David Lyle — Bits and Pieces

Exposition

Peinture

David Lyle
Bits and Pieces

Passé : 13 septembre → 9 novembre 2013

Né sur la base militaire d’Okinawa au Japon en 1971, David Lyle rentre très jeune aux USA pour vivre une adolescence influencée par la musique des années 50 et les épisodes de Twilight Zone sur le petit écran. Il est ensuite marqué par la découverte du Punk Rock, tant par l’énergie musicale et les idéaux du mouvement que les graphismes des pochettes d’albums, qui stimulent chez lui sa vocation d’artiste. San Francisco, la non-conformiste, où il séjourne, va lui donner l’énergie d’oser ses idées. Sa rencontre avec Winston Smith et ses collages au service d’un engagement politique affiché l’incitent à se dépasser. Plus tard, installé à Manhattan, il emprunte résolument sa propre voie en tentant de répondre à une obsédante interrogation.

D’où naît cette nostalgie des années cinquante et soixante supposées heureuses et insouciantes dont il collectionne les objets ? Cette évocation en rose des fifties et sixties n’est-elle pas le produit de ce besoin obscur de s’inventer un âge d’or de l’individualisme consumériste ? De sacraliser inconsciemment l’économie de marché dont on espère retrouver les bienfaits sur une planète pourtant épuisée par les excès d’une production déréglée ? David Lyle répond à cette anxiété à sa manière. En passant au crible marchés aux puces et enchères, cet inlassable dénicheur exhume des photographies de ces années fétiches. Il en tire des collages, première étape d’une expression artistique qui narre sa propre histoire de teenager intoxiqué. Il applique ensuite sur des panneaux de bois un gesso qu’il enrichi à l’huile noire appliquée au pinceau puis nuancée à l’aide de chiffons.

David Lyle dresse alors le portrait d’une Amérique triomphant de la Deuxième Guerre Mondiale pour mieux exporter son modèle universel de félicité. Ce message, la photographie, entre autres, nous l’a inculqué. Lyle en détourne le sens en rapprochant avec un soin particulier du détail des éléments insolites et contradictoires de ses archives personnelles. Il tord le cou aux clichés avec la noirceur d’un humour teinté de compassion et laisse sourdre le malaise que cachent ces images dégoulinantes de bonheur de l’American way of life. De ces peintures émerge une sensation d’étrangeté qui inconforte, tout comme les photos de Robert Frank ou encore les images tirées au cordeau jusqu’au malaise des frères Cohen de Barton Fink ou du Barber. Si tous ces rassembleurs de vieux vinyles, de polaroïds vintage ou de posters savaient regarder leurs trésors différemment ! Prendre conscience de la naïveté de leurs fantasmes. Ils en détecteraient la sinistre comédie.

Dans Words of Wisdom, une femme au foyer des années 50 regarde un string imprimé du slogan de Nike « Just do it ! ». Dans If you see something, say something, le passager d’un bus tient avec indifférence une bombe sur ses genoux à côté de voisins impavides plongés dans leur journal. Family Time évoque l’époque de la colonisation des foyers américains par la télévision qui rassemble la famille autour de ses programmes, image idyllique des bienfaits de la réussite individuelle. Lyle, moins angélique, suggère que déjà le ver est dans le fruit. Sur l’écran, un épisode des Simpsons montre un Homer sociopathe qui étrangle son fils Bart dans un geste comique mais violent. Pour Lyle, cette série cache bien peu d’innocence derrière son cynisme pourtant affiché. David Lyle reste néanmoins un créateur inscrit dans son époque. Dans sa dernière série Graffiti, notamment The Dealer, il porte un regard critique sur le statut du Street Art dans l’art contemporain.

Bien qu’il s’en défende, sa naissance dans une île occupée a dû marquer l’inconscient de Lyle. Il a vu le jour en situation de paix armée où son pays victorieux a voulu imposer partout dans le monde des idéaux dont il percevra plus tard l’inanité. Il exprime ce sentiment dans un langage de la transgression comme ces écrivains en rupture avec les canons de la période qui a tant fasciné chez lui le collectionneur : Kérouac et son inlassable fuite des valeurs traditionnelles de son époque, Burroughs et son collage halluciné des chapitres décousus de son Festin nu, Bukowski et sa vision poétique et provocatrice de l’amour libre et du sexe. Lyle, à sa manière poursuit ce processus de démolition.

  • Vernissage Jeudi 12 septembre 2013 18:00 → 21:00
Galerie Addict Galerie
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14-16, rue de Thorigny

75003 Paris

T. 01 48 87 05 04

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Saint-Sébastien – Froissart

Horaires

Du mardi au samedi de 11h à 19h

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L’artiste

  • David Lyle