Denis Savary — Brûlis

Exposition

Vidéo

Denis Savary
Brûlis

Passé : 21 mai → 30 juillet 2011

Jeune artiste incontournable de la scène artistique suisse, Denis Savary a récemment montré son travail au Centre Pasquart de Bienne, à La Villa Bernasconi de Genève et à la Ferme du Buisson à Noisiel. A la suite de ces projets, il poursuit sa réflexion sur la notion d’exposition. Abordant l’espace dans son intégralité, et mêlant les registres plastiques et théoriques, Denis Savary construit peu à peu une atmosphère qui transforme l’espace et immerge le spectateur.

Sculpteur, vidéaste, photographe, dessinateur mais aussi collectionneur, fin érudit de l’Histoire de l’art, parfois commissaire, Denis Savary perturbe toute volonté de catégorisation et de classification. De prime abord, il semble un artiste insaisissable et inclassable. Chez lui, le décloisonnement se fait au niveau des médiums, des genres, des références et des collaborations.

Denis Savary est à l’écoute. Il apparaît comme un archiviste de l’infinitésimal qui définit un territoire de l’intime, où les micros événements du monde commun sont montrés comme sous l’effet d’une loupe. Un homme coupe la branche d’un arbre à la tronçonneuse dans un paysage enfoui dans la brume, une femme de dos et à peine audible sous le bruit des oiseaux nous guide à travers une forêt, un homme s’attarde au bar d’une discothèque vide… Avec Denis Savary c’est un vocabulaire de l’ordinaire qui se déploie. S’attacher aux scènes du quotidien, se concentrer sur des micros événements c’est collecter des bouts de réel mais c’est aussi donner une importance et un sens aux choses (qu’ils s’agissent d’objets ou d’événements) a priori anodines. Rien de spectaculaire en effet dans les vidéos de Denis Savary : un paysage en plan fixe et des personnages réduits à une action unique en temps réel. Tout paraît familier et pourtant tout devient incongru. Filmées sur des lieux qui lui sont proches, affectivement et géographiquement, sans que l’on puisse déterminer à l’écran si tout est mis en scène, simulé ou simplement enregistré, les vidéos sont réalisées avec une déroutante économie de moyens. Jouant sur une sorte d’expectative, Denis Savary s’ingénie à laisser chacun trouver dans la réalité un espace possible de contemplation et d’enchantement. Tout est mis en place pour faire croire à la saisie d’un moment inattendu, d’une rencontre dont l’œuvre se ferait simplement l’écho.

« modifier le flux du réel, le faire déborder, imaginer des bifurcations… »

En s’imprégnant et s’immergeant dans le réel, Denis Savary le dépasse, le bouscule pour pousser le spectateur dans une réalité parallèle où le grotesque et l’exotique prennent le pas dans une poésie du quotidien. Des palissades en bois qui deviennent des tableaux abstraits, un mur de clous comme dans l’attente d’un accrochage, un ressort de deux mètres de haut qui semble fragile, sur le point de tomber. Le jeu d’échelle de ces éléments vient souligner l’architecture et perturber l’ordre habituel des choses : les palissades se trouvent dans un couloir intérieur étroit, le ressort est grossi à l’extrême et le mouvement de rebond, intrinsèque à l’objet, tellement visible qu’il en devient absurde.

A l’image d’un ressort, les œuvres de Denis Savary se font échos et dialoguent aussi bien formellement que conceptuellement pour plonger le visiteur dans une atmosphère particulière, une encyclopédie propre où s’entremêlent les références. Les transfigurations de Denis Savary inscrivent le spectateur dans un quotidien précisément bercé par l’histoire de l’art que l’artiste se réapproprie, parfois de façon frontale. Dans la lignée directe de l’œuvre « Alma » (d’après la poupée réalisée par Kokoschka), Denis Savary installe dans l’espace de La Chambre, cet espace sans issu et quelque peu excentré de l’espace principal, la réplique d’un masque qui se trouve dans la maison de James Ensor à Ostende. Posé sur un canapé, Denis Savary conserve la présentation initiale du masque et joue ainsi du caractère intimiste de l’atelier, s’intéressant à la face cachée de la création et aux artistes modernes en marge. La visite se termine donc sur un collage où l’espace publique se confronte à une intimité frôlant l’érotisme, où le masque de carnaval posé nonchalamment sur un canapé « banal » provoque la confusion des genres.

En jouant de situations ordinaires, l’artiste opère un savant mélange d’étrangeté et de mémoire collective et confronte alors le spectateur à une histoire de la trace muable et changeante, une trace qui ne serait finalement peut-être qu’une question de point de vue, qu’une marque de passages.

1 Denis Savary, extrait de l’entretien avec Jean-Yves Jouannais, à paraître aux éditions JRP Ringier.

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Horaires

Du mardi au samedi de 10h à 13h et de 14h à 19h

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L’artiste

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