Ian Kiaer

Exposition

Architecture, installations

Ian Kiaer

Passé : 12 septembre → 9 novembre 2013

Nous nous remémorons ce qui a été et nous avançons toujours plus curieuses vers ce qui, encore une fois, constitue les fondements de notre entreprise, à savoir refuser la clôture d’un savoir homogène, en essayant de s’accorder avec ce monde profus et surprenant qui nous entoure. Tout leadership est précaire, alors pourquoi ne pas préférer une mise en scène du symbolique à travers des détours, des retours et des récupérations.

Ian Kiaer développe un modèle d’œuvre dépouillée qui réhabilite et pulvérise à sa façon la notion de jouissance. Son champ personnel s’appuie sur des questions soumises à des constructions culturelles décodées au fil du temps par la critique, pour en venir à l’expression personnelle d’une certaine illisibilité, capable d’ébranler le spectateur. Tel un Piero Della Francesca imprégné d’un sérieux penchant pour la géométrie, Ian Kiaer forme peu à peu des îlots de cités idéales qui rejouent ou mettent au défi un désir trop fort de catégorisation, de cloisonnement et de conformisme. Dépassant toute espèce d’impératif culturel moralisateur, le travail de Kiaer nous sort d’un jeu de valeurs, au profit des flux délicats dégagés par la minutie d’un assemblage d’hexagones en plexiglas et la valeur quasi-mystique de la lumière obtenue par le frottement de la feuille d’argent sur une simple bâche de plastique transparente.

C’est en approchant la pratique de Ian Kiaer que nous avons délibérément renoncé à « pourfendre » le travail, c’est-à-dire à procéder à une réduction quasi-chimique des éléments qui le composent afin de mieux les identifier.

Ces installations légères ou monumentales, quelques fois très éclatées dans l’espace, abritent des maquettes bricolées, des morceaux de plastiques chinés, des cadres au verre brisé dans lequels s’organise une pièce de feutre ou un taffetas rose. Tout cela, ne peut s’appréhender qu’en opérant par prélèvement à travers différentes couches de sédimentation. Les titres des installations nous apprennent que l’artiste puise ses références dans les propositions architecturales de Claude-Nicolas Ledoux, Constantin Melnikov ou Brueghel, ou encore chez les auteurs Thomas Mann et Curzio Malaparte. Retrouver la trace de ces œuvres de référence dans les installations de Kiaer tient pourtant de la gageure, tant il faut se pencher avec une rigoureuse attention sur les maquettes et les petites peintures figuratives pour y reconnaître un élément familier. Au moyen d’une fine manipulation de signes, l’artiste intègre dans son œuvre de multiples histoires de rêves et de renoncements : celles qui peuplent les avant-gardes picturale et architecturale. L’utopie des architectures sphériques de Ledoux comme la pratique de peintre de Melnikov, commencée après qu’il a abandonné la recherche en architecture, fondent un langage de l’échec, une prosodie de la mesure humaine. Les éléments à échelle de la main que l’artiste arrange dans les espaces d’exposition évoquent cette fragilité de l’aller-retour entre le geste et l’esprit et son caractère central dans la création. Il crée un panthéon personnel de figures amicales, rêveurs idéalistes, poètes au sens étymologique du terme : créateurs.

