At the landscape’s corner

Exposition

Dessin, peinture

At the landscape’s corner

Passé : 19 novembre → 22 décembre 2016

La peinture de Marie-Anita Gaube se singularise avant tout par sa capacité à produire des espaces autres, ces hétérotopies dont Foucault explique qu’elles juxtaposent plusieurs lieux incompatibles en un seul. Depuis la limite inférieure de la toile elle déroule une surface horizontale qui s’avance dans le cadre — les chevrons d’un plancher, le dessin bigarré d’un carrelage, n’importe quelle assise figurant un univers clos, familier, mesurable. Puis ce sol va subitement s’interrompre pour ouvrir sur tout un prisme de vues paysagères. De l’intimité du home on bascule inopinément vers l’inconnu, dans l’au-delà illimité du wild : à perte de vue une étendue d’eau insondable juste ponctuée d’un îlot désertique ou une chaîne de montagnes imprécise, nimbée d’un sfumato pour repousser encore l’horizon. Passé le point d’ancrage, l’arrière-plan du tableau est ainsi subdivisé en autant d’univers divergents dont les différences d’échelle et de perspective soulignent encore le fait : cette peinture procède d’une spatialité radicalement plurielle.

Progress gallery marie anita gaube medium
Marie-Anita Gaube, Yellow fever, 2016 Tempera, huile et graphite sur bois — 100 × 90 cm Courtesy of the artist & progress gallery, Paris

Marie-Anita Gaube compose par montage. Elle assemble, ce qui n’est pas exactement faire somme ; plutôt s’ingénier à instituer des circulations impensables. Ainsi elle égrène des suites hétéroclites d’objets sur le tableau, dont la rencontre inopinée invite à l’association libre : sur un parquet, éparpillés, voilà un chariot de bois, un bol, un clocher miniature jouxtant une poignée de colonnes antiques, puis le pompon d’un coussin et plus loin un îlot rocailleux aux abords duquel un bateau flotte… . C’est un inventaire à la Prévert, où tout prend sens dans l’écart, le décalage. Un ensemble manifestement inconciliable où se délitent les systèmes d’oppositions duelles. Alors, à défaut de ces valeurs statiques de l’ordre symbolique, d’autres liaisons, imprévisibles, adviennent.

A la cohérence et au caractère achevé d’une totalité, Marie-Anita Gaube préfère cette mobilité que l’on sait propre aux fragments — cette infinité de corrélations possibles qu’ils appellent, sans jamais être susceptibles de n’en figer aucune. D’où l’importance de l’incessante dispersion des perspectives et des signifiants à laquelle elle s’attache, afin que cet inachèvement à l’œuvre dans ses tableaux demeure. Et que toujours sa peinture atteste de l’insoluble disparité qui existe entre tout ce que, pourtant, elle rassemble.

Marion Delage de Luget
  • Vernissage Samedi 19 novembre 2016 18:00 → 21:00

    Pour sa seconde exposition à la Progress Gallery, Marie-Anita Gaube présente At the landscape’s corner, un ensemble de tableaux créés spécifiquement à cette occasion , accompagnés des dessins préparatoires. « La peinture de Marie-Anita Gaube se singularise avant tout par sa capacité à produire des espaces autres, ces hétérotopies dont Foucault explique qu’elles juxtaposent plusieurs lieux incompatibles en un seul  » ( Marion Delage de Luget )

11 Bastille Zoom in 11 Bastille Zoom out

4, bis passage de la Fonderie

75011 Paris

T. 01 70 23 30 20

www.progressgallery.com

Parmentier

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