Henri Foucault — Un monde parfait

Exposition

Photographie

Henri Foucault
Un monde parfait

Passé : 29 octobre → 4 décembre 2010

Depuis de nombreuses années, l’acharnement qu’Henri Foucault met à interroger la sculpture depuis le point de vue d’un matériau apparemment le plus contradictoire — le photographique — doit probablement traduire, en dehors de toute perversité, une volonté théorique peu commune. Comme s’il s’agissait pour cet artiste, sculpteur de formation, de s’éloigner le plus loin possible de sa discipline d’élection pour en renouveler le désir, pour vérifier les gestes qui fondent cette pratique en dehors de son exercice proprement dit. Car enfin, la saisie photographique emprunte peu aux mains si ce n’est la manipulation du développement et du tirage. L’image photographique résulte d’une frappe de la lumière sur une surface, dont le support — son poids, son épaisseur, sa dimension — sera peu affecté. Pourtant, c’est à partir de la trace lumineuse que Foucault s’attache au modelé et au volume. Il ne retranche pas pour donner forme à l’informe, il introduit au contraire de l’informe dans la forme que l’acte photographique lui a imposé : les points de strass collés constellent infiniment l’étendue du cliché, respectent les contours des corps, reconstituent avec une pointe d’humour le piqué épidermique…. Ce qui brille, scintille, miroite, reconstitue une volumétrie changeante, piège à lumière, planéité contrariée par le relief des éclats et les variations cristallines, frissons de la brillance, palpitations de la chair retrouvée.

L’acharnement déjà évoqué contribue à l’invention de formes et à des interrogations nouvelles. Parce qu’il est sculpteur, Foucault ne se résout pas à ne pas soustraire, à ne pas retrancher, à ne pas polir. Le recours à la technique de l’image à résonance magnétique (I.R.M.), à vocation généralement médicale, lui offre l’inconcevable possibilité de trancher dans le feuilletage de la représentation photographique, et de donner ainsi l’illusion troublante de son « épaisseur translucide » (Louis Marin). La propre tête de l’artiste est exposée aux ondes magnétiques et autorise à imaginer que cet « étroit espace d’écart entre matière et lumière » (Louis Marin) existe. « … chaque corps dans la nature se trouve composé de séries de spectres en couches superposées à l’infini, foliacées en pellicules infinitésimales dans tous les sens où l’optique perçoit ce corps » (Nadar)

Et les strass, encore les strass et colorés ceux-là, métamorphosent cette tranche sagittale en bijou « art nouveau », poli, moiré et chatoyant ; une sculpture intime et portable en somme…

Enfin, Henri Foucault s’aventure plus loin encore dans cet affrontement théorique qui lui fait retrouver la sculpture au terme d’un long détour. Dedans, dehors 1 : peut-on résumer plus laconiquement le tourment essentiel de celui qui sculpte ? Pli et surface, creux et « bosses », convexité et concavité… Cette œuvre ainsi intitulée représente un corps chargé de mouvement, plein d’une détente à venir et dont les valeurs modelées des gris évoquent le cliché négatif. En fait, ce corps tendu par l’élan possède l’opalescence du verre, translucide, diaphane. Dedans ou dehors, illuminé ou éclairé : une nouvelle voie s’ouvre depuis l’observation du corps désiré par la danse pour comprendre, hors de la seule réalité volumétrique, ce qui distingue le sculpté et le photographié. La sculpture éclairée et la photographie illuminée ? Oui peut-être… Mais Foucault invite surtout à suivre son modèle, à danser avec elle.

Dominique Païni
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