Deux pièces meublées

Exposition

Installations, sculpture

Deux pièces meublées

Passé : 23 mars → 4 mai 2014

Galerie municipale jean collet deux pieces meublees katinka bock grid Deux pièces meublées — Galerie municipale Jean Collet Placée sous le patronage théorique de John Armleder qui rappelle que l’œuvre d’art « a toujours aussi été un objet domestique », l’... 2 - Bien Critique

L’exposition Deux pièces meublées rassemble des œuvres d’artistes qui questionnent la relation mobilier-sculpture-installation, à partir de mobilier domestique ou urbain, dans un travail d’appropriations joueuses et surprenantes.

Posant la question de la standardisation des objets par le prisme du dépassement de leur fonction initiale, les pièces présentées provoquent le corps et la pensée : réutiliser, trouver une autre finalité aux usages, glisser du familier à l’étrange, détourner, assumer une certaine valeur décorative…

S’y décline la fragmentation, la juxtaposition — dans les œuvres de Julien Pastor notamment, le collage, les oppositions, la stratification — chez Stéphanie Nava, le hasard et l’humour dans les démarches de Manuel Salvat ou Julien Berthier. Frôlant parfois le design ou l’architecture, tous se posent dans un rapport à l’objet au départ standardisé ou imité — dans la pièce de Katinka Bock, souvent rejeté et récupéré, démembré chez Vincent Mauger, puis réécrit pour faire œuvre.

Tous construisent quelque chose d’autre, surprenant de gravité ou de légèreté, dans le changement d’échelle, le mouvement et la révélation des matériaux pour ce qu’ils sont, avec une réelle dimension picturale chez certains.

Eviter l’efficacité de l’objet, cependant le rendre viable autrement. Questionner les fonctions préalables au mobilier, qui deviennent différemment agissantes dans le projet de sculpture.

L’exposition Deux pièces meublées présente également des dessins, pratique largement développée par Julien Berthier, Nathalie Elemento, Stéphanie Nava, Laurent Suchy ou encore Mario D’Souza…

Les artistes exposés

Julien Berthier

Né en 1975 à Besançon. Vit et travaille à Aubervilliers. Julien Berthier est représenté par la Galerie GP & N Vallois.

« Dans mon travail ce que je cherche le plus c’est l’ambiguïté, la double lecture. On retrouve un peu cette ambiguité dans l’une des pièces présentées dans l’exposition, la Left Handed Rietveld chair. La chaise originale de Rietveld est une des plus connue du design, la plus copiée et détournée aussi, notamment par le monde de l’art. Toute la logique de Rietveld était de faire une chaise relativement simple à construire, structurellement solide et qui puisse être produite en masse. C’était une époque où le modernisme n’était pas assimilé au luxe et à la rareté mais bien à un projet de société. En la copiant de la main gauche, donc à la fois humblement (comme un apprenti copiant ses maitres) et maladroitement (je suis droitier), l’objet que je produis est infiniment plus complexe à ouvrager et très difficile à reproduire. Il a donc à la fois gagné et perdu quelque chose par le geste de la copie. »

JB

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Julien Berthier, Left Handed Rietveld chair, 2007 Bois laqué — 76 × 74 × 115 cm Courtesy Galerie GP & N Vallois, Paris

Katinka Bock

Née en 1976 à Francfort, Allemagne. Vit et travaille à Paris. Katinka Bock est représentée par la Galerie Jocelyn Wolff.

Paris Stein unter der Tisch (2009) ou, à plus fortes raisons, Haltung (2010) sont des sculptures qui comprennent la lourdeur de la matière par le placement d’une énome pierre sous une table : la première l’engloutissant par en dessous, paradoxalement, tandis que la deuxième y est accrochée précairement, par des fils métalliques.

Dans cette dernière, la table ne tient que sur deux pattes et contre le mur. D’une pièce à l’autre, il est inévitable de remarquer un changement de positionnement : mélancolique et presque magrittienne, (…) Haltung reprend une idée empruntée au livre Korrektur (1975) de Thomas Bernhard et à laquelle Bock revient régulièrement selon laquelle une chose ne peut tenir que si elle a trois points d’appui alignés. Une aisance dans le fait de faire tenir ensemble mais aussi de rendre la sculpture solidaire de son contexte (le mur, en l’occurrence) rend cette œuvre subtile à la fois dangereuse et tranquille.

