Isabelle Giovacchini — Vanishing point

Exposition

Installations, photographie

Isabelle Giovacchini
Vanishing point

Passé : 12 mars → 23 avril 2011

Vanishing Points est le titre d’une série d’images manipulées par Isabelle Giovacchini. Ce sont des photographies d’avions prises au moment où ils franchissent le mur du son. Elles ont été coupées par l’artiste qui a repositionné chaque partie l’une sur l’autre pour que l’avion disparaisse, ne laissant visible que l’onde de choc provoquée par l’atteinte de la vitesse supersonique. En effet à l’instant où un avion passe le mur du son se produit un bruit violent qui, lorsque l’air est assez humide, est accompagné par une sorte de nuage en cône autour de l’avion. Ce nuage est en fait la matérialisation visible du fait que l’avion se déplace plus vite que le son qu’il produit. Nous pouvons donc observer ces nuages comme la matérialisation du son de l’avion. Mais en faisant disparaître ce dernier par découpage, Isabelle Giovacchini construit une image qui ne représente pas un véhicule en mouvement mais le son de celui-ci. Et puisque l’avion, la cause de ce phénomène, est absent des Vanishing Points, on peut considérer ces images comme la seule figuration d’un bruit.

C’est à des exercices de ce type que se livre régulièrement Isabelle Giovacchini dont le travail consiste à produire des représentations paradoxales. En effet, chez elle, l’image est rarement considérée comme la figuration d’un instant arrêté extrait d’une action ou d’une situation. Au contraire son utilisation permet à l’artiste de figurer des phénomènes pour lesquels la photographie n’est a priori pas compétente, des évènements temporels parfois même non visibles. En cela, l’image photographique est exploitée par Isabelle Giovacchini comme un outil de transcription ou de traduction, activité pour laquelle sont mobilisées les caractéristiques techniques qui fondent cette imagerie.

Ainsi dans Quid sit lumen les modalités par lesquelles l’image photographique se révèle sont exploitées pour transcrire l’utilisation particulière d’un instrument de musique. Les quatre tirages qui composent cette série sont des images presque intégralement blanches sur lesquelles apparaissent dans un gris évanescent une paire de mains. Ces photographies représentent un thereministe en action, musicien qui produit des sons en déplaçant ses mains autour des antennes de son instrument. Le son ici n’est pas issu d’une action directe par le toucher, mais par l’intervention physique dans un faisceau invisible. C’est le même type d’action qu’ont subit ces images. Lors de leur tirage sous l’agrandisseur, le flux de la lumière qui frappe le papier photographique a été interrompu par les mains de l’artiste. En ne laissant apparaître que celles du musicien est ainsi dévoilée une relation entre le processus musical représenté et les modalités de sa mise en image.

On retrouve cet intérêt pour la façon dont l’image photographique se forme et l’utilisation de ce processus pour la mise en représentation d’actions qui devraient logiquement échapper à cette technique de représentation dans Révérences. En 1700, Raoul Auger Feuillet utilise le terme de chorégraphie pour nommer ses transcriptions sur papier des gestes et déplacements dans certaines danses baroques. Elles sont placées par Isabelle Giovacchini devant des feuilles de papier photographique assez longtemps pour que la lumière du jour y imprime la trace des chorégraphies. Ici ce sont les notions de traces et de temps qui déplacent les enjeux des caractéristiques techniques de la représentation photographique.

En les confrontant à une notation qui écrit des déplacements physiques dans l’espace et le temps, Isabelle Giovacchini rend compte des limites de l’outil qu’elle utilise. Elle en rend compte et les dépasse puisqu’elle en fait un outillage qui, bien qu’écrivant la lumière, demande à son lecteur une prise en compte des manipulations qui lui ont été appliquées pour déchiffrer leurs représentations. Il doit également considérer les particularités de l’objet de la représentation lui-même qui s’oppose à toute prise de vue. On comprendra alors que Vanishing Point soit également le titre de cette exposition. En effet, ce terme qui se traduit par point de fuite, désigne un élément indispensable à la construction de représentations en perspective. Représentations qui donnent une sensation de profondeur rationalisée mais qui, de fait, produit une déformation des caractéristiques du visible. En effet subordonné au principe qui veut que ce qui est plus loin soit plus petit, deux distances identiques seront figurées de plus en plus courtes selon leur éloignement. C’est précisément dans ce paradoxe que se loge le travail d’Isabelle Giovacchini, à l’endroit où le réel se soumet à une règle qui le déforme pour en rendre compte.

François Aubart, 2011
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13, rue Chapon


75003 Paris

T. 01 48 04 04 80 — F. 01 48 04 04 80

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Rambuteau

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Du mardi au samedi de 11h à 19h
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L’artiste

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