Delphine Pouillé — Fluffy flavours

Exposition

Dessin, installations, sculpture, techniques mixtes

Delphine Pouillé
Fluffy flavours

Passé : 6 janvier → 19 février 2011

Si le titre de l’exposition, Fluffy Flavours, sonne comme la promesse d’une gourmandise pour le visiteur, c’est plutôt l’œuvre tentaculaire de Delphine Pouillé qui semble le happer dans ses multiples panses plus ou moins alléchantes.

Suspendues par des pinces à une tringle fixée au plus près du plafond et venant flirter avec le sol, les thrums envahissent l’espace, en soulignent les dimensions en même temps qu’ils en perturbent la perception. Cet accrochage est directement issu de la façon de faire sécher ces pièces de mousse polyuréthane. À la manière d’un étrange rideau de fils lestés, ils obstruent l’espace de haut en bas. Naît ainsi une architecture dans l’architecture. Si Delphine Pouillé a déjà investi des intérieurs et des sites urbains, jamais encore son travail ne s’était si pleinement fondé sur la construction. Pour le public, cette oblitération d’une partie de son environnement a d’abord un impact visuel saisissant. Mais elle bouleverse surtout son rapport physique aux œuvres, essentiel pour l’artiste. Les thrums, en barrant l’espace, contrarient le corps du visiteur. Obligé de contourner leurs tiges et leurs masses, il doit reconsidérer sans cesse ses possibilités de mouvement pour appréhender ces œuvres fragiles et imposantes à la fois. Cette contrainte est redoublée par l’interdiction quelque peu perverse de les toucher alors même qu’elles suscitent le désir de le faire, de s’y appuyer, d’évaluer leur souplesse ou leur résistance aux coups. Mais la proscription n’est pas absolue et la contrainte est ambigüe.

Les bugs, dessins numériques aux circonvolutions très proches de celles des thrums, sont accrochés selon un procédé similaire. Résultant de la simplification puis de l’agrandissement d’un premier jet à la main, ils sont tirés en grand format pour favoriser une mise à distance et induire un rapport plus direct tant avec les sculptures qu’avec le visiteur. Ce mode de présentation évoque une classification d’espèces et met l’accent sur l’aspect anthropologique des œuvres. Si les formes sont manifestement organiques, elles demeurent énigmatiques, l’artiste évitant d’être littérale pour préserver un « espace de projection des autres ». Moignon ou jarret de porc — comme le décrit Antonin Artaud, à qui est emprunté le titre générique de cette panoplie souvent rose jambon — estomac, intestin, poumon, muscle à vif ou organe génital, elles sont tout cela à la fois et c’est pourquoi elles nous touchent dans notre animalité, notre conscience d’être vivant subordonné à la déliquescence.

Depuis ses premiers jaco — qui fonctionnent comme des camisoles — les productions de Delphine Pouillé obéissent à des règles strictes imposées en amont de leur réalisation. La première de ces contraintes est celle des matériaux. Ainsi est posé le principe de la projection de mousse dans un moule en tissu (doublure en élasthanne parfois recouverte de polaire) qui seule permet d’obtenir une forme parfaite, tout en étant soumise à la gravité et aux effets de la lumière comme de la température. Les thrums ont une vie propre et cette transformation biologique est essentielle pour une artiste dont la production évolue par mutation. Elle accepte certains ratés, comme des dégoulinures transpirant à travers la peau duveteuse, avec le bonheur d’ignorer où ce renoncement la mènera. Grâce à des procédés développés de manière empirique, elle provoque aussi l’accident en torturant ses pièces (elle les gave, les détrousse, les entrave, les étrangle et enfin les (sus)pend autant qu’en les soignant (elle les opère, les lave, les masse les panse). Delphine Pouillé choisit aussi d’assumer les contraintes de ses techniques, le dessin et la couture. Si les thrums sont très graphiques, ce n’est pas seulement parce que chacun prend sa source dans une unique esquisse et dans le dessin des patrons, mais aussi parce que les coutures (les plus réduites possibles) confèrent un aspect plat et fin aux bordures et que leurs empreintes font aussi dessin.

Delphine Pouillé revisite ici le Post-Minimalisme à l’aune du mœlleux viscéral, suivant le mode de la précision et la contrainte du vivant, ses surprises merveilleuses et sa dégénérescence.

Aurélie Barnier
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