Delphine Renault — Mirapolis

Exposition

Estampe, installations, sculpture, son - musique...

Delphine Renault
Mirapolis

Passé : 4 juillet → 6 août 2015

Mirapolis. Déjà les clichés se bousculent, reflétés dans le carton doré de l’invitation ou réfléchis dans la devanture de l’exposition. Le regard du spectateur lui est directement renvoyé alors que son esprit vogue déjà à travers les grandes cités antiques, polis. Très vite cependant l’illusion s’avère trompeuse. Il ne s’agit en effet que du nom d’un gigantesque parc d’attraction ouvert en 1987 — fermé en 1992. Delphine Renault, enfant, l’apercevait le long de l’autoroute, depuis la fenêtre de la voiture. Elle rêvait de s’y rendre mais l’ambition démesurée des fondateurs du parc et leur gestion calamiteuse firent de leur chimère un fiasco retentissant. La figure de Gargantua qui vous accueillait à l’entrée semble aujourd’hui la personnification même de l’outrance du projet ; l’appétit vorace du personnage rabelaisien paraît être à l’échelle de l’avidité de ses créateurs. Quant aux visiteurs, ils n’étaient pas dévorés par le géant mais entraient par là où ils auraient dû être expulsés : entre les cuisses.

Delphine Renault s’empare de cette figure et fait passer le spectateur désireux de pénétrer dans l’exposition à travers une image, Icône. Cette peinture dorée — qui, selon la provenance de la lumière, scintille ou prend une couleur des plus douteuses — dissimule et révèle à la fois l’entrée de la galerie en en reproduisant la forme. Brossée à même la vitre (elle-même posée sur la façade et curieusement encadrée d’un liseré noir, regardez bien), l’image créée se fait merveilleuse ou triviale — tout dépend du point de vue. À l’intérieur, une suite de sérigraphies aux formes géométriques d’une élégante simplicité. Montagne. Cible. Palissade. Jaune-vert-jaune-vert-jaune-vert. Vous avez déjà vu cette combinaison de formes et de couleurs quelque part ? Peut-être vous rappelez-vous l’exposition monographique de l’artiste dans la même galerie deux ans plus tôt. Une « palissade » en trompe l’œil couvrait les murs. C’est elle qui est reproduite ici, à une toute autre échelle. Cette série se présente comme l’archive des travaux réalisés in situ, qui ne peuvent être réitérés. Comment en conserver la mémoire, en raconter l’histoire ? Cet abécédaire de formes en serait la réponse ; recueil de ce qui a été, il renvoie simultanément à ce qu’il adviendra. Pensons à l’icône dorée de l’entrée. La même ambigüité temporelle est à l’œuvre dans ces confettis placés sous globe ; témoins tristes d’une fête passée ou à venir, on ne sait s’il faut les conserver ou les libérer (Le grand soir).

L’arc en plein cintre de l’icône se retrouve dans la découpe d’un miroir placé au mur. Comme un jeu de piste les œuvres se répondent ; en vis-à-vis, un étrange isoloir téléphonique… Placez-y votre tête : coucou ! Distinguerez-vous le chant réel de celui, factice, de l’horloge suisse qui sonne les heures ? Vous êtes convié à descendre ; au sous-sol sont projetées les photographies d’un couple en vacances à l’été 1962. Delphine Renault les a trouvées et se les est appropriées ; aucun descendant ne les réclamera. Vestiges d’une vie, elles n’intéressent personne. Le carrousel de diapositives se déroule le long du Cervin, sommet alpin à la frontière italo-suisse dont la forme pyramidale confère au sublime. Montagne presque parfaite, elle est l’une des plus représentées, si bien qu’on la connaît sans jamais l’avoir vue. Mais ne finit-elle pas par disparaître derrière sa représentation ? De même, quelle destinée pour ces diapositives, forcément amenées à s’effacer au fur et à mesure de leur projection ? Et pourquoi s’obstiner à archiver sa propre vie, quel récit écrire, pour qui ? La seule photographie du couple ensemble est ratée ; floue, la tête de la femme est presque tronquée. Une coupe est pratiquée également à l’endroit de l’image dans Off Road. Cette vidéo manifestement prise sur le capot d’une voiture nous dévoile l’artiste face caméra manipulant le bouton de l’appareil. Sur les bords de route, elle apparaît, disparaît, indéfiniment. Allumer, éteindre. C’est tout ce nous verrons de son road trip américain. De toute façon, nous en connaissons d’avance tous les clichés. Les Alpes comme le Texas ne sont que des décors de fiction qu’il n’est plus nécessaire de représenter.

Si Mirapolis aujourd’hui symbolise l’absurdité du désir absolu de divertissement, l’exposition nous révèle quant à elle le scintillement des illusions perdues, voire peut-être les brumes d’un paradis déchu. Les sérigraphies sont des souvenirs, le globe en verre soufflé rempli de confettis nous rappelle une fête dont on aurait balayé le sol, le chant du coucou est faux, les souvenirs de promenade en montagne ont la beauté nostalgique des images trouvées dans un grenier, et du road trip américain nous ne verrons que les moments nécessaires à la création de la vidéo. Le temps s’est figé dan la galerie ; coincées entre le souvenir de ce à quoi elles se réfèrent et la projection qu’elles arborent, les œuvres semblent arrêtées sur le moment de décision de leur apparition. C’est finalement surtout de la production d’images dont il est question tout le long de l’exposition ; du procédé nécessaire à la création que l’on devine au mirage de la représentation que l’on traverse, de la trace du passé que l’on observe à l’aura qui s’estompe à force de reproduction : on / off.

Sophie Lapalu
  • Vernissage Samedi 4 juillet 2015 15:00 → 22:00
Galerie Marine Veilleux Galerie
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47 rue de Montmorency


75003 Paris

T. 01 42 77 56 13

www.marineveilleux.com

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