Martine Aballéa — Le bois de Luminaville

Exposition

Installations, nouveaux médias, techniques mixtes

Martine Aballéa
Le bois de Luminaville

Passé : 14 avril → 11 juin 2016

“::::light:::: And the magical bower turns into …neon dust… pointillist particles for sure now. Golden particles, brilliant forest green particles, each one picking up the light, and all shimmering and flowing like an electronic mosaic.”

Tom Wolfe — The Electric Kool-Aid Acid Test

Martine Aballéa occupe une place atypique sur la scène artistique contemporaine. Bien qu’issue de l’art conceptuel, son œuvre est à la croisée de la littérature, la photographie et la botanique. Elle constitue un mélange complexe d’images, de textes et d’ambiances où l’expérience du spectateur est primordiale. Quelque soit le medium utilisé, le paysage est chez elle un leitmotiv. Plus qu’une simple représentation de la nature, il est une construction mentale, un paysage métaphysique qui nous invite à nous projeter dans notre intériorité.

Mélancolie d’un monde perdu ou vision d’un avenir lointain ? À une époque où l’on s’interroge sur les conséquences de la surpopulation mondiale sur notre environnement naturel, Martine Aballéa imagine des mondes dénués de présence humaine. Son regard, teinté de romantisme et d’absurde, évoque des temps immémoriaux où le végétal semble prendre l’ascendant sur toute autre forme de vie, invente de nouveaux écosystèmes au sein desquels les plantes auraient un rôle pleinement actif. Du « Jardin Inconnu », installation où poussent des roses vertes à feuilles rouges, aux « Intrigues végétales», une série photographique prenant la forme narrative d’un soap opera peuplé d’arbres colorés, elle a réalisé de nombreuses pièces préfigurant « Le bois de Luminaville », ici présenté dans la Galerie Édouard-Manet.

Luminaville est un projet initié au début des années 2000, emblématique de ces espaces « entre » que crée Martine Aballéa. C’est une cité uniquement composée de lumière dans un lieu où il ne fait ni jour ni nuit. « Le bois de Luminaville » en est son jardin où l’on ne distingue plus le vrai du faux, le naturel de l’artificiel, l’intérieur de l’extérieur. Bien que plongé dans le noir, ce bois est d’une étonnante clarté, illuminé par la pseudo-bioluminescence végétale et par différents éléments de mobilier. La lumière semble se dégager des objets et des plantes habitant l’espace. Nous sommes ici comme dans une photographie en négatif. Nos codes optiques s’inversent, notre rétine se dilate, notre perception spatiale bascule. Nos sens se réveillent un à un, prêts à explorer cette nouvelle matérialité qui nous entoure.

On est accueilli dans « Le bois de Luminaville » par une buvette où l’on sert l’eau de la source locale, la Luminette. Doit-on boire cette eau ? Quels seront les effets de ce liquide ? Est-ce une invitation à quelque rituel chamanique afin de communiquer avec les esprits du lieu ? Ou alors sommes-nous les malheureux cobayes d’un test scientifique ? Face à cette introduction énigmatique, on ne sait trop si l’on doit s’émerveiller ou s’inquiéter. Poison ou rafraichissement, piège ou objet de plaisir, Martine Aballéa joue avec la crédulité du visiteur dès le début de son parcours. Confronté à lui-même, il tente d’interpréter son environnement, interagit avec ce qu’il voit, entend ou touche, réalisant une série de choix qui auront une incidence dans le scénario qu’il commence à construire.

La balade continue. Dans un agencement minutieux, des indices sont disséminés afin que nous puissions recréer des espaces familiers : le bois, la fontaine, le salon. Les éléments présents sont contradictoires. Ils nous ramènent à la fois à la sphère domestique et à un environnement naturel. Des fenêtres, des portes apparaissent entre les arbres. Elles sont tantôt des points de passage, tantôt des simulacres sans issue. Ces signes juxtaposés sont des repères rassurants autant que des éléments brouillant les pistes de notre compréhension. Ce savant mélange, enveloppé de chants mélodieux, nous plonge dans une atmosphère insaisissable, dans un entre-deux où le réel et le fictif participent ensemble à la création d’un cadre dont les limites se dissolvent au fur et à mesure de notre avancement. Cette architecture immatérielle et mouvante, qui rappelle les scénographies de David Lynch, constitue ainsi un décor propice à une expédition dans notre propre espace mental.

Martine Aballéa lance au visiteur une invitation au voyage à travers un autre réel, dans lequel il doit redéfinir sa perception de l’espace et du temps. Tel un explorateur dans un parcours illusoire, il essaie de rapprocher ce qu’il voit avec ses connaissances, ses souvenirs, ses angoisses et ses désirs. À partir de ces quelques stimuli sensoriels, le visiteur se perd sans trouver la finalité de son cheminement. Il se trouve dans un rêve éveillé, dans un état hallucinatoire où il peut contempler paisiblement ces particules de lumière qui l’entourent, tout en se demandant, peut-être avec une certaine appréhension, s’il trouvera la sortie.

Gauthier Melin
  • Vernissage Mercredi 13 avril 18:00 → 21:00
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3, place Jean Grandel


92230 Gennevilliers

T. 01 40 85 67 40 — F. 01 47 99 33 30

Site officiel

Asnières – Gennevilliers – Les Courtilles

Horaires

Tous les jours sauf le dimanche de 14h à 18h30
Et sur rendez-vous

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L’artiste

  • Martine Aballéa