Jean-François Fourtou — Tombée du ciel

Exposition

Photographie

Jean-François Fourtou
Tombée du ciel

Passé : 26 novembre 2010 → 8 janvier 2011

Cette deuxième exposition de Jean-François Fourtou à la JGM. Galerie est l’occasion de prendre connaissance des derniers travaux de l’artiste, en particulier de l’aménagement du domaine de Dar el Sadaka à Marrakech (Maroc) où celui-ci a son atelier et où il réside.

Né en 1964 à Paris, résidant un temps à Madrid puis à New York, Jean-François Fourtou se fait connaître dans les années 1990 par ses singulières sculptures d’animaux, brebis, girafes, escargots et autres orangs-outangs faisant de lui un héritier inspiré de François Pompon. À cette nuance près : Fourtou s’intéresse moins à l’animal d’un point de vue naturaliste qu’à toute fin de convoquer un univers mi-magique mi-mémoriel renvoyant à l’enfance, la sienne d’abord. L’animal, dans cette perspective, c’est l’autre de l’humain, une figure à la fois affective et décalée peuplant un monde dont tout le sens n’est pas livré, demeurant aussi mystérieux qu’il est physiquement et absurdement présent. Installés dans des endroits qu’ils semblent coloniser sans légitimité mais avec assurance, parfois photographiés dans des intérieurs où ils ne sont pas attendus — un bureau directorial, un café… la présence insistante de ces témoins d’un univers, intériorisant le rapport à l’existence jusqu’à le rendre étrange, ouvre ici sur une porte inattendue, l’autoportrait. Celui-ci, au lieu d’en passer par l’autoreprésentation et la mise en valeur de la figure de soi, est restitué plus fortement par le thème symbolique de l’attachement : bêtes que l’on chérit, souvent plus adorables et complices que les humains.

L’autoportrait qu’élabore plastiquement Jean-François Fourtou trouve encore son expression dans un art stupéfiant de la reconstitution. Objets de toutes son attention : cabanes, maisons, intérieurs ou cachettes, des lieux spécifiques réels comme disparus qui sont comme autant de pôles vitaux, de repères existentiels. Réalisés à différentes échelles, tous en lien intime avec un aspect de sa vie personnelle, ces différents abris sont autant d’espaces vie : séjour de sa grand-mère, qu’on croirait celui d’une géante, où meubles et objets, balai ou pot de chambre, sont immenses, à la proportion qu’en percevait l’artiste enfant ; chambre de sa fille, une enfant encore, qu’on dirait réservée à des Lilliputiens, où un adulte doit se baisser s’il veut la traverser… Jouer avec l’échelle physique, c’est ici jouer avec le temps, lui donner une consistance matérielle. Se souvenir semble ne pas être assez, pour l’artiste. Il faut encore refaire, en repasser par la case « vécu », à contretemps mais avec le plus de vérité possible mise dans l’action, l’expérience de moments disparus. Recolonisation d’instants passés par la restitution interposée d’un décor à l’apparence et à la volumétrie modulées. L’art, pour la circonstance, fait patiner, hoqueter l’espace-temps.

Reprogrammation habile, troublante et émouvante d’un même allant.

Le grand œuvre de Jean-François Fourtou, en chantier depuis maintenant une décennie, prend la forme insolite d’un chantier de construction dans les environs de Marrakech, sous la forme d’une synthèse — à l’instar du Chef d’œuvre d’Ingres, tableau dans lequel le maître de Montauban condense ses différentes préoccupations plastiques, et ses obsessions propres. Objectif : rassembler sur un seul site toutes ses créations, qui sont pareillement, comme pour Monsieur Ingres, ses obsessions. Façonné jour après jour dans cet esprit, le domaine de Dar el Sadaka accueille aujourd’hui sur dix hectares au pied de l’Atlas un ensemble unique en son genre : bestiaire incongru, avec chevaux, girafes ou encore oies sculptées ; intérieurs de maisons traditionnelles reconstitués pour grands et petits ; maison charentaise reproduite grandeur nature (enfant, l’artiste passait ses vacances à Fouras sur l’Atlantique), comme tombée du ciel, plantée sur son toit au milieu des oliviers, et qu’on visite en y entrant par une fenêtre… Comment qualifier cet ensemble à expérimenter, spectateur, sur fond d’absorption en soi, en laissant à notre tour mouliner notre cerveau trop lourd de son passé ? L’art des autodidactes, des fameux « inspirés » chers à André Breton — les Cheval, Picassiette, Vivien… — et photographiés naguère dans leurs demeures par Gilles Ehrman, n’est pas loin. Le Gesamtkunstwerk (chef-d’œuvre total), pareillement, tant l’univers esthétique de Jean-François Fourtou se confond avec sa propre vie. Une Recherche du Temps perdu qu’aurait désertée la nostalgie, remplacée par l’archéologie et la renaissance — comme une réincarnation à la nature et aux effets palpables.

Paul Ardenne
  • Vernissage Jeudi 25 novembre 2010 18:00 → 21:00
Galerie Mitterrand Galerie
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79, rue du Temple


75003 Paris

T. 01 43 26 12 05 — F. 01 46 33 44 83

www.galeriemitterrand.com

Rambuteau

Horaires

Du lundi au vendredi de 10h à 19h
Les samedis de 11h à 19h

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L’artiste

  • Jean-François Fourtou