Thomas Fiebig — La Grande Bouffe

Exposition

Peinture

Thomas Fiebig
La Grande Bouffe

Passé : 4 février → 31 mars 2012

Thomas Fiebig ne cesse de revendiquer l’influence de l’art urbain sur sa peinture. Comme lui, les artistes de rues ont le mérite de dénoncer la destruction permanente que subit leur environnement sous couvert de modernisation. Il pose un regard libre qui se veut « déconstructeur », sur ce qu’exhibe la ville afin d’arracher une vérité plus profonde aux évidences trompeuses, aux images parfois indécentes de non sens qui la peuplent. L’ordre voulu par la société n’est qu’une architecture des apparences. Il impose sa logique marchande aux désirs profonds de l’homme.

Dans sa quête du vrai, Thomas Fiebig use d’un langage d’une douloureuse ironie qui masque mal un certain désespoir.

Ainsi, cible-t-il le hamburger, prêt-à-manger, fabriqué en masse, emblématique du vite absorbée, vite rassasié. Cette nourriture ambulante, saturée de produits standardisés pour fondre en bouche malgré leur empilement pyramidal, industrialise le gavage d’estomac.

La série de hamburgers que propose l’artiste dénonce à sa manière cette culture de l’élevage du citoyen en batterie. Le pop art revendiquait les objets de notre quotidien comme données irréversibles de notre culture post-industrielle mais les restituait fidèlement (voir les soupes Campbell ou les billets d’un dollar). Thomas Fiebig, lui, dynamite la représentation de ces sandwiches vertigineux, moelleux mais sans substance, en étale la matière, en fait, au choix, des champignons suspects ou des verticalités informes, des compressions d’ingrédients indistincts, prêts à la mastication sommaire et à la digestion hâtive. La couleur éclate, coule, déborde, brouille la consistance de la pitance proposée au point qu’on voit mal à quel stade d’assimilation elle se situe.

Thomas Fiebig veut dramatiser l’enjeu de son propos. Aussi broie-t-il les formes avec un appétit qu’on n’ose qualifier de carnassier. Ses excentriques hamburgers dénoncent une civilisation où, l’individu, intégré à une chaîne alimentaire infernale, est à la fois consommateur et digéré. Le goût ainsi uniformisé soulève le dégoût de l’artiste qui l’éloigne d’une représentation vériste du hamburger pour en dévoiler l’essence profonde.

Thomas Fiebig prépare méticuleusement son travail sur ordinateur avant de le reproduire de manière originale sur la toile. Il ne cherche nullement à recopier son schéma numérique mais à lui donner une traduction libre travaillée par la matérialité brute de la peinture et soumise aux aléas de l’inspiration. Il déconstruit, donc recrée, ce qu’il voit et le décline en autant d’œuvres singulières, ribambelle infernale qui domestique nos appétits.

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L’artiste

  • Thomas Fiebig