Inscape — Gilles Desrozier

Exposition

Photographie

Inscape
Gilles Desrozier

Passé : 27 janvier → 1 mars 2012

« Je confronte le mythe à la réalité, l’architecture banale aux chefs-d’œuvre du patrimoine, la nature à l’urbain… De ces différences naissent ma vérité, ma conscience. »

Gilles Desrozier

Au printemps 1855, on aurait croisé dans Paris, et plus spécifiquement dans les allées de l’Exposition Universelle qui s’étalait à l’emplacement actuel du Grand Palais, la silhouette ombrageuse du poète Charles Baudelaire. Il examinait, comme bien d’autres curieux, les milliers d’inventions techniques présentées à l’occasion de cet immense événement international qui regroupait des industriels et des artisans du monde entier. La photographie n’avait alors, officiellement, que seize ans et Baudelaire s’en méfiait beaucoup, craignant qu’elle n’amenuise les facultés de pensée, de création, d’idéalisation de l’être humain, tant était magnétisante (et avilissante à ses yeux) sa manière d’enregistrer la réalité, de la documenter passivement. Mais sans doute Baudelaire n’aurait-il pas rechigné de la sorte s’il avait pu anticiper l’extravagant destin de ce medium et ce qu’il est devenu au XXIe siècle, grâce à l’apport des technologies numériques, dont Gilles Desrozier est un insigne représentant, aujourd’hui reconnu et légitimement consacré.

L’imagination au pouvoir

Voilà en effet, grâce à la série Inscape, la preuve faite, et définitivement faite, que la photographie jouit d’un admirable pouvoir évocateur qu’on ne pouvait pas encore soupçonner, ou alors de façon très ténue, au mitan du XIXe siècle. L’imagination est « la reine des facultés » affirmait Baudelaire. Et c’est d’abord un tribut à celle-ci que rend Gilles Desrozier, faisant preuve, sans céder à la débauche d’effets spectaculaires, d’un sens extraordinaire de la combinaison, de l’association et, pour employer le mot classique par excellence, de la composition. Ce qu’il promeut, ce sont des hallucinations conscientes et nettes. Exactement comme les génies de la fantasmagorie au XVIe siècle — Bosch, Bruegel, Arcimboldo…. — ou de la figuration surréaliste — Chirico, Dali, Magritte… —  travaillèrent leur vision avec une acuité virtuose pour rendre plausible l’improbable. C’est dans cette prestigieuse lignée que s’inscrit l’œuvre numérique de Gilles Desrozier.

L’enchantement poétique

Ce faisant, Gilles Desrozier s’affirme comme un véritable poète de la période contemporaine. Non par ses thèmes, quoiqu’ils répondent pour certains à ce qu’on entend communément par poésie, mais par sa façon de casser les définitions, c’est-à-dire la raison. Là où le rationnel achoppe parce que l’espace se métamorphose jusqu’au paradoxe visuel, surgit le poétique, tout à la fois insaisissable, saisissant, incongru, ironique et drôle aussi. Gilles Desrozier ne se contente évidemment pas de dérouter la perception — exercice somme toute assez simple et convenu —, il s’attèle également à l’enchanter. Sa science du cadrage, son sens des accords chromatiques produisent une excitation oculaire galvanisante. Son œuvre, de fait, est un monde en soi, issu de la rencontre entre différentes réalités. Lui-même raconte comment la série Inscape procède d’une expérience personnelle, d’un fantasme d’enfance où une image de forêt l’absorbait, corps et pensée, dans la forêt même. A son tour, Desrozier nous aspire dans son univers intérieur.

L’intensité du mythe

Reste à décrire celui-ci. Il se fonde sur une concurrence, sourde mais tenace, entre architecture et nature. Rien de benoitement écologique ou environnemental là-dedans. Il s’agit plus sûrement de la mise en image d’une tension. Les œuvres de Desrozier ont une plastique soignée, d’une impeccable minutie, sans laquelle on ne croirait pas à ses visions, mais il laisse aussi affleurer le heurt et l’accident en confrontant des pôles antithétiques : le mur et la perspective, le dedans et le dehors, le dessus et le dessous, l’animé et l’inerte, la vie et la mort, l’idéal et le matériel. Ainsi naissent les mythes. D’une rencontre entre deux sphères — c’était jadis celles des hommes et des dieux — et d’un dialogue mystérieux, souvent initiatique, parfois douloureux entre elles. Il n’y a plus qu’à l’écouter, avec le regard.

  • Vernissage Jeudi 26 janvier 2012 à 19:00
Galerie Taïss Galerie
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14, rue Debelleyme

75003 Paris

T. 01 42 76 91 57 — F. 01 42 76 91 57

www.taissgalerie.com

Filles du Calvaire
Saint-Sébastien – Froissart

Horaires

Du mardi au samedi de 11h à 19h
Et sur rendez-vous

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L’artiste

  • Gilles Desrozier