Koenraad Dedobbeleer — Workmanship of Certainty

Exposition

Sculpture

Koenraad Dedobbeleer
Workmanship of Certainty

Passé : 18 janvier → 31 mars 2013

Sculptures dysfonctionnelles

Les sculptures de Koenraad Dedobbeleer fonctionnent comme des simulacres d’objets fonctionnels et courants, qui, déplacés dans un contexte d’exposition et ainsi libérés de leur fonction d’usage, s’offrent comme des supports ambigus et disponibles à l’interprétation. Chaque œuvre se présente tout à la fois comme un objet quotidien, issu de la sphère domestique — pièce de mobilier, ustensile, outil — et un objet esthétique, répondant aux critères du design et de la sculpture : tables, cloisons ou colonnes sont démesurément agrandis ou encore démantelés pour être reconstruits différemment.

Il en est ainsi de l’œuvre The Subject of Matter (For Ws) entre colonne et fontaine, à la fois massive et portative, doublement paradoxale ; ou de Tradition is Never Given, Always Constructed reproduction monumentale de pieds de tabouret tubulaires d’une grande banalité, peints dans des tons délicats de rose et blanc cassé, autant de déplacements ironiques qui les font osciller entre le statut de mobilier d’agrément et celui d’œuvres d’art. La chaleur du poêle, la flamme du réchaud (Political Economy of the Commodified Sign, 2012), l’eau de la fontaine, le buis taillé en topiaire relèvent d’une appropriation de la nature par l’agrément, tandis que des objets manufacturés se disloquent pour se convertir à l’état sauvage. Avec beaucoup d’ironie, ses objets sont indécis, et provoquent de multiples associations d’idées ; Dedobbeleer crée des « sculptures dysfonctionnelles », des pièges de la perception qui nous invitent à réévaluer nos propres critères de compréhension des formes et de leurs origines culturelles.

L’exposition Workmanship of Certainty est le second volet de la trilogie commencée à Saint-Gall et qui se concluera à Middelburg. Si le choix des œuvres et leur agencement est spécifique à chaque lieu, il s’agit d’un projet global, dont le point d’origine commun est le livre d’artiste Œuvre sculpté, travaux pour amateurs (Roma Publications, 2012). Sorte de marabout visuel non-chronologique, cette édition rassemble des images d’œuvres d’art, de pièces de mobilier ou d’éléments architecturaux formant une sorte de répertoire de références historiques, un manuel des pratiques et usages des objets du quotidien, qui sont autant de clés de lecture de ces trois expositions.

Travaux pour amateurs

Toujours chez Dedobbeleer, les titres des œuvres ou des expositions n’ont pas de rapport direct avec l’objet qu’ils recouvrent. Sous forme d’aphorismes absurdes, ou de considérations théoriques sur l’art ou la culture, exagérément pompeux, ils n’éclairent pas la compréhension des œuvres. Bien au contraire, ajoutant une couche de commentaire, il joue avec humour de notre réflexe de vouloir expliquer l’objet par le texte. Pourtant le titre de l’exposition au Crédac nous renseigne sur les préoccupations de l’artiste : la formule Workmanship of Certainty — à la fois intraduisible et polysémique — semble établir un lien d’analogie entre le savoir-faire manuel, nécessaire à l’accomplissement de la forme, et la connaissance. L’artiste le précisait lui-même en exergue d’un précédent ouvrage :

La réflexion est un travail manuel et une tâche concrète.

Autrement dit, le processus de fabrication est un mécanisme de culture.

Les œuvres pour Koenraad Dedobbeleer sont toujours inextricablement liées au lieu et à la façon dont elles sont exposées. Pensées comme des « outils pour lire l’espace », leur conception, leur choix et leur agencement sont fortement influencés par le poids historique et architectural du lieu d’exposition. Tantôt connectant deux espaces, soulignant un volume, structurant des zones de circulation — tel le paravent Too Quick to Dismiss Aesthetic Autonomy as Retrograde, 2012 — ou ménageant des zones de repos et de sociabilité — les nombreux sièges, bancs et tabourets — ses œuvres désacralisent la fonction attendue d’un espace d’exposition. En lui attribuant des usages potentiels — de l’ordre domestique ou du loisir — elles mettent en doute le projet moderniste de l’institution comme espace neutre, hors du monde.

Tout en revisitant sur un mode tragicomique les grands enjeux du modernisme — allier fonctionnalité et esthétique — les œuvres de Koenraad Dedobbeleer témoignent aussi d’une relecture matérialiste, antihéroïque, de la sculpture minimale et conceptuelle. Réfutant toute interprétation univoque, son langage, avant tout formel, examine les relations entre un objet, son aspect et son usage, et par-là même entre espaces publics, privés et lieux d’exposition.

Koenraad Dedobbeleer est né à Halle en Belgique en 1975. L’artiste vit et travaille à Bruxelles, produit des sculptures, des installations, des photographies et des éditions régulièrement présentées à l’international depuis la fin des années 1990. Lauréat du Prix Mies van der Rohe en 2009, il est également commissaire d’expositions et co-éditeur du fanzine UP. Parmi ses nombreuses expositions personnelles en centres d’art : Fundação Caixa Geral de Depósitos, Lisbonne (2010), Museum Haus Esters, Krefeld (2009), Frac Bourgogne à Dijon et Kunsthalle de Berne (avec Rita Mc Bride, 2008) et Museum Abteiberg, Mönchengladbach (2007). Koenraad Dedobbeleer est représenté par les galeries Micheline Szwajcer (Anvers), ProjecteSD (Barcelone), Reception (Berlin), Mai 36 Galerie (Zürich) et Georg Kargl Fine Arts (Vienne).

  • Rencontre : Koenraad Dedobbeleer / François Piron — Gare aux gaffes des gars gonflés Conférence Samedi 16 février 2013 17:30 → 16:00

    Koenraad Dedobbeleer dialoguera avec François Piron, critique d’art, commissaire d’expositions et co-fondateur de l’espace d’art contemporain multidisciplinaire Castillo/Corrales à Paris.