Joana Neves in Magazine 02, 2012

Mario D’Souza

Né en 1973 à Bangalore, Inde. Vit et travaille à Menetou-Salon.

Comme tout sculpteur, la notion d’équilibre et de contrainte, de tension des éléments assemblés, va donner son élan au geste et provoquer la forme finale que prendra la sculpture. Mais tout ce jeu formel est habité d’un rapport à l’autre. La chaise, élément essentiel du vocabulaire de l’artiste, est bien sûr une figure métonymique du corps humain. Les éléments qui y sont associés résonnent, par leur dureté ou leur malléabilité, avec ce symbole du quotidien pour le faire tendre vers une image qui pose toujours la question de l’équilibre des relations. (Catalyse par Céline Poulin)

« D’une manière plus essentielle et plus secrète, le travail sur l’objet m’aide à créer une forme nouvelle. Le concept que je développe est bien souvent compris dans le geste qui révèle l’objet, en le décalant, en le revisitant. Mon concept de travail est comme un lien, un pont, entre l’objet formel, avec sa propre histoire et sa propre utilité (qui conditionne son apparence) et l’objet révélé. Il est devenu formellement inutile, mais la poésie et bien souvent l’humour, révèlent une proximité qui n’était jamais là. »

MDS

Nathalie Elemento

Née en 1965 à Saint-Nazaire. Vit à Paris.

« Mon travail est un travail sur le mobilier intérieur : sur les objets qui nous habitent. Les positions mentales que l’on adopte ou qui font que nous sommes capables ou non d’adaptation. C’est un essai de représentation, le contraire d’une mise en scène ou d’une installation. Pas pratique du tout, mais praticable ».

Nathalie Elemento

En fait, je continue à être fascinée par cette distinction que l’on fait entre une sculpture, un meuble, un objet.

Pour moi, tous les objets sont des sculptures et tous les meubles aussi. Tout cela relève de la présence de mécanismes (de nos propres mécanismes face à ces objets)…

Extrait de l’entretien de Nathalie Elemento avec Carole Boulbès, Paris mars 2008 pour le catalogue Des sculptures pour de vrai, it’s the real thing, ed. Publisher

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Nathalie Elemento, Ne pas y penser, 2011 Métal, bois, résine — 42 × 102 × 98 cm © Jean Paul Planchon

Jean–François Leroy

Né en 1982 à Dunkerque. Vit et travaille à Ivry-sur-Seine. Jean–François Leroy est représenté par la Galerie Bertrand Grimont, Paris.

Jean-François Leroy part du plan. Ce que l’on appelle en géométrie le « plan » est un espace à deux dimensions qui peut s’étendre à l’infini et qui n’a pas d’épaisseur théorique. Chez lui, les éléments sont utilisés comme matériaux usuels et pratiques, et non pour leurs éventuelles connotations : ils signifient simplement le plan. Avec l’usage de la moquette, du linéolium ou de la bâche, celui-ci se trouve souligné dans sa planéité. Dans ce plan, Jean-François Leroy opère des découpes et des pliures. Il ne découpe pas des revêtements, il ne fait pas de la sculpture, il ne fabrique pas seulement un objet ; il plie l’espace, il imprime à l’espace une forme globale, selon les règles de la géométrie et de la perception visuelle. Ses couleurs, industrielles, non signifiantes — elles n’évoquent rien et se caractérisent par leur grande neutralité sémantique — soulignent plastiquement les modifications que les objets façonnés font subir à l’espace perceptif dans lequel le spectateur pénètre.

Emilie Bouvard, Extrait

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Jean-François Leroy, D’une chose, l’autre #2, 2014 700 × 700 × 400 cm © Nicolas Wietrich

Vincent Mauger

Né en 1976 à Rennes. Vincent Mauger est représenté par la Galerie Bertrand Grimont, Paris.

