Béla Tarr, l’Alchimiste

Cinema

Film

Béla Tarr, l’Alchimiste

Passé : 3 décembre 2011 → 2 janvier 2012

Béla Tarr a le privilège, un peu triste, d’être le seul cinéaste hongrois contemporain dont les films franchissent régulièrement les frontières, grâce, sans doute, à leur intense splendeur visuelle. Son dernier film, Le Cheval de Turin, ne le démentit pas. Pour la première fois en France, le Centre Pompidou lui consacre une rétrospective intégrale d’une quinzaine de films.

Il y a toujours un peu d’exagération à affirmer qu’on peut reconnaître un cinéaste dès ses premiers plans, mais dans le cas de Béla Tarr, on peut admettre que trois plans suffisent à nous conduire en territoire identifié. D’abord, parce que trois plans chez Béla Tarr peuvent durer quinze minutes. Ensuite, parce que ses derniers films possèdent une signature visuelle profondément originale. Noir et blanc plutôt gris ; prodigieuse chorégraphie de la caméra ; goût pour les musiques entêtantes : Béla Tarr a trouvé son style. Bien sûr, il n’en a pas toujours été ainsi. Né en 1955, il a fait ses armes de cinéaste dans la Hongrie communiste. Ses premiers films ont donc un air réaliste pas vraiment socialiste. Le Nid familial (1977), par exemple, prend acte de la crise du logement dans la Hongrie d’alors : un jeune couple doit vivre dans la même pièce que les parents du mari. Tout va forcément mal finir. Rapports préfabriqués (1982) raconte à peu près la même histoire : dans un logement exigu, un couple d’ouvriers cesse de s’aimer. Béla Tarr filme cette violence conjugale à la mode Cassavetes, presque documentaire, très près des visages pour mieux capter les affects de destruction et de désespoir circulant dans ces prisons modernes. Et puis vient la révolution Damnation (1987) qui devance de peu la chute des régimes communistes sans que cela ait de rapport, mais qui peut savoir comment fonctionne l’air du temps ? L’un des grands changements de Damnation, et des films qui suivent, est que le cinéaste émigre à la campagne, une sorte de campagne urbanisée, où il fait en général un sale temps, pluie ou vent, et où la terre devient boue. Sans doute doit-il cet « exode rural » à l’écrivain hongrois Lázló Krasznahorkai qui devient son pourvoyeur d’histoires attitré. Damnation inaugure un autre grand changement : la caméra s’éloigne des corps. C’est fini, l’intimité des premiers temps ; maintenant, ce sont les hommes dans le décor qui intéressent le cinéaste, des hommes aussi tristes que les pierres ou la terre sale. Pourtant si le style a changé, la claustration demeure. Les humains restent prisonniers de leur destin, pauvreté, alcoolisme, violence politique ou amour malheureu x. Simplement, en ouvrant l’espace, Béla Tarr a inventé de nouveaux moyens pour faire sentir l’enfermement. La ronde interminable, et magnifique, qui clôt Damnation, ou le temps qui recommence en boucle, dans Satantango (1994), sont une des façons, une des façons seulement, qu’a Béla Tarr de nous dire qu’on est enfermés et qu’on n’en sortira pas.

Par Stéphane Bouquet

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