François Marcadon — Golden Days

Exposition

Dessin, peinture

François Marcadon
Golden Days

Passé : 25 avril → 13 mai 2013

Souvent, chez François Marcadon, le dessin accuse les contours d’un corps déboussolé, plié, ou exagérément tendu, écartelé d’un pendu. L’aquarelle qui recouvre, et révèle l’habit ou la peau, ou l’objet, incarne des douleurs. Or ce qui relève de l’ornement, d’une préciosité est un piège. Car ce qui est offert inquiète, la séduction s’immisce dans l’effroi. Convoquant tour à tour les figures de la terreur, la danse macabre, le rêve ou le fantasme sadien, François Marcadon dénoue les fils d’un cauchemar qui sait prendre les apparences d’une friandise (qu’on appelle aussi « douceur »). Quand le format se libère et s’agrandit, rien n’est apaisé.

— Pierre Giquel

L’univers déployé par François Marcadon relève du faux-semblant. D’apparence élégante, d’intention esthétisante, chacune de ses œuvres mêle pourtant l’amer au doux-sucré, en découvrant sous sa surface édulcorée un fond fantasmagorique plus inquiétant. Aussi, lorsque le plasticien propose d’interroger les jours dorés, il y a toutes les raisons de croire que la nostalgie attendue se conjuguera au plus cinglant des constats. L’âge d’or invoqué ne relève pas seulement d’un paysage idyllique et gai, aux couleurs agréables et au trait particulièrement soigné, il informe aussi une vision plus contrastée, où le mythe des origines réfléchit, en miroir, la perspective de la mort. Ces images fantasmatiques (tour à tour rêve, cauchemar ou allégorie) installent l’espace de la mythologie personnelle de l’artiste qui offre ici en partage une vision tant onirique que cruelle, à l’instar de son propre rire omniprésent, dont on ne sait s’il est signe de réjouissance ou de sarcasme. Le corps pour fil conducteur, François Marcadon en travaille la vanité et la labilité, comme pour rappeler dans un même mouvement son extraordinaire plasticité — son potentiel métamorphique — et son inconditionnelle finitude — sa mortalité. Multipliant les formats, du simple A4 au plus imposant 150 × 200 cm, et tirant avantage de l’aspect dissolvant de la peinture — aquarelle, acrylique, encre — il explore graphiquement la polymorphie du corporel, dont la consistance diluée permet d’informer tous les fantasmes.

L’exposition se distingue par son foisonnement et un accrochage rigoureux, cherchant un dialogue constant avec l’espace. Un premier ensemble d’une trentaine de dessins recouvre les murs de l’exposition, mettant en scène la dualité constitutive du corps propre, tout à la fois objet d’investissement narcissique et rappel incessant de la vanité humaine. La couleur de la chair, rehaussée d’un rose jovial et quasi enfantin, ne doit pas tromper : elle opère dans sa crudité à la mise à nu d’une incarnation dont nous sommes à la fois les bénéficiaires et les victimes. La vie, rêvée ou vécue, ne peut se saisir en dehors de la figure du pharmakhon grec, tout à la fois remède et poison. Ainsi, quand elle est ramenée à une silhouette noire et indifférenciée, simplement tapie dans une ombre qui tient lieu de surface, elle se fait symboliquement le cerbère d’un char mortuaire, annonçant sa propre fin. Corps fou, corps bête, corps angoissé, François Marcadon décline les figures d’un mécanisme de projections inconscientes qui en appelle au fond immaîtrisable du désir humain. A l’image du figural lyotardien, il révèle en surface ces affects qui émergent en informant les corps.

Face à ce premier corpus, le dessinateur propose en contrepoint une série d’autoportraits, animés de la même angoissante gaieté. Il y signifie une présence qui, se voulant par ailleurs discrète (les dessins n’ont pas de titre pour ne pas en influencer la lecture), s’affirme alors avec cynisme. À l’extérieur, un imposant wallpainting réalisé à même un des murs du Point Éphémère accueille le public : le rire sarcastique qui le caractérise, sa bouche ouverte prête à déchirer, semble narguer joyeusement les passants. Le regard insistant, presque menaçant, un poisson à la bouche — s’appropriant au passage l’environnement du canal Saint-Martin — le plasticien donne le ton : le retour auquel il nous convie n’a pas la figure d’un rêve apaisé, la quête des origines se confronte au terrible de l’existence, à l’égard duquel la dérision reste, et de loin, la meilleure des réponses.

— Florian Gaité, mars 2013

  • Vernissage Jeudi 25 avril 2013 à 18:30
Point Ephémère Centre d’Art
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200, Quai de Valmy

75010 Paris

T. 01 40 34 02 48 — F. 01 40 34 02 58

www.pointephemere.org

Colonel Fabien
Louis Blanc

Horaires

Tous les jours de midi à 2h
La galerie est ouverte aux heures d’ouverture du café

Tarifs

Accès libre

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L’artiste

  • François Marcadon