Loris Gréaud — [I]

Exposition

Sculpture

Loris Gréaud
[I]

Passé : 19 juin 2013 → 20 janvier 2014

Voilée-dévoilée, enchaînée-déchaînée, la sculpture monumentale que propose Loris Gréaud, pour la pyramide de Pei a toutes les caractéristiques du fantôme ou du revenant. Son œuvre est en effet depuis les origines hantée par l’effet spectral, tant des silhouettes, des sons, des lumières, que celui d’autres œuvres et d’autres dispositifs qu’il réactive à sa manière. Rien d’étonnant donc à ce qu’il cherche à cacher ce qui se montre : un chef d’œuvre de la sculpture Renaissance ; à voiler ce qui doit être dévoilé : un monument.

Difficile de ne pas faire référence à certaines œuvres historiques : la sculpture empaquetée de Man Ray, les monuments emballés de Christo, ou encore la Femme voilée d’Antonio Corradini. Mais son geste de recouvrement, induit par la situation particulière de l’œuvre sur le belvédère d’entrée de la pyramide, fait aussi allusion à la tradition de la sculpture publique monumentale dissimulée par un drap, ceint par des cordons avant l’inauguration officielle. Deux modèles donc : l’un artistique qui remonte au voile d’Isis à Memphis, au phallus voilé de la Villa des mystères à Pompéi, ou aux jeux de drapés de la statuaire classique ; l’autre cérémoniel, qui consiste à garder le mystère le plus longtemps possible avant de dévoiler une œuvre. Enfin on pourrait y ajouter une dimension sexuelle, puisqu’il s’agit d’une forme phallique dressée.

Mais ici, dans [I], on retrouve une caractéristique essentielle de l’œuvre de Loris Gréaud, car tant le socle que le drap et les cordes sont entièrement noirs. Noire est sa couleur depuis les arbres calcinés, jusqu’aux toutes récentes météorites. Noir du deuil, de la mélancolie, de la combustion, de l’univers. Apparition fantomatique qui se dresse majestueuse au cœur de la pyramide de cristal. Qui est ainsi caché derrière ce long voile ? Les visiteurs reconnaîtront-ils L’Esclave rebelle de Michel-Ange, captif doublement châtié, puisque non seulement entravé par les cordes auxquelles il tente de s’échapper grâce à la force de sa torsion, mais empaqueté comme un trésor désormais invisible, ou un objet stocké, immobilisé. Selon la tradition du culte de la déesse Isis, nul ne peut avoir accès à la révélation des mystères de la Nature. Seuls l’artiste et le poète…

Sculpture monumentale, enfin, puisque largement agrandie par rapport à l’originale, afin d’occuper l’espace immense de la pyramide de verre et de métal. Après le cœur de bois rouge de Tony Cragg (2010), la flèche gothique twistée de Wim Delvoye (2012), Loris Gréaud propose un esclave caché, un corps invisible, autant de symboles et de réflexions mélancoliques sur l’apparition et la disparition, le visible et l’invisible, qui nous incitent à une nouvelle vision du musée et de ses collections.

Ce projet est le fruit d’une double exposition réalisée en partenariat avec le Centre Pompidou, car à la même époque, les corps vêtus de noir de danseurs sautent dans le vide du haut de la Drop Tower, installée dans le forum, dans un mouvement incessant de chute et d’ascension, mettant ainsi en abyme le geste inaugural d’Yves Klein, ou les sculptures qui tombent de Richard Serra, tout en inventant une machinerie organique inquiétante et spectaculaire.

Marie-Laure Bernadac, conservateur général, chargée de mission pour l’art contemporain au Louvre, commissaire.
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Palais royal, musée du Louvre


75001 Paris

www.louvre.fr

Palais Royal – Musée du Louvre

Horaires

Tous les jours sauf le mardi de 9h à 18h
Nocturne les mercredis, les vendredis jusqu’à 21h30
Lundi, jeudi, samedi, dimanche : fermeture des salles à partir de 17h30

Tarifs

Plein tarif 15 €

D’octobre à mars : le premier dimanche de chaque mois, l’accès aux collections permanentes est gratuit pour tous.

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L’artiste

  • Loris Gréaud