Les arrangements spatiaux et visuels de Kiaer se lisent comme une poésie. Les collections de fragments qu’il propose sont articulées de façon à souligner et utiliser les lignes de force de l’espace d’exposition, à créer une composition visuelle dont l’espace est partie prenante. Comme le sculpteur classique travaille la glaise, Ian Kiaer modèle l’espace par la permutation des éléments jusqu’à leur stabilisation pour parvenir à l’image juste. Cette organisation procède d’une fine négociation entre la présence dissonante de fragments, dans un lieu prêt à accueillir les œuvres finies, et les accidents de l’atelier. Une tension subtile se crée entre ce qui est attendu de l’œuvre et la séduction pauvre qu’elle peut prodiguer au sein de l’exposition. Au Centre International de l’Art et du Paysage de Vassivière (14 avril-23 juin 2013), Ian Kiaer a poussé plus loin encore le rapport de son travail à l’espace d’exposition. Intervenir dans l’auguste architecture d’Aldo Rossi, qui impliquait l’idée d’une sculpture capable de rivaliser avec l’immense nef, nécessitait de déjouer les intentions de l’architecte. Réagissant à l’étendue spectaculaire des espaces, l’artiste a préféré commenter le travail de Rossi par la transparence du plexiglas, par la structure d’une forme en plastique remplie d’air, par des raccords de couleur et l’arrangement de minuscules objets, rappelant que la force d’un geste artistique ne réside pas forcément dans sa capacité à « gagner » contre l’espace, ni à se cantonner à la place exacte que le lieu d’exposition lui réserve.

Pour nous, l’intelligence d’une œuvre aurait plutôt à voir avec le fait de refuser la place — décorative ? — qui lui est assignée, et ainsi faire apparaître plus clairement la réalité de ce qui nous entoure, nos conditions de vie et de travail. L’exposition de Ian Kiaer à Vassivière questionnait particulièrement l’adéquation de l’architecture de Rossi avec l’art de son temps — le centre d’art a été bâti en 1991 — bien éloigné de la sculpture monumentale. A la galerie, les installations, réadaptées à un espace plus domestique où chaque détail compte, entrent dans un rapport très immédiat aux motifs, aux couleurs et aux fluctuations de la lumière.

Ian Kiaer sait porter un œil réaliste sur les conditions d’apparition des œuvres d’art, bien qu’il préfère souvent parler des « qualités pragmatiques de l’objet » pour contourner les questions sur le « sens » de son travail. L’on pourrait dire, en paraphrasant le condamné à mort de Robert Bresson, film dont il a récemment organisé la projection dans un cinéma près du centre d’art de Vassivière pendant l’exposition, que l’artiste croit probablement d’abord à ses crochets et ses cordes, et qu’en lui-même réside le doute. Dans ce film, le protagoniste est un Résistant fait prisonnier par les Allemands, enfermé dans une étroite cellule. Par une série de gestes infimes et répétitifs, découlant de l’observation minutieuse des objets qui l’entourent, il finira par mettre au point un remarquable plan d’évasion. Ian Kiaer agit de même, par addition de gestes quelques fois insoupçonnables ou accidentels depuis l’atelier, en amont du travail d’accrochage réalisé in situ. Comme Francis Ponge, le poète du mot-matière, auteur du Parti-pris des choses1, Kiaer, par l’attention portée aux matériaux fragmentés « coupe les ailes à la grandeur, à la beauté »2 et célébre « l’ici-haut ». Pour les poètes, le regard attentif porté à l’objet et à sa matérialité, est un détour pour parler, en creux, de l’humain et de ce qui l’anime : les petits bricolages qu’il peut faire de ses mains et qui lui permettent parfois d’atteindre l’immensité, l’universel.

Ian Kiaer est né à Londres en 1971. Son travail a fait l’objet d’expositions personnelles au CIAP Vassivière, à l’Aspen Art Museum, à la Fondation Querini Stampalia, au Kunstverein Munich et à la Galleria d’Arte Moderna de Turin. On a également pu voir ses œuvres dans les institutions suivantes : MUDAM, Luxembourg (L’Image papillon, cur. Christophe Gallois, 2013), Biennale de Rennes (cur. Anne Bonnin, 2012), Tate Britain (accrochage des collections contemporaines, 2012), British Art Show (cur. Lisa Le Feuvre, 2011), Hammer Museum (2011). Il prépare une exposition au Henry Moore Institute pour le printemps 2014.

1 Francis Ponge, Le parti-pris des choses, NRF-Gallimard, 1942.

2 Francis Ponge, Tentative orale, 1947

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