Georgia Russell — Time and Tide

Exposition

Collage, techniques mixtes

Georgia Russell
Time and Tide

Encore environ un mois : 14 octobre 2016 → 7 janvier 2017

Georgia russell galerie karsten greve 2 grid Georgia Russell — Galerie Karsten Greve La galerie Karsten Greve accueille jusqu'au 7 janvier une exposition personnelle de Georgia Russell, Time and Tide, qui propose un ... 2 - Bien Critique

La Galerie Karsten Greve annonce Time and Tide, deuxième exposition personnelle consacrée à Georgia Russell dans l’espace parisien.

Après son exposition à la Fondation Bayer de Leverkusen, en début d’année, et au moment où le Museum Pfalzgalerie de Kaiserslautern lui dédie quatre mois de sa programmation, Time and Tide dévoile au public français ses expérimentations les plus récentes. Son œuvre s’est toujours construite sur les notions de rythme et de répétition — du geste comme des formes — à travers lesquelles l’artiste, en se plongeant dans un travail minutieux de découpage, fait sortir de la matière son énergie potentielle.

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Georgia Russell, Spore, 2016 Acrylique sur toile découpée, plexiglas — 55 × 75 × 12 cm © Georgia Russell Courtesy Galerie Karsten Greve Köln, Paris, St Moritz

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Entre les mains de Georgia Russell, le scalpel, ustensile de travail privilégié, crée une dentelle qui joue avec le vide et le plein, ainsi qu’avec la clarté et l’obscurité. Ses œuvres plus anciennes étaient créées en travaillant sur des supports en papier préexistants : des vieilles photos de paysage étaient bouleversées par des tourbillons de lumière formés par les coupures ; le rythme s’incarnait dans les coupures régulières des partitions musicales. Les livres d’époque éclataient vers l’extérieur des limites de l’objet pour devenir figure flamboyante et totémique. Les nouvelles œuvres sur toile, encore liées à une idée de paysage, rappellent les tempêtes marines de William Turner ou de Gustave Courbet, dont l’œuvre Trombe fut la source d’inspiration de la pièce homonyme présentée dans l’exposition. Le rythme très cadencé des partitions musicales trouve un écho dans les toiles découpées en blanc. Le format du livre, lui aussi, est à nouveau mis en question, car il est privé de sa qualité première : la parole. Les livres en toile de Georgia Russell sont la négation de la transmission des savoirs dont ils devraient être porteurs. Ils représentent la déstructuration définitive : à la fois livres muets et peintures vides.

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Georgia Russell, Dawn, 2016 Acrylique sur toile découpée, plexiglas — 190 × 140 × 16 cm © Georgia Russell Courtesy Galerie Karsten Greve Köln, Paris, St Moritz

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L’idée de temps est centrale dans la démarche de Georgia Russell. Dans les œuvres en papier, celle-ci se manifestait à travers la réappropriation des images du passé ainsi que dans la déconstruction du format du livre, tout en créant un nouveau rapport à l’objet. Dans les nouveaux travaux, le temps est celui de la nature, mais également de la peinture. Après avoir investi les possibilités offertes par les anciennes photographies et les livres d’époque, Georgia Russell s’engage maintenant dans une réflexion sur la couleur et l’abstraction. Ce tournant est marqué par un retour aux matériaux classiques, tels que la toile et le pinceau, bien que son processus artistique, qui n’abandonne jamais l’idée d’une destruction créatrice, reste ancré dans sa technique du découpage. Les toiles de l’artiste sont le résultat d’un défi avec la peinture qui commence par le choix des couleurs et des formes pour arriver à créer des paysages en s’appuyant seulement sur ses souvenirs intuitifs. Comme pour les objets trouvés, sur lesquels elle est intervenue avec un geste violent de césure, elle déchire dans ses œuvres récentes le fruit de sa propre main, en détruisant et en recomposant les toiles qu’elle a d’abord peintes. La trace du pinceau, sa direction et le rythme du geste pictural sont bouleversés par la direction de la coupure du scalpel ainsi que par le jeu entre les formes vidées et les parties de la toile qui n’ont pas été touchées. Certaines œuvres, comme Escarpment, multiplient et compliquent ce processus en ce qu’elles sont construites par plusieurs couches de toile superposées et entrelacées.

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Georgia Russell, Inlet, 2016 Acrylique sur toile découpée — 300 × 500 × 15 cm © Georgia Russell Courtesy Galerie Karsten Greve Köln, Paris, St Moritz

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Les vagues du titre de l’exposition renvoient aux marées de la mer écossaise que Georgia Russell a peintes en plein air cette année et qui changent de couleur à chaque passage des nuages. Les grandes toiles de l’artiste nécessitent d’être regardées selon des points de vue différents car le jeu de coupures nous transporte dans une atmosphère propre à chaque perspective rappelant les variations de tons et de couleurs propres à son pays d’origine, dont les fluctuations s’apprécient au gré du jour et de la nuit. Dans les nouvelles œuvres de Georgia Russell, les vagues transparaissent dans les mouvements crées par le rapport entre découpage et peinture qui s’entrelacent pour créer des pièces à la frontière entre peinture et sculpture et appellent de la part du spectateur un regarde mobile.

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Georgia Russell a étudié les Beaux-Arts à l’Université d’Aberdeen en Écosse, puis au Royal College of Art à Londres où elle a obtenu un Master d’imprimerie artistique. Elle a participé à de nombreuses expositions internationales notamment au Victoria & Albert Museum de Londres, au Musée Het Noordbrabandts aux Pays-Bas et à la Fondation Bayer de Leverkusen, en Allemagne. Une bourse d’étude lui a été versée par le Royal College of Art, contribuant à sa venue à Paris, et d’importantes collections privées ont acquis ses œuvres. Elle vit et travaille à Méru, en France.