Hugo Pernet, Sylvain Rousseau et Les petits chats d’Auber

Exposition

Peinture

Hugo Pernet, Sylvain Rousseau et Les petits chats d’Auber

Termine demain : 7 → 29 juillet 2017

Toutes les œuvres exposées sont inédites. Ce sera donc l’occasion de découvrir en premier lieu les nouveaux tableaux de Sylvain Rousseau. La juxtaposition de leurs lignes fait apparaître, en creux, des légers sillons qui radient en motifs en expansion à partir des figures, comme les ondes concentriques à la surface de l’eau, ou une aire de gravier passée au râteau dans un jardin japonais. Si le médium utilisé dans ses tableaux est inhabituel, les thématiques paraissent a priori plus familières, à la fois dans le travail de Sylvain Rousseau, et plus généralement dans l’histoire de la peinture. Perroquets, grenouilles, requins : les figures composent un bestiaire qui peut évoquer les « singeries » de la peinture du XVIIe. Ce sont, en un sens générique, des portraits de l’artiste en voyageur (la grenouille), en ambitieux (les requins tournant alentour), ou en copiste (le perroquet et sa propension à répéter).

Le sujet animalier nous amène au mystère des chats peintres, Les petits chats d’Auber étant le pseudonyme du collectif réunissant Sylvain Rousseau et Yann Rondeau, qui ont utilisé le même médium (silicone) initialement destiné à la finition des constructions pour leurs œuvres les plus récentes (et du béton pour les plus anciennes). Les chats n’ayant pas l’usage de la parole, en tant qu’artistes leur domaine de prédilection est logiquement l’ineffable. Soit ce qui est au-delà des mots (le sublime d’un ciel en plein jour ou d’une nuit étoilée, par exemple), mais aussi aussi le domaine de ce qu’on ne peut pas dire, de ce qui est secret. Comme la vérité sur les chemtrails, notamment, ou la véritable nature des comètes.

Les tableaux de ciels, réalisés sur feuilles de plexiglas transparent, ont d’abord été peints au dos, puis les motifs de nuages et de traces d’avion dans le ciel ont été ajoutés sur la face au silicone blanc et translucide mélangé à des pigments bleus. Ce sont des peintures de ciels contemporains, comme on peut en observer partout, striés par les traces d’air laissées par les turbines des avions long courrier. Ces paysages aériens de facture expressionniste (ou du moins faisant étalage des signes de l’expressionnisme) dépeignent une réalité complotiste, celle des chemtrails, autrement dit la théorie qui veut que les avions de ligne épanderaient des produits toxiques sur les populations survolées. Le complot part du principe que la réalité ne peut pas être aussi limpide qu’elle paraît, et qu’il y a forcément une vérité cachée à découvrir au-delà des apparences. Ce principe, quand on y pense, est comparable à ce qui motive depuis longtemps le discours sur la peinture, où l’on recherche dans une composition figurative la « géométrie secrète » que le peintre y aurait appliqué, ou dans un tableau abstrait une grammaire formelle ésotérique. D’ailleurs l’art d’aujourd’hui est un « complot », si l’on en croit l’essayiste Jean Baudrillard. Appliqués au présent travail, ses commentaires inviteraient à se dire qu’il ne peut s’agir « que » de ça, i.e. de la représentation de quelque chose de banal, sur un support translucide, dans une facture délibérément non soignée. Il faut supputer la présence de quelque chose en dessous (matériellement, ou historiquement) ou au-delà (une clef, un symbole) qui signifie plus que la littéralité de cette chose. La ruse étant bien sûr qu’il est fort possible qu’il n’y ait que ça à voir. On notera également que le silicone, en tant que matériau de construction, est employé au cours des finitions pour rendre « hermétique » une installation au niveau des jointures. C’est déjà louche, mais l’autre mystère ramené à la surface par ces tableaux sur plexiglas est également un impensé des arts dits « plastiques », à savoir que certains de leurs composants les plus répandus sont vraiment à base de plastique, comme la peinture acrylique.

Certaines des nouvelles peintures à l’acrylique d’Hugo Pernet représentent aussi des nuages. Ou plutôt ils en présentent, car ils ne sont pas faits d’après nature. Ce sont des nuages peints de façon stylisée, presque abstraite (quoi de plus abstrait que le motif du nuage, informe, aléatoire, toujours plausible).

Rien n’empêche de voir des figures dans ces motifs abstraits, même si dans ce cas c’est le regardeur qui les projette sur la toile, et peut éventuellement se persuader que ces figures sont réellement dépeintes (complot).

Ce qui prime dans cette série comme dans celle des rosiers est à la fois le traitement au pinceau, la couleur, et la construction, avec des méthodes apparentées au minimalisme1: permutation des couleurs, renvoi à un principe mathématique destiné à générer les formes aléatoirement. Pour les peintures de rosiers, les couleurs choisies — magenta, rose, turquoise, auxquelles il faut ajouter le blanc du mur — sont celles des anciens jeux vidéos pour PC sur lesquels il jouait quand il était enfant. Ici la fleur (comme la couleur) n’est pas rose n’est pas rose n’est pas rose, mais aux couleurs de l’écran. Ce qu’on voit est « WYSIWYG  », ce qui n’est pas tout-à-fait ce qu’on voit, mais ce qu’on a (au sens où l’on fait avec ce qu’on a). Pas plus que les nuages, les compositions avec des roses ne sont faites d’après nature ; elles le sont en fonction de l’équilibre interne à ces compositions, si bien que la disposition des fleurs et des tiges ne résulte pas d’un effort de vraisemblance. La fleur est un ‘pattern’ comme dans la tapisserie ou le papier peint. Le rosier est comme une grille qui structure des figures (en l’occurence les fleurs), « …un peu comme dans Mondrian, il y a une grille et des ‘cases’ (et aussi trois couleurs), sauf qu’ici les cases passent ‘devant’ la structure. » (Hugo Pernet) Conçu comme une série, l’ensemble des tableaux accentue l’effet de clignotement binaire de la couleur, à la façon de sirènes deux-tons.

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1 Hugo Pernet : « Je crois que dans ces tableaux je mets l’accent à la fois sur le traitement au pinceau, la couleur, mais aussi la construction des tableaux et de la série avec des méthodes plutôt minimalistes. L’intérêt des roses et des nuages est qu’ils ont une tendance fractale à tourner sur eux-mêmes ou à se former d’eux-mêmes dans l’espace. »

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