Reprenant à son compte les modélisations 3D, Vincent Mauger crée un monde parfaitement ancré dans la matière tangible. Qu’il s’agisse de bois, de parpaings, de métal, de brique ou de polystyrène, les matériaux sont travaillés au-delà ce que leur matérialité pourrait laisser présager. Avec une certaine économie de moyens et de procédés, la perception des caractéristiques de masse et de solidité se trouve souvent modifiée, dans tous les cas questionnée. Dans un monde aux distances abolies par la vitesse des déplacements (réels ou virtuels), Vincent Mauger propose un espace à la topographie extraordinaire où il fait bon se perdre.

Stéphanie Nava

Née en 1973. Vit et travaille entre Paris et Marseille. Stéphanie Nava est représentée par la Galerie White Project, Paris

« Utilisant le dessin comme colonne vertébrale, mon travail s’est développé de façon hybride, la pratique graphique étant augmentée d’installations, photographies et parfois vidéos et animations. Mon travail s’intéresse au champ étendu de ce que l’on pourrait nommer les relations, portant une attention particulière au langage, gestes, espaces construits, objets et coïncidences. L’importante charge narrative qui habite mon travail est toujours organisée avec précision. Usant de biais, je mets en place des relevés de situations, m’attachant aux postures et processus en place dans des espaces donnés (qu’ils soient physiques ou mentaux) : des corps, des gestes et des lieux ; l’exploration des mécaniques animant les premiers via les seconds au sein des derniers. »

SN

Julien Pastor

Né en 1977. Vit et travaille à Paris.

Le travail de Julien Pastor procède d’une expérience sensible de son environnement. Constructions, dessins, collages et photographies constituent un corpus de recherche qui déborde le territoire spécifique dont il est issu. C’est à partir de rencontres fortuites d’objets, d’architectures ou d’événements auxquels Julien Pastor associe les imaginaires qui l’agitent que se développe sa pratique. En prise avec l’histoire de l’Art, la philosophie ou les sciences, ces assemblages, conceptuels et formels tentent de faire partager une approche du monde où les espaces (physiques et imaginaires) s’interpénètrent révélant ainsi la complexité des interactions entre nature et culture.

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Julien Pastor, Etude pour une antenne personnelle (détails), 2013 Impression noir et blanc © Marie Preston

Alexandra Sá

Née en 1967. Vit et travaille à Paris et Montreuil.

Les projets d’Alexandra Sá posent un regard légèrement distancé et humoristique sur le réel. La question de l’espace, comme déterminé par l’usage d’un groupe social, par ce qui le constitue, aussi bien dans ses formes — reliefs, territoires, espaces de circulation, architecture, corps et leurs codes — parcourt son travail.

En observant et pratiquant un décalage des usages, certaines de ses dernières pièces évoquent une matière qui s’échappe, parcourue de trous, de plis, d’étirements, et suggèrent une continuité avec les interstices du paysage contemporain urbain ou naturel. Son travail multiplie les supports et les médiums.

Alexandra Sá invite l’artiste Ann Guillaume à présenter son travail sur une nouvelle pièce The almost flat Library. Alexandra Sá partage le commissariat de l’exposition Deux pièces meublées avec Catherine Viollet, directrice de la Galerie municipale Jean-Collet.

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Alexandra Sà, The almost flat Library, 2014 Bois, métal — 350 × 250 × 20 cm © Nicolas Wietrich

Manuel Salvat & Thomas Jocher

Né en 1959, à Paris. Vit et travaille à Arles.

Né en 1961 à Saalfelden, Autriche. Vit à Strasbourg.

Je considère ces immeubles comme des répliques du réel, non comme des maquettes, puisque ce ne sont pas des projets à advenir, mais des projets « à rebours », des réductions d’architectures réalisées qui ont déjà vécu… Je les « chosifie » pour différentes raisons : induire une méditation — plutôt que des points de vue théoriques affirmés- sur ce qu’elles sont devenues depuis leur construction, ou sur les effets de leur réalisation : les utiliser comme des éléments modulables, les replacer dans des situations imaginaires. Les « meubles-immeubles » sont des objets hybrides, des répliques augmentées, effectivement, qui sont un jeu d’échos, d’aller-retour, assez évident, un jeu cependant infini et jouissif, un regard sur les influences réciproques entre l’architecture et le mobilier. Mais ce qui a également généré ces objets, c’est une sorte de questionnement attractif au sujet de la frontière entre le public et l’intime, entre la façade et l’intérieur privé. La rue et le salon…

MS

Laurent Suchy

Né en 1969. Vit et travaille à Paris.

