Katrien de Blauwer — Single Cuts

Exposition

Collage, photographie

Katrien de Blauwer
Single Cuts

Passé : 11 mai → 18 juin 2016

La galerie Les filles du calvaire présente pour la première fois en France l’univers de l’artiste flamande Katrien de Blauwer.

Katrien de Blauwer est passée maître dans l’art du « Cut ». Cette terminologie est effectivement plus appropriée que le terme « collage » pour définir sa pratique, tant celui-ci semble en décalage en regard de la maitrise des compositions et la puissance formelle de ses créations. De facto, ses œuvres ne sont pas des collages comme on peut l’entendre habituellement. Il ne s’agit pas ici de l’association de motifs afin de recréer une imagerie comme celle, par exemple, des recherches surréalistes. Son geste artistique est lié, certes, à une perception intuitive et à un cheminement poétique, mais son approche est conceptuelle, radicale. Cette artiste est une observatrice, une analyste attentive des éléments qui fondent une photographie tant dans son sujet, la captation que celle-ci opère d’un morceau de réel par le cadrage, que dans l’espace même de l’image et des différents plans et chromatiques qui la composent. Pourtant Katrien de Blauwer n’est pas directement photographe. Elle préfère se servir, extraire des éléments du langage photographique pour réactiver sa valeur formelle.

Single cuts 27 medium
Katrien De Blauwer, Single cuts 27, 2013 18 × 13 cm Galerie Les filles du calvaire

Si l’on usait du français, cela reviendrait à parler de « coupe » ou plutôt de « découpe » mais nous lui préférons définitivement le sens du « cutting ». Katrien de Blauwer ne découpe pas puisqu’elle elle ne suit pas la forme des corps ou des visages, elle préempte des bandes visuelles pour former une composition, dont l’ordonnance relève des principes de l’abstraction. Il n’y a pas surenchère mais retrait. Son œil singularise quelques éléments visuels et les valorise formellement par adjonction de plages chromatiques silencieuses qui suggèrent un hors champ et délivrent une nouvelle trame visuelle. La plupart des parties qui composent les nouvelles images et notamment les parties figuratives sont issues de magazines en noir et blanc des années 1920 à 1960. Les assemblages sont réalisés avec l’apport de pans monochromes qu’elle puise dans des vieux livres dont l’ancienneté du papier favorise un effacement de la couleur, proche de celui qui opère dans les parties noir et blanc des coupures de presse. Ces harmonies font ainsi dialoguer de niveaux de gris avec des tons pantones délavés qui viennent renforcer la puissance graphique de l’ensemble.

Les Cuts radicaux de Katrien de Blauwer relèvent d’une culture de l’art minimal. Si son univers diffère, sa méthode n’est pas sans rappeler les procédés de certains conceptuels des années 60/70 tels les approches documentaires de Dan Graham dans lesquelles il agence différents types de documents photographiques et les présente sous la forme de notices rassemblées dans des catalogues, créant ainsi des typologies urbaines fictives. Il est possible également d’évoquer la pratique urbaine de Gordon Matta Clark et ses découpes architecturales et que l’on retrouve dans ses projets sur papier et ses rendus photographiques de ses actions monumentales fonctionnant à leur tour comme des propositions « abstraites ». L’influence de la mode contemporaine est également présente dans le travail de Katrien Blauwer qui l’a un temps étudiée.

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Katrien De Blauwer, Scenes 75, 2015 10 × 13 cm Galerie Les filles du calvaire

Parallèlement, le terme Cut souligne l’intérêt de Katrien de Blauwer pour le cinéma. Citons ici, le livre publié en collaboration avec Giulana Prucca , qui nous a permis de découvrir ce travail inédit. L’ensemble de ce remarquable ouvrage, tient plus du livre d’artiste que d’un catalogue, a été réalisé autour d’Antonioni ; l’univers du Maestro du noir et blanc dialoguant à merveille avec celui de Katrien de Blauwer. On pourrait aussi évoquer L’année dernière à Marienbad de Resnais pour certaines compositions, tandis que d’autres, plus inquiétantes, peuvent renvoyer aux films d’Hitchcock.

Dans ses différents corpus que l’artiste nomme : Darks scenes, Scenes, Single Cuts, Rendez-vous, etc., cette filiation est fondatrice. Ces titres rendent même implicitement hommage aux principes révolutionnaires de montage mis en place par Jean-Luc Godard, et notamment aux « jump cuts » tel que celui-ci les a définis. Dans certains Cuts de Katrien de Blauwer, comme les Singles formés seulement de deux morceaux de papier, affleure, au-delà de la notion de « coupe », celle de la séquence et de l’image-mouvement. La sérialité filmique est traduite par un mouvement dans certains sujets et est accentuée par le montage que l’artiste conçoit dans une forme de répétitivité décalée comme si elle extrayait une ou deux images-secondes de la pellicule. La proposition plastique s’offre tel le fragment d’un film dont la narration s’est échappée définitivement au profit d’un instant immémoriel.

On ne peut pas écrire sur l’œuvre de Katrien de Blauwer sans en souligner la sensualité. Son œuvre se décline au féminin et les éléments corporels semblent provenir des héroïnes des films noirs, du Néoréalisme italien et de la Nouvelle Vague des années cinquante et soixante. Les graphismes des coupes de cheveux longs ou courts sont autant de souvenirs de la magnificence de Jeanne Moreau ou de Françoise Dorléac. Les arcades sourcilières qui se haussent au-dessus des bandes noires rappellent Anna Karina ou Silvana Mangano. Ailleurs, on croit percevoir la bouche voluptueuse de Monica Vitti ou la fragilité crânienne de Jane Seberg, tandis que les jambes qui défilent posent l’éternel féminin dans toute sa fugacité. Certaines héroïnes sont, pour nous français, éminemment durasiennes, elles sont sans doute hollywoodiennes pour d’autres, elles restent mystérieusement uniques pour Katrien de Blauwer.

En effet, cette artiste singulière offre au regard des fragments intimes de sa perception du Féminin comme autant de perles visuelles qu’elle égrène depuis des années à travers un corpus déjà immense. Elle en livre parfois des fragments magnifiques à celui qui saura les voir. Au regardeur de trouver la ligne poétique qui le conduira au cœur de telle ou telle image et le laissera captif et médusé face à une œuvre pourtant de si petites dimensions, au matériau volontairement modeste, mais dont la puissance formelle accapare la vision.

Christine Ollier
  • Vernissage Mardi 10 mai 18:00 → 21:00
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17, rue des Filles-du-calvaire


75003 Paris

T. 01 42 74 47 05 — F. 01 42 74 47 06

www.fillesducalvaire.com

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Horaires

Du mardi au samedi de 11h à 18h30

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