Combien ça vaut ?

Exposition

Installations, peinture, sculpture, sérigraphie...

Combien ça vaut ?

Passé : 3 mai → 27 juin 2012

Les sages prescriptions adressées aux artistes pour qu’ils évitent l’écueil du commerce et de la cupidité sont pléthores. Un exemple parmi tant d’autres : dans les carnets de Léonard de Vinci se trouve écrit le conseil suivant : « Donc peintre, prends garde que l’âpreté du gain ne l’emporte sur l’amour de l’art. La conservation de cet honneur est plus importante que le prestige des richesses. » Las ! L’avertissement du maître italien a, depuis lors, été bien souvent battu en brèche. Parmi ces dévoiements récents, songeons aux crises légendaires d’Andy Warhol. Le chantre du pop pouvait devenir furieux de jalousie à l’idée que ses productions se vendent moins cher que celles d’un de ses amis, alors qu’il était lui-même immensément fortuné et tout à fait reconnu . « Being good in business is the most fascinating kind of art », concédait-il par ailleurs. Plus généralement, on doit observer la façon dont la création actuelle et le patrimoine ancien sont traités, médiatiquement abordés et communément perçus : records d’enchères, examen scrupuleux des cotes, acquisitions mirobolantes des collectionneurs, dictature du marché. Selon les critères en vigueur, la valeur déterminante de l’art est d’abord de nature économique. Le prisme, c’est le prix.

Sans doute cet état de fait, qui nous éloigne du pur ravissement esthétique et d’une certaine gravité, est-il malheureux voire désolant. Mais il présente au moins un avantage. Il constitue, pour de nombreux artistes, une matière drôle et cruelle, féconde et profonde, critique et ingénieuse.

C’est cette matière-là que la galerie Taïss donne à explorer sous le signe d’une provocante question : « Combien ça vaut ? ». Celle-ci est justement l’objet de deux œuvres de Ben. L’interrogation « Combien ça vaut ? » ou celle, plus prosaïque, voire vulgaire, « ça vaut combien ? » renvoient le spectateur, sans agressivité mais avec un sens de l’absurde démoniaque, aux limites de son approche. Car le prix, l’angoisse qu’il corresponde au sacro-saint « pouvoir d’achat », est aujourd’hui devenu un sujet obsessionnel.

Regarder le monde consiste d’abord à regarder des étiquettes, à espérer des promotions pour élargir le champ des possibles, à budgétiser la vie. Le travail pionnier de Jean-Paul Albinel est une démonstration décapante de cette dérive, lui qui signe du code-barres 337731 et a développé un langage qui pirate les standards de la consommation mondialisée.

Avec une imposante installation inspirée d’une photographie et rappelant, à l’aide de matériaux de récupération, la sculpture monumentale du XIXe siècle, Olivier Blanckart insiste quant à lui sur la relativité et la volatilité des valeurs. Celles-là qu’on croit ou voudrait croire absolues, comme autant de points de repère, fluctuent incessamment. Il adosse ainsi quatre figures de l’art conceptuel à l’étalon du Nasdaq et rappelle que la culture de la dématérialisation, esthétique d’une part et technologique d’autre part, a connu une étonnante valorisation parallèle. Une bulle fragile.

Enfin, la peinture de Thierry Bruet s’inscrit dans la tradition figurative des scènes de genre et souligne, avec une habile intelligence et une maîtrise graphique redoutable, d’extravagants décalages sociaux. Dans des salles d’exposition, deux modestes visiteuses figées affichent une mine inquiète au milieu des faces hilares de Yue Minjun et de Murakami. Un couple de collectionneurs fagotés avec style mais usés par le temps, enlisés dans leur sofa, sont cernés par les tableaux explosifs de Jean-Michel Basquiat.

Combien ça vaut ? rassemble donc, selon des approches plastiques très diversifiées, des créateurs qui s’attaquent de front à l’économie de l’art actuelle — sujet sensible dans un contexte où les écarts de prospérité sont extrêmement importants. En plus d’être une exposition turbulente et inventive, cette manifestation ambitionne de frapper les consciences et, même, de leur soumettre un problème fondamental : ce qu’il faut entendre par valeur de l’art ; un enjeu très riche.

  • Vernissage Mercredi 2 mai 2012 à 19:00
Galerie Taïss Galerie
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14, rue Debelleyme


75003 Paris

T. 01 42 76 91 57 — F. 01 42 76 91 57

www.taissgalerie.com

Filles du Calvaire
Saint-Sébastien – Froissart

Horaires

Du mardi au samedi de 11h à 19h
Et sur rendez-vous

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Les artistes

  • Ben
  • Blanckart
  • Bruet
  • Jean Paul Albinet