Folkert de Jong — The Immortals

Exposition

Sculpture

Folkert de Jong
The Immortals

Passé : 1 septembre → 13 octobre 2012

L’exposition reprend l’ensemble de sculptures intitulé The Immortals réalisé par Folkert de Jong pour le Mackintosh Museum — The Glasgow School of Art — dans le cadre du Glasgow International Festival of Visual Art (20 avril — 7 mai 2012).

L’ensemble des Immortels condense nombre des thèmes de Folkert de Jong. Invité par la Glasgow School of Art à exposer en avril 2012, il part des créations du célèbre architecte et designer Charles Rennie Mackintosh qui conçut le bâtiment. Son univers, associé au mouvement Arts & Crafts est marqué à la fois par la standardisation et la nostalgie du travail artisanal, associant techniques traditionnelles et technologie nouvelles de la fin du XIXème siècle. Il met en scène Mackintosh et sa femme l’artiste Margaret Mac Donald Mackintosh, couple à la fois très moderne, travaillant tous les deux dans un univers d’avant-garde et en même temps très conservateur, en pleine société victorienne. La postérité retiendra d’ailleurs surtout le nom de Monsieur. Le titre de l’œuvre est celui qu’ils donnèrent à leur groupe, appelé aussi the Four, incluant Herbert McNair et Frances, la sœur de Margaret.

Ces éléments sont ensuite présentés dans d’autres lieux, comme à la galerie dukan hourdequin à Paris : « baptisés » lors de leur première installation, ils développent leur vie ailleurs. Leur charge historique n’apparaît plus, du moins au premier abord, tant leur accoutrement semble ne rien devoir au passé.

Irritants sont les ensembles de Folkert de Jong : grimaçants, à la fois joyeux et repoussants, sans que l’on sache trop s’il s’agit d’un délire de sale gosse ou d’une mise à l’épreuve des règles de la statuaire. Ils sont d’emblée identifiables par son matériau de prédilection, le Styrofoam (et sa variante, la mousse polyuréthane). Son apparence industrielle, ses couleurs vives, sa fabrication purement chimique situent l’œuvre dans le domaine de l’artificiel. Ce polystyrène extrudé utilisé dans le bâtiment pour l’isolation thermique et à Hollywood pour la construction de décors de cinéma réunit des qualités opposées. Très facilement taillable, sa fragilité n’est qu’apparente : en effet, sa composition chimique en fait un matériau imputrescible, avec une durée de vie bien supérieure à celle du bois par exemple. Alors qu’une grande partie des sculptures en bronze sont fondues à partir de formes réalisées en polystyrène, de Jong a toujours évité cette étape sacralisante caractéristique de l’art officiel. Le Styrofoam est créé lors de la Seconde Guerre mondiale par la société américaine Dow Chemical, qui produira l’agent orange utilisé lors de la guerre du Vietnam ; le polystyrène est vendu en Europe par l’IG Farben, qui à la même époque produit le gaz létal Zyklon B. Cette mousse est ainsi liée de manière invisible à deux pages ignobles de l’Histoire. L’œuvre entière est sous-tendue par ce type de contradictions assumées, temporaire et joyeuse en apparence, éternelle et liée à la destruction en réalité.

Les couleurs vives du Styrofoam, notamment le bleu ciel, le rose layette et l’ocre signent les premières figures de de Jong. En 2007, il réalise deux ensembles importants, Les Saltimbanques d’après Picasso et Chronic : Handmade Nightmares in Red, Yellow and Blue, d’après Mondrian. Ces regards sur l’art moderne marquent l’introduction de nouvelles couleurs dans les ensembles. Par la suite, il pigmente les mousses de teintes fluorescentes, les recouvre de noir ou les asperge de peinture. Ces associations criardes renvoient à l’expressionnisme allemand, aux figures polychromes baroques, mais aussi aux affiches publicitaires, dont de Jong recherche la force visuelle. Il reprend, à un siècle de distance, les essais de Picasso qui colle et peint des objets trouvés et manufacturés en 1914 pour réaliser son Verre d’absinthe. Il part à contresens de l’impératif moderniste de pureté des principes, mélange et bricole peinture et sculpture, à tel point que l’impact visuel est autant dû aux formes qu’aux couleurs. Avec Les Immortels, la surenchère chromatique flagrante contredit les formes (en particulier sur les moulages des visages), à la fois hommage aux toiles de Fernand Leger et kaléidoscope issu d’une boite de Lego.

