Helene Schmitz — Earthworks

Exposition

Photographie

Helene Schmitz
Earthworks

Passé : 10 novembre 2016 → 7 janvier 2017

Devenue photographe « pour retenir la beauté » Helene Schmitz en suggère ainsi la fragilité, la dimension éphémère, voire ambigüe. Son œuvre a pour principal sujet la nature souvent assimilée à une forme de Paradis par la tradition occidentale : un grand jardin magnifique ; un état d’innocence, de quiétude, de douceur et de bonté. La réalité est bien sûr tout autre. La nature n’a ni sentiment ni intention, elle a pour seul agenda survie et expansion… L’Homme admire sa beauté esthétique et y trouve confort mais cherche aussi à la dominer, à l’exploiter et à « l’ordonner » afin de contrer ce chaos et son mouvement.

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Helene Schmitz, Dunes, 2015 Photo, digigraphie — 98 × 128 cm Courtesy of the artist & Galerie Maria Lund, Paris

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ORDRE ET DOMINATION — CHAOS ET EXPANSION

Depuis Livingrooms (1996), témoignage très personnel de l’appartement de son enfance ravagé par le feu, Helene Schmitz a développé une œuvre dont la thématique du rapport entre l’être humain, la nature, les éléments et le climat constitue le fil conducteur. Se faisant elle explore et questionne le portrait de la nature dressé par la science, l’art et la littérature : Jardins engloutis (2010), un ensemble de photos énigmatiques à l’ambiance sous-marine prises dans l’environnement chaud et humide de la jungle du Surinam montre une entreprise humaine — les enclos pour l’élevage de papillons -sur le point d’être absorbée par une végétation omniprésente. La végétation envahissante est également au cœur de Kudzu project (2013), série qu’Helene Schmitz a consacrée au Kudzu — sorte de lierre qui avance à une vitesse redoutable et étouffe tout dans des Etats du Sud de l’Amérique où l’homme a fait le choix de l’introduire avant de réaliser son erreur.

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Helene Schmitz, Sounds of Silence, 2016 Digigraphie — 93 x 116,5 cm Courtesy of the artist & Galerie Maria Lund, Paris

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EARTHWORKS

Earthworks (2015) et The Forest (2016), ses photos les plus récentes qui font l’objet de sa troisième exposition à la Galerie Maria Lund traitent d’une colonisation humaine : Earthworks montre les traces d’une aventure commerciale malheureuse de l’époque où la Namibie était sous domination allemande. A la fin du 19e siècle, dans le but de développer une exploitation minière, le pouvoir colonial avait bâti Koolmanskoop, une ville entière avec ses maisons, commerces et église. L’ambition s’est conclue par un échec ; la ville a été abandonnée, laissée au désert. Depuis le sable a pris possession des bâtiments les transformant petit à petit en un sablier géant qui ne cesse de se remplir. La tranquillité des bancs de sables contraste avec le décor des murs ornementés aux couleurs fanés ; des portes s’ouvrent vers d’autres pièces et encore du sable. Le tout est éclairé par la lumière forte du soleil environnant. Bientôt, il n’y aura plus que le sable mais en attendant la rencontre entre la matière du sable apportée par le vent, les traces des serpents qui y habitent et les restes de l’effort humain pour y faire exister le beau présente une image très puissante de l’ambition de l’homme face à la réalité de la nature.

Un désir d’exploitation de la nature est aussi à l’origine de l’accident — une étincelle — qui a provoqué le plus grand incendie de forêt en un demi-siècle en Suède : En 2014 le feu s’est répandu sur près de 14000 hectares à Västmanländ. Dans The Forest Helene Schmitz a photographié l’après. Pendant deux ans elle s’est rendue sur place pour montrer le paysage noirci où le rythme régulier des arbres plantés est perturbé par les arbres tombés ou consumés par le feu. La série montre une nature dévastée ainsi que la lente réapparition de vie et avec elle le retour de la couleur. Dans un contexte où le rapport de l’homme à son environnement est plus que jamais au centre des préoccupations cet ensemble offre un témoignage silencieux et fort.

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Helene Schmitz, Twilight, 2016 Digigraphie — 93 x 116,5 cm Courtesy of the artist & Galerie Maria Lund, Paris

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FICTION ET REALITE

La frontalité des photos d’Helene Schmitz construites autour d’un axe central confère à l’endroit photographié une dimension scénique. L’artiste parvient ainsi à instaurer une tension entre réalité et fiction. L’homme est toujours physiquement absent de images mais son existence et son potentiel d’action les habitent.

BEAUTE ET REALITE

Si les photos d’Helene Schmitz happent dans un premier temps par la beauté parfaite qui les caractérise, l’intention de l’artiste va bien au-delà : leur grande beauté tient aussi sa vibration captivante du fait de suggérer l’immanence des puissances destructrices, voire montrer les traces de celles-ci. Face à la nature les tentatives de domination de l’homme se terminent souvent par un échec à court ou à long terme.

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Helene Schmitz (née 1960) vit et travaille à Stockholm. Diplômée de l’Université de Stockholm en histoire de l’art et en cinéma, elle expose régulièrement dans les galeries et institutions, principalement en Suède, mais aussi en France, aux Etats-Unis et en Norvège. La GALERIE MARIA LUND a accueilli ses expositions personelles Jardins engloutis (2010) et Kudzu project (2013). Hors son pays natal, son œuvre a été présenté au Jardin des Plantes — Paris, au Château de Chaumont sur Loire, dans le cadre des Transphotographiques à Lille, au Musée National de Prague, au Musée National de Science de Tokyo — et en Suède à Moderna Museet, Stockholm, au Musée National d’Histoire Naturelle de Stockholm, à Abecita Konstmuseum et à Kristinehamns Konstmuseum. En 2015 Dunkers kulturhus, Helsingborg, Suède a montré son exposition rétrospective Borderlands. Les œuvres d’Helene Schmitz ont intégré les collections du Moderna Museet, Stockholm, du Conseil national pour l’art public (Suède), du Département culturel du conseil municipal de Stockholm et de la Municipalité d’Oslo, Norvège.

Helene Schmitz a également réalisé des commandes publiques : création d’un timbre pour la Poste suédoise (2015), ensemble de photos pour la station de métro Mariatorget, Stockholm (2013-2015) et une commande pour l’hôpital Karolinska hospital (2010).

Une partie de son activité est consacrée à la publication d’ouvrages ; le livre A passion for Systems (System och passion — Linné och drömmen om Naturens Ordning, 2007) a été récompensé par la Bibliothèque Royale de Suède et le Publishing Prize de Suède. En 2012 le livre From the shade of the rainforest, Daniel Rohlander and the journey to Surinam (Ur regnskogens skugga — Daniel Rolander och resan till Surinam) fut nominé pour le August Prize suédois.

  • Vernissage Jeudi 10 novembre 2016 18:00 → 21:00