Clemens von Wedemeyer — Sun Cinema

Exposition

Installations, photographie

Clemens von Wedemeyer
Sun Cinema

Passé : 29 avril → 2 juillet 2011

En raison de sa population reconnue pour sa diversité religieuse et linguistique (Arabe, Kurde, Turc, Araméen…), la ville de Mardin, dans le Sud-Est de la Turquie, était parfois appelée “la Petite Jérusalem”. Cependant au cours des récentes décennies la région a été marquée par le conflit turco-kurde.

Après une période de 25 ans sans cinéma en fonctionnement, ce n’est que l’année dernière qu’une salle, gérée par une association qui se consacre au cinéma, a réouvert dans la vieille ville de Mardin. Un festival de cinéma s’y déroule chaque année en septembre, et les spectateurs sont plus susceptibles d’y participer lorsque les projections ont lieu en plein air.

Dans un projet artistique initié par le British Council et en coopération avec des architectes d’Istanbul, j’ai conçu un cinéma en plein air (qui sera dirigé par l’association consacrée au cinéma) pour la ville de Mardin. Pendant longtemps j’ai cherché l’endroit idéal, un emplacement nouveau, permanent, spécialement pour ce cinéma en plein air. Je voulais qu’il soit situé entre la ville et les plaines de Mésopotamie plus bas. Finalement nous avons trouvé l’emplacement : en contrebas de l’école Coranique Kasimyie Medrese datant du XVIe siècle, en bordure de la partie occidentale de la ville, au sommet d’une crête rocheuse. Il se trouve à environ un kilomètre de la vieille ville avec, immédiatement derrière l’écran, les débuts du paysage ouvert sur les plaines.

Pour moi il était question de créer un cinéma à ciel ouvert (et ouvert), soit un cinéma qui puisse être expérimenté par un grand nombre de personnes, et en même temps dans lequel les principes formels du cinéma deviennent visibles. “Sun Cinema” est composé de trois parties : un écran verticale, un amphithéâtre, et la base triangulaire du projecteur. Le triangle symbolise les raies de lumière du projecteur. Je voulais également établir un lien entre le cinéma et le soleil : le matin les premiers rayons de lumière du soleil frappent l’écran de 6×12 m, heure à laquelle quelqu’un pourrait jouer une pièce de théâtre d’ombre avec la silhouette de son propre corps. Le soir, la lumière du soleil couchant est reflétée en direction du Sud sur des panneaux de miroir métallique qui couvrent l’arrière de l’écran.

Le soleil comme illuminateur

Cette imagerie du soleil fait référence aux études sur la lumière dans l’ancienne Arabie, qui concordaient avec les recherches sur l’oeil humain. Dans son livre Florence et Bagdad: Une histoire du regard entre Orient et Occident, Hans Belting écrit que les recherches sur l’oeil et le soleil menées par les hommes de sciences arabes au Moyen-Âge ont mené à l’introduction de la perspective en Europe occidentale pendant la Renaissance. Les liens encore plus anciens de cette région avec le soleil sont prouvés par l’existence de cultes et de religions du soleil se portant sur le soleil et sur le feu (Yezidi, Semsi, Zoroastrisme, etc). A Mardin, une chambre avec une fenêtre faisant face à l’Est a été trouvée sous un ancien cloître araméen. Selon toute vraisemblance, elle était utilisée par les adorateurs du feu ou du soleil tel les Zoroastriens. Les guides touristiques présentent cette chambre comme une curiosité. Aujourd’hui, les habitants Chrétiens et Musulmans peuvent considérer ces cultes du soleil comme hérétiques, mais certains de leurs aspects ont pu être intégrés dans ces religions, par exemple la flamme éternelle ou la tradition du Ramadan selon laquelle on jeune en accord avec le rythme de visibilité du soleil.

Le cinéma a été précédé par le théâtre d’ombres et la camera obscura avant de devenir la forme d’art dominante dans l’utilisation de l’absorption et de la projection de la lumière. Alexander Kluge décrit un autre lien entre le soleil et le cinéma dans son livre Geschichten vom Kino avec l’idée d’un cinéma cosmique, universel (“Kosmischen Universalkino”). Il rattache ce concept à une publication de 1846 par l’avocat Felix Eberty, The Stars and the Earth. Kluge écrit, “Eberty (…) a correctement présumé qu’un rayon de lumière qui a quitté la terre le Vendredi Saint en l’an 30 ans de notre ère continue à se déplacer dans le cosmos et à s’éloigner de nous. Par conséquent l’intégralité de l’histoire est préservée dans le trajet de la lumière. Toute l’histoire du monde traverse donc le cosmos sous la forme d’images en mouvement (Eberty lui-même n’avait jamais entendu le terme de cinéma).”

Derrière l’écran c’est soi même que l’on voit

Non seulement l’arrière de l’écran reflète le soleil, mais chacun peut y voir son propre reflet. Les films d’autres personnes sont présentés sur le coté face de l’écran, mais lorsqu’on fait un pas en arrière durant la journée, on peut voir sa propre image au milieu du paysage, ou encore le reflet du soleil sur sa peau et ses vêtements.

En plus du project de construction du cinéma, j’ai tourné un film à propos de la ville Mardin et la recherche du site pour le nouveau cinéma : Light&Space, 45 mn, 2010. Le dessein du cinéma en plein air a été discutée avec des étudiants en architecture de l’Université Technique d’Istanbul, puis réalisé en collaboration avec l’architecte Gürden Gür.

  • Vernissage Jeudi 28 avril 2011 18:00 → 21:00
Galerie Jocelyn Wolff Galerie
Plan Plan
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78, rue Julien Lacroix

75020 Paris

T. 01 42 03 05 65 — F. 01 42 03 05 46

www.galeriewolff.com

Belleville
Pyrénées

Horaires

Du mardi au samedi de 11h à 13h et de 14h à 19h
Et sur rendez-vous

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L’artiste

  • Clemens von Wedemeyer