Claire Tabouret — L’île

Exposition

Dessin, peinture

Claire Tabouret
L’île

Passé : 7 janvier → 18 février 2012

La destination d’un voyage n’est pas primordiale : il est en effet des voyages vers nulle part qui se révèlent bouleversants. Claire Tabouret nous emmène vers un ailleurs sans nom, à l’identité flottante et aux contours noyés dans la pénombre.

Les images sont aujourd’hui contenues dans un flot ininterrompu, charriant tout et son contraire. Claire Tabouret s’installe sur la rive et pose ses filets. Extraites de la masse mouvante, ses captures sont travaillées, recadrées, mises en parallèle avec d’autres jusqu’à devenir sujets à part entière. Les migrants agglutinés dans de frêles embarcations sont ainsi sortis du flux pour prendre place dans l’espace de la toile. Sans nier le hors champ historique, Claire Tabouret décale son point de vue pour y voir mieux. À la question de la compassion inévitable, elle répond par le portrait, donnant identité et regard à chacun. À celle du devenir des hommes, elle propose l’image d’un voyage inachevé, laissant la situation sur le fil entre la douleur de l’exil et la liberté rêvée. À cet instant, le mouvement est en suspend. L’eau est étale, l’embarcation immobile. Déjà ailleurs mais encore nulle part, les hommes passent d’un monde à l’autre sans un bruit.

Le voyage donne au temps une consistance, une matérialité inaccessible autrement. Le déplacement du corps — a fortiori par les voies maritimes — impose une lenteur salvatrice. Le temps d’exécution des œuvres de Claire Tabouret est long, a dessein. Inlassablement, les couches d’acrylique fluide sont apposées, le glacis donnant toute sa profondeur aux teintes. Le chevauchement des traits d’encre structure l’espace des dessins et l’accumulation des passages accentue la richesse des couleurs. Le rythme régulier et calme de la peinture n’est possible que dans la solitude et la liberté qu’elle offre. Il faut parfois s’isoler des regards derrière les pans de toile d’une tente, suivre seul une route la nuit tombée, faire un pas de côté pour se retrouver soi. Oser être nulle part pour être présent au monde.

Isolée du continent, l’île est à la fois un espace clos aux frontières non négociables et le refuge du naufragé. Entourée d’eau — ici élément intrinsèque du voyage et masse envahissante — elle est un lieu riche de toutes les évasions possibles. Point de départ de l’exil ou aboutissement de la traversée, elle est le lieu ultime alliant contraintes d’espace et liberté de temps. Entre chien et loup, les tableaux de Claire Tabouret proposent de s’y échouer pour un instant infini.

C. Taillandier, octobre 2011

« L’île tout comme la peinture est un endroit de solitude.

Un espace délimité qui, de par sa contrainte même, rend la liberté possible.

Des images attrapées à la volée sur internet, dans les journaux télévisés, sont le point de départ de mes tableaux. La peinture me permet de resserrer ce que ces flux d’images dispersent.

Peindre une de ces visions c’est pour moi presser l’image, l’essorer, j’essaye d’en extraire une lumière interne, un indice ténu. Il me faut parfois peindre plusieurs tableaux pour épuiser une image. De là viennent les séries.

Je me suis toujours intéressée aux personnages et situations qui ne rentrent pas dans des cases. À la difficulté à dire d’où l’on vient, ce que l’on est. Entre un pays et un autre, entre féminin et masculin, entre chien et loup.

Mes peintures s’installent à jamais dans ces moments de bascule, d’ambiguité.

Il s’agit de resserrer mon attention sur l’oscillation entre la puissance narrative de ces images et la réalité de la peinture. Comme un funambule sur son fil, j’essaye de trouver un équilibre délicat. Une position à réajuster sans cesse. »

Claire Tabouret, Marseille — avril 2011

« Être funambule, ce n’est pas un métier, c’est une manière de vivre. Une traversée sur un fil est une métaphore de la vie : il y a un début, une fin, une progression, et si l’on fait un pas à côté, on meurt. Le funambule relie les choses vouées à être éloignées, c’est sa dimension mystique. »

Le traité du funambulisme (Acte Sud, 1997) de Philippe Petit

  • Vernissage Samedi 7 janvier 2012 à 16:00
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13, rue Chapon

75003 Paris

T. 01 48 04 04 80 — F. 01 48 04 04 80

www.galerie-gounod.com

Arts et Métiers
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Horaires

Du mardi au samedi de 11h à 19h
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