La volonté de communiquer est un des principaux moteurs de de Jong, qui vise à ouvrir son art sur d’autres domaines et à l’intégrer dans la vie. Il n’hésite pas pour cela à employer des couleurs séduisantes, traiter de thèmes excitants, caricaturer les expressions et s’inspirer d’arts plus populaires comme le théâtre et le cinéma.

Ses personnages sont toujours posés au sol, sans socle, évoluent sur le même terrain que le visiteur. Des relations théâtrales s’installent, entre les protagonistes et avec le visiteur. L’expressivité des visages aux sourires d’hommes ivres, les pupilles ou les dents souvent rehaussées de couleurs ou de matériaux scintillants ajoutent au sentiment d’être agressé, rejoignant Antonin Artaud pour qui « tout ce qui agit est une cruauté. » De Jong a d’ailleurs commencé par réaliser des performances avant de passer à la sculpture, mimant des évènements historiques ou des scènes fantasques trouvées sur les premiers sites Internet des années 1990. Il réalise encore des performances lors de l’ouverture de ses expositions et produit actuellement les décors et costumes de la troupe de théâtre new-yorkaise The Wooster Group. De Jong prend là encore le contre-pied des normes modernistes, associant théâtralité, spectaculaire et mauvais goût consommé.

Pourtant, derrière ce premier abord gore, ses œuvres traitent systématiquement d’évènements historiques ou de chefs-d’œuvre d’histoire de l’art. Il s’interroge sur le pouvoir, la réputation, l’exploitation ou la moralité, et la capacité qu’a l’être humain à s’autodétruire. L’histoire de la sculpture est celle de la commémoration, du monument, réalisé pour marquer un évènement historique (grande bataille) ou un personnage célèbre (statue du roi, d’un dignitaire religieux). De fait, de Jong s’attache à ne jamais traiter de sujet gratuitement, et trouve dans le contexte la raison d’être de son œuvre. Il se documente longuement, et part de stéréotypes type imagerie d’Epinal, d’une culture partagée par l’ensemble des spectateurs, pour ensuite les amener à réfléchir sur la manière nous sommes influencés quotidiennement par la publicité, la télévision, etc.

Cette volonté de réaliser une œuvre « universellement » compréhensible se double d’une distance avec la scène artistique hollandaise contemporaine.

De Jong évolue dans un monde interconnecté, qui pour une grande partie partage les mêmes références, cinématographiques, télévisuelles ou artistiques et qui partage nombre de problématiques. Son esthétique grimaçante évoque l’œuvre des frères Chapman, de Gelitin ou Paul McCarthy, l’auteur du Ketchup cube. Charles Saatchi, qui possède plusieurs de ses œuvres, y retrouve les mêmes préoccupations que celles des Young British Artists. L’artiste semble finalement autant lié au monde anglo-saxon (la plupart de ses expositions se sont tenues aux Etats-Unis) qu’aux Pays-Bas (une rétrospective de dix ans de travail s’est tenue au Groninger Museum en 2009).

Les ensembles de De Jong, pour éclatants qu’ils soient, dégagent toujours une mélancolie, difficile à définir.

L’énergie carnavalesque est souvent marquée par la déchéance, la dégradation. La mort rôde dans ces visages figés, goudronnés, et l’utilisation de matériaux contemporains contraste avec la nostalgie des sujets, puisés dans le passé. Les temps s’entrechoquent, de manière affirmée et totale avec l’emploi du moulage, technique ancienne anachronique. De Jong affirme récemment l’importance grandissante de la dimension métaphysique de son œuvre, comme si la forte matérialité de son œuvre lui permettait paradoxalement un regard très distant et silencieux sur ce monde de surconsommation hyperconnecté. Tous ces paradoxes font de l’œuvre de de Jong une source de réflexion permanente : irritante et séduisante, irrévérencieuse et cultivée, vulgaire et raffinée, entre le tintamarre des statues trash et angoisse silencieuse, entre mépris des matériaux et jouissance de leur emploi.

Sébastien Gokalp
Source : Extrait du texte « Le théâtre du grotesque »
  • Vernissage Samedi 8 septembre 2012 18:00 → 21:00
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24, rue Pastourelle


75003 Paris

T. 09 81 34 61 83

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L’artiste

  • Folkert De Jong