Matthew Darbyshire, Florence Doléac, Martin Le Chevallier, Julien Prévieux

Exposition

Architecture, installations, peinture, photographie...

Matthew Darbyshire, Florence Doléac, Martin Le Chevallier, Julien Prévieux

Passé : 12 janvier → 23 février 2013

En se référant aux objets du quotidien qui nous entourent comme à des « indices », son examen médico-légal de ce qui ne semblent qu’être les produits d’un mode de vie design révèlent une triste réalité imprégnée de préjugés culturels, d’ambitions insatiables, d’idéologies dévoyées, de sectarismes désuets et de croyances « à la carte ». En n’ajoutant rien au monde si ce n’est un appel à l’observation, les œuvres de Matthew Darbyshire transforment les réconforts domestiques achetés en magasin en germes fertiles du doute et de l’insatisfaction, suggérant ainsi que le registre de la dissension est potentiellement plus productif que celui du consensus.

Lunatique est une table-bureau de Florence Doléac, en hommage à Mathieu Matégot. Matégot est un designer très présent dans l’esprit de la galerie Jousse. Ce pape du métal perforé et du trou, a excellé dans l’habitat, la table basse, table de salon, dans les années 50. Je me suis mise dans sa peau. Tout d’abord, j’ai constaté un déplacement de centre d’intérêt, vers l’univers du travail qui est celui qui occupe le plus à présent. La fantaisie tournant autour du trou s’est alors façonnée autour d’une quête spirituelle, d’un besoin d’inspiration de l’être concentré qui le contemple.

Cette collection de tableaux «  abstraits  » de Julien Prévieux se présente comme une déclinaison de formes géométriques associées à différents énoncés. Les combinaisons sont empruntées aux couvertures d’ouvrages de sciences humaines des années 1970 mais le rapport texte-image est ici inversé : ce n’est plus l’image qui illustre le titre, c’est le texte qui vient légender l’image. La réappropriation de graphismes euxmêmes inspirés d’une certaine avant-garde artistique renvoie dos à dos formulation, formalisation et formalisme. Cette mise en relation de vocables avec un système de formes relève-t-il de l’accumulation de connaissances ou de la surinterprétation ? Dans quelle mesure le motif abstrait a-t-il la capacité de modéliser des questions telles que l’éducation, la déviation sexuelle, la psychiatrie moderne, l’économie et l’intérêt public ?

Au sol, Julien Prévieux, présente un jeux, en forme de damier géant composé d’assiettes blanches disposées sur un carrelage noir. Il s’agit d’une réplique du Game of Life du mathématicien John Conway que ce dernier a testé pour la première fois en 1970 en disposant des assiettes sur le sol de sa cuisine. Le jeu de la vie, automate cellulaire célèbre, fait émerger des motifs incroyablement complexes et imprévisibles à partir de règles très simples. Le modèle a enthousiasmé le grand public et les programmeurs qui en proposent, encore aujourd’hui, des versions toujours plus élaborées. Il y a dans le dispositif présenté un contraste saisissant entre la simplicité des éléments convoqués et le savoir très élaboré mis en jeu, entre les règles appliqués et les étonnants motifs fabriqués. La science comme l’art peuvent prendre forme sur un banal sol de cuisine.

Si la cohabitation de plusieurs architectures engendre ce qu’il convient de dénommer l’aménagement du territoire, la dimension des «  cabanes  » de Julien Prévieux entretient une ambiguïté entre mobilier et immobilier, entre sphère privée et façade publique, entre l’intériorité du retrait et l’extériorité de l’extrait. Il ne s’agit pas tant d’architectures remarquables, d’habitations principales mais plutôt de lieux annexes, là où habiter n’est pas la préoccupation, là où il est possible d’échapper à la cohabitation. Le Lotissement propose une modélisation de ces espaces en creux que furent laboratoire, bureau, atelier de personages aussi illustres que David Thoreau, Martin Heidegger, Steve Jobs etc. Ce sont les lieux du retrait où la pensée se met en acte, desquels est livrée l’enveloppe, l’image d’une pensée mise en musique, en texte ou en objet. Le Lotissement serait l’interface entre le retrait et l’extrait. Rassembler ces architectures serait penser un aménagement du territoire de la pensée, autrement dit penser une politique publique de l’engagement personnel.

Do you feel normal? Processus statistique.

À l’occasion de l’exposition Niet Normaal présentée pour la première fois à Amsterdam en 2009, Martin Le Chevallier a conçu un projet de sondage. Celui-ci consiste à interroger un échantillon le plus large possible de personnes sur leur normalité ressentie. C’est à dire à leur demander : « Do you feel normal? ». Pour cela, un formulaire leur est soumis. Il reprend les catégories statistiques des enquêtes de ce type (sexe, âge, etc.) et demande que soit précisé le degré de normalité : « absolument normal », « plutôt normal », « plutôt anormal » et « absolument anormal » (une non réponse est également acceptée). Aucune définition de la normalité n’est délivrée, ce qui rend le processus résolument absurde. En posant une question que ne poserait jamais un véritable sondage, ce projet renvoie ainsi les enquêtes d’opinion et leur entreprise de catégorisation de la population, à leur redoutable vocation normative. Dans l’exposition, une photographie figurant une scène de sondage résume le processus. Elle est accompagnée du formulaire employé lors de sa réalisation à Berlin. À chaque présentation de cette pièce, un sondage a en effet été réalisé : 2178 personnes ont été interrogées à Amsterdam en 2009, 1132 à Berlin en 2011 et 887 à Liverpool, 2012. Afin de nous prémunir de toute conclusion sociologique, les formulaires contenant les réponses ont été soigneusement détruits.

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