voix bâillonnées. Où que vous tourniez, c’est désolation. Mais vous tournez pourtant. […] Ceux qui tiennent rendez-vous ici viennent toujours d’un « là-bas », de l’étendue du monde, et les voici décidés d’apporter en cet ici le fragile savoir qu’ils en ont halé. »

Edouard Glissant — Traité du Tout-Monde (1997)

« Dans le prolongement d’une réflexion picturale basée sur l’apparat et les figures du pouvoir, Anne Cindric présente une nouvelle série de peintures où les notions de cartographie, de relation et de mondialité sont introduites. Ainsi, elle reprend les motifs et l’histoire des Dutch wax. Les tissus imprimés et multicolores portent une histoire liée au colonialisme et aux prémices de la globalisation.

Au XIXème siècle, les Hollandais mettent au point des tissus proches des batiks, élaborés pour inonder et conquérir le marché indonésien. Une entreprise qui va se révéler être un échec, les Indonésiens ont préféré l’authenticité à la reproductibilité de leur artisanat. Les marchands se rabattent alors sur l’Afrique de l’Ouest où les tissus ont connu et connaissent encore aujourd’hui un vif succès.

À partir des années 1950, période de la décolonisation, les Dutch wax portent une fonction nouvelle puisqu’ils se font les vecteurs du panafricanisme et de propagandes diverses. Sur les chemises, les pagnes, les robes et les boubous, les gens arborent les portraits et les slogans des rois, libérateurs, martyres, dictateurs, colons, héros et autres icônes nationales et continentales. Les tissus deviennent des armes critiques, politiques et militantes. Une stratégie iconographique qu’Anne Cindric réinterprète dans ses peintures. Les figures masculines incarnant le pouvoir sont remplacées par les portraits de favorites médiévales, de reines et de Premières Dames : La reine Elizabeth II d’Angleterre, Jackie Kennedy et Michelle Obama. Des femmes aux pouvoirs limités, dont le statut oscille entre l’action et la représentation.

Inspirée par les miniatures persanes, par l’art textile artisanal, par l’art du vitrail ou encore par la bande dessinée, Anne Cindric affirme un style à la fois graphique et expressionniste. Retenue et libération dialoguent ensemble, les figures et motifs réalisés avec précision sont enrichis d’une gestuelle instinctive.n rapport dichotomique que nous retrouvons au sein de son vocabulaire plastique. Chaque toile est fragmentée, plusieurs éléments sont conjugués. Aux motifs textiles et aux portraits féminins, s’ajoute la récurrence des gisants (des soldats en armures, couchés au sol, symbolisant l’impuissance, la brutalité, l’absurdité et la vanité de l’éternelle conquête du pouvoir) et un travail de type cartographique.

Les rues du Nord, les fleuves du Sud, les États de l’Ouest et les topographies de l’Est sont mixés au profit d’une réflexion avant tout motivée par la relation entre l’espace et le temps. L’artiste réfléchit la transversalité et les contradictions d’une Histoire partagée. En synthétisant et mettant en relation les territoires, les époques et les histoires, elle restitue le cri du Tout-Monde (Edouard Glissant) : sa violence, sa pluralité et toute sa complexité. »

— Julie Crenn

Anne cindric oh ma ch rie   2014 medium
Anne Cindric, Oh ma chérie !, 2014 Huile sur toile — 114 × 162 cm Courtesy of the artist & Galerie Laure Roynette, Paris

Avec son nom venu de Sarajevo, ancienne élève de l’ENA, Anne Cindric peint le pouvoir, sous toutes ses formes : First Ladies à la mode africaine, héros de fantaisie, gens de guerre, colifichets du pouvoir, productions officielles ou personnages de jeux vidéo ou de la grande histoire.

Mais plus que sa réalité, ce sont l’apparat, le décorum du pouvoir qui l’intéressent. Un pouvoir apparent, seulement… Dans Parte Incognita on voyage dans une Carte du Tendre empruntant à l’iconographie occidentale et au Wax africain, comme une sorte de résumé plastique de la mondialisation. C’est ainsi un regard féminin et orné qu’elle pose sur le monde du pouvoir, pour dévoiler l’envers du décor. Elle cherche à représenter un univers sans gravité, dans tous les sens du terme, à la fois cruel et délicat, où règnent mariage des contraires, des époques et des échelles, détournement, dualité et ambigüité.

  • Vernissage Samedi 15 mars 2014 à 17:00
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20, rue de Thorigny


75003 Paris

T. 06 08 63 54 41

www.laureroynette.com

Saint-Paul
Saint-Sébastien – Froissart

Horaires

Du mardi au samedi de 14h à 19h
Et sur rendez-vous

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