Hugo Aveta — Ritmos primarios, la subversiòn del alma

Exposition

Photographie, vidéo

Hugo Aveta
Ritmos primarios, la subversiòn del alma

Passé : 30 janvier → 22 février 2014

Lire le temps

Internet est une sorte de grand océan duquel nous pouvons tout extraire et dans lequel nous pouvons tout jeter. C’est notre noosphère, ce grand magma où se fondent les contenus mentaux de la planète. C’est de là qu’Hugo Aveta a extrait les vidéos qu’il a ensuite projetées, plan par plan, sur une émulsion photographique, aboutissant ainsi aux œuvres de cette exposition. Un procédé alchimique, à sa manière, appliqué à l’image, à la mémoire et au temps.

Le temps, c’est la matière avec laquelle Hugo Aveta travaille. Un temps condensé, crypté, partagé. Un temps articulé en montages dont le point de départ est le document historique, des extraits de réalité qu’il restitue. Les images qui donnent vie à cette œuvre proviennent de différentes archives. Elles révèlent la fascination de l’artiste pour certaines formes adoptées pour enregistrer et cataloguer l’expérience. Une fascination qui obéit, comme le dirait Derrida, à « l’impatience absolue d’un désir de mémoire ». Une mémoire du corps, sur le tissu social/la toile sociale de laquelle on pourrait bien lire le temps.

Ces images émanent d’opérations combinatoires qui, prenant appui sur la vérité supposée du document, réorganisent et multiplient les signifiés. Ce faisant, elles en modifient l’origine et le destin. Moins elles sont nettes, plus elles sont signifiantes. Les images perdent leur capacité de représentation pour gagner en capacité d’évocation et activer leur pouvoir de réminiscence. Dans ce déplacement visuel, elles assument un caractère pictural et en même temps elles renvoient à ce que l’on connaît sous le nom de night vision, c’est-à-dire, la faculté de voir dans l’obscurité (il en va de même des caméras infrarouges ou de certaines espèces animales nocturnes).

Réfléchir sur la photographie nous amène à réfléchir sur les spectres, ces entités qui apparaissent ou disparaissent au fur et à mesure qu’elles sont invoquées ou rejetées, ou qui se refusent à abandonner le monde, car des liens forts continuent à les y rattacher. Quelle est la nature de ces spectres qui, après être restés de longues années dans l’Ether, reviennent aujourd’hui jusqu’à nous ? A l’origine, ce sont les images des manifestations de masse qui ont secoué la société argentine pendant la grande crise de 2001, une crise qui entraîna la chute d’un gouvernement constitutionnel et qui fut le début d’une époque marquée par la polarisation idéologique et la fracture sociale. Douze ans après, alors que l’indignation de peuples entiers parcourt le monde, Hugo Aveta ravive cette lisière sombre, incertaine, entre la peur et la colère, entre le désir de liberté et la quête de sécurité.

L’année même de la chute des Twin Towers et de la débâcle argentine, les dispositifs permettant aujourd’hui à n’importe quel amateur de photographier ou de filmer du plus extraordinaire au plus insignifiant n’existaient pas. Dans les images recueillies et traitées par Hugo Aveta il y a un certain ton épique, une ambiance de geste sociale, de convulsion, de poétique de barricade et de répression féroce. Dans sa technique, il reprend en partie le métier perdu du laboratoire, bien que sa démarche soit inverse. Les images n’émergent plus de l’émulsion, mais elles se projettent sur elle. Il est significatif qu’elles laissent leur marque, leur impression, sur un support instable, souple, vulnérable : une métaphore de la société contemporaine.

Hugo Aveta soulève une question cruciale: la relation entre le visible et le dicible. L’artiste aborde l’image en tant que présence sensible, destinée à être calibrée dans son intensité par chaque être qui la perçoit, mais aussi « en tant que discours qui codifie une histoire », pour reprendre l’expression de Rancière. C’est ainsi qu’elle peut être lue du point de vue personnel, social ou politique.

Hugo Aveta exécute une opération artistique par excellence : il produit de la distance. On pourrait dire qu’il a réussi à trouver la juste distance. Entre le proche et le lointain, entre l’avant et l’après, il a construit cette distance à la limite du lisible et de l’indéchiffrable, en laissant à découvert le pouvoir subversif de l’image. Une image en soulèvement contre sa propre fonction représentative, obsédée par son désir de démontrer que là, dans le passage d’un instant à l’autre, il est même possible d’y faire entrer l’irreprésentable. Rien n’est exactement comme il paraît être, tout peut devenir ce que notre intuition pressent : la tension de la friction et/ou de la rencontre ; le principe de plaisir et la pulsion de mort ; les relations entre le secret et l’explicite, entre le public et le privé, entre le tout et ses parties. Les images — réverbérations d’un récit majeur, soupçons d’une vision aussi ample que rétive —, résument la violence entre ceux qui détiennent le pouvoir et ceux qui l’affrontent, entre ceux qui lui résistent et ceux qui le défendent. Une fois l’événement estompé, seule reste l’ombre. Les images demeurent, tournant en rond sur elles-mêmes, et imprègnent ainsi la mémoire cellulaire de tout le corps social.

La vidéo montrée dans cette exposition peut être interprétée comme un cri prolongé qui se termine dans le silence. Un silence aussi douloureux qu’une disparition non consentie. La marche d’indignation, en Amérique Latine comme dans n’importe quel autre lieu du monde, prend les formes de la condition humaine qui se rebelle contre ce qu’elle-même a créé : il en est ainsi de l’individu contre l’Etat, de la communauté minoritaire contre les grandes corporations, du geste personnel face au pouvoir universel qui gouverne depuis l’ombre.

Dans ses montages, il se peut qu’Hugo Aveta procède comme un thérapeute cherchant à provoquer une anamnèse, cette disposition de l’âme à rappeler les connaissances oubliées au moment d’intégrer un nouveau corps, moment de la réincarnation. C’est peut-être pour cela qu’il a intitulé son œuvre « La subversion de l’âme ». Une âme subvertie, bouleversée jusqu’à la volte-face, essayant de se remémorer les épisodes traumatiques d’une histoire collective qui, comme les spectres, apparaissent et réapparaissent tant qu’ils ne sont pas conjurés comme il se doit.

Adriana Almada. Ecrivain, critique d’art, membre de AICA International
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