« Une image n’est pas forte parce qu’elle est brutale ou fantastique mais parce que l’association des idées est lointaine et juste »

Histoire(s) du cinéma, Jean-Luc Godard, Gallimard, 1998.

Mes dispositifs surgissent de confrontations inattendues. L’art c’est justement un précipité. Comme en laboratoire, ce qui n’adviendrait pas de soi, survient par l’action d’associations inédites, hasardeuses. (Sans titre, photographie, Élevée(s) en galerie, Galerie Duchamp, Centre d’art, Yvetot, 2013). Deux Legos, l’un bleu et l’autre rouge, enserrent un œuf sur la trame du damier gris et blanc du logiciel Photoshop. L’organique et le synthétique se trouvent donc ici associés et mis en tension. Glissements de sens, associations, décalages, j’agis dans ces moments de brisures discrètes de l’infra-ordinaire. Ces agencements formels autant elliptiques qu’intrigants, me permettent d’élever l’objet au rang du sacré, du fétiche, de lui attribuer une efficacité supérieure à la sienne sur la réalité, une croyance, un culte, une nouvelle symbolique.

Extrait du texte, Improbables rencontres, Muriel Salling-Lebert

Rémi Uchéda

Né en 1969 à Gange. Vit et travaille à Paris.

(…) Les Pliers, clin d’œil aux chaises pliantes qui se déploient pour occuper leur fonction et se replient pour le rangement. Les Pliers sont des chaises en métal contraintes au rapprochement de leurs pieds, de leur dossier, de l’assise. Ce ramassement de leurs extrémités est définitif et ne peut se redéployer, causant la rupture le cas où (d’une façon figurée: faire accepter, se soumettre ; « ça s’est plié », terminé.) Le dépouillement s’active par la nécessité à enlever ce qui couvre (sa gaine isolante, de son écorce, de sa peau, de sa chair).

Ces structures, « sculptures-squelettes »1 apparaissent comme les témoins des axes essentiels au maintien, de l’ossature qui organise la tenue physique et mentale. Un goût pour les arêtes, le tranchant (à double tranchant, couteau, acier, corne. 2009). Ce geste, de dépouillement est une envie de tendre vers l’essentiel, dépourvu d’ornement, de se défaire du superflu (…) Épurer son dessin pour être en contact directe avec la charpente, ce qui maintient. Éplucher la sculpture, peler la sculpture pour retrouver son corps, son essence…

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Rémi Uchéda, Plier, 2011 Acier, bois, chaise pliée — 45 × 41 × 25 cm © DR

1 Céline Piettre — Catalogue de l’exposition au Vog, Centre D’art Contemporain de Fontaine et Le 19, Crac de Montbéliard

Commissariat : Catherine Viollet et Alexandra Sá

Un catalogue bilingue français/anglais est édité par la Galerie municipale Jean-Collet à l’occasion de l’exposition avec un texte de Carole Boulbès. Imprimé à 1 000 exemplaires, offert par la ville de Vitry-sur-Seine, il sera disponible fin mars sur simple demande.

  • Vernissage Samedi 22 mars 2014 à 18:00
  • Deux pièces meublées — Rencontre avec les artistes Rencontre Dimanche 6 avril 2014 à 16:00
  • Deux pièces meublées — Déjeuner sur l’art Evénement Jeudi 10 avril 2014 à 12:15

    Visite commentée pendant la pause déjeuner.

  • Deux pièces meublées — Cours d’histoire de l’art Conférence Mardi 29 avril 2014 à 18:00

    Conférence d’Alexandra Fau en partenariat avec le MAC/VAL et l’Ecole d’arts plastiques (EMA).

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59, rue Guy-Môquet


94400 Vitry-sur-Seine

T. 01 43 91 15 33

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