Meiro Koizumi — Theory on the Desk

Exposition

Installations, sculpture, vidéo

Meiro Koizumi
Theory on the Desk

Passé : 22 octobre 2014 → 11 janvier 2015

Kadist Art Foundation est heureuse d’annoncer Theory on the Desk, première exposition personnelle en France de l’artiste japonais Meiro Koizumi, en résidence à la fondation d’août à octobre 2014.

Extraits d’une lettre adressée à un légionnaire

Paris, le 6 août 2014

Cher Monsieur,

(…) Dans le cadre d’une résidence à la Fondation Kadist à Paris, je me suis intéressé aux parcours de Japonais engagés dans la Légion Etrangère.

Comme vous le savez peut-être, il y a eu récemment au Japon un grand débat politique sur la question du droit à l’autodéfense collective, si nous devons ou non nous donner un tel droit. La guerre froide est terminée depuis vingt-cinq ans et le Japon se doit enfin d’affronter la nouvelle réalité de la politique internationale post-guerre froide. Cette question a toujours été sous-jacente dans notre quotidien de manière inconsciente. Mais jusqu’à présent, les Japonais n’avaient pas ressenti l’urgence d’utiliser leur imagination pour confronter le Japon à la violence et à la pauvreté du monde. Le temps est venu pour nous de payer le prix de notre ignorance de ces vingt-cinq dernières années. C’est ainsi que j’interprète cette situation.

Contrairement à la plupart des Japonais ordinaires, vous vous êtes porté volontaire pour affronter la violence et la pauvreté du monde. Je suis très curieux de savoir ce qui vous a poussé à faire ce saut. Ces dernières années, je me suis beaucoup intéressé aux attaques menées par des kamikazes, dont j’ai interviewé quelques survivants. J’ai écouté pourquoi ils s’étaient portés volontaires il y a 70 ans. Leurs raisons sont si pures, et donc si tragiques. Je me demande souvent ce que j’aurais fait si j’avais eu 20 ans il y a 70 ans. Je n’ai pas encore de réponse claire.

Il peut paraître un peu simpliste de comparer un kamikaze à un soldat de la Légion Étrangère, mais j’imagine qu’il existe une ressemblance dans le courage et la force d’esprit qui poussent le corps vers le danger. J’aimerais beaucoup vous rencontrer et discuter des raisons qui vous ont poussées à rejoindre la Légion, quelle est votre vie de tous les jours, et quel est votre point de vue sur le Japon. Il s’agit d’une demande un peu informelle, mais accepteriez-vous de passer un peu de temps avec moi ? (…)

Sincèrement,

Meiro Koizumi

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Traitant avec une égale importance l’histoire collective et son impact à l’échelle de la famille, du couple ou de l’individu, les œuvres de Meiro Koizumi reviennent sur des moments clés de l’histoire du Japon moderne afin d’en révéler la violence sourde et ses répercussions sur la société actuelle.

Rendre visible ce qui n’est pas montré, ce qui n’est pas dit, prendre à revers la tradition, questionner l’humiliation et la culpabilité résultant de la défaite du Japon lors du dernier conflit mondial, explorer la résurgence récente des mythes nationalistes, sont autant de tâches auxquelles s’attèle Meiro Koizumi à travers ses vidéos, mais aussi ses performances, dessins et collages. Dans une atmosphère volontairement mélodramatique, ses vidéos, par le biais d’un travail spécifique sur le texte, le jeu des acteurs mais aussi sur le montage, tentent de redonner voix à un passé irrésolu, entre mythologies personnelles et récit historique. Cet imaginaire s’inscrit également profondément dans le corps de ses personnages, que l’artiste a d’abord interprété seul puis qu’il a progressivement fait jouer par d’autres. Au montage, l’artiste n’hésite pas à couper, mixer, remonter les séquences afin d’offrir différents points de vue sur un même récit et d’incarner les multiples contradictions qui innervent l’histoire et l’«identité» japonaises, entre devoir de mémoire et droit à l’oubli.

L’exposition Theory on the Desk poursuit ces réflexions à travers un ensemble d’œuvres nouvelles, produites au cours de la résidence de l’artiste à la fondation. Travaillant sur l’expérience de la guerre, de la survie et de leurs représentations, l’artiste réalise actuellement une vidéo enregistrant le témoignage d’un rescapé de la seconde guerre mondiale, Monsieur Harada, ayant survécu à l’âge de huit ans au bombardement de la ville de Maebashi par l’armée américaine. Ce film, tourné aujourd’hui dans cette même ville, questionne comment raconter une telle expérience, entre trauma personnel, vacillement de la mémoire et nécessité de témoigner. Toujours en relation à la guerre, mais du côté cette fois de l’engagement individuel, la lettre qui ouvre ce communiqué renvoie à une autre recherche en cours pour laquelle l’artiste tente de rencontrer un Japonais engagé dans la Légion Etrangère afin de l’interroger sur les raisons de son choix et son quotidien.

En écho à ces deux projets, Meiro Koizumi a également réalisé dans le temps de sa résidence une pièce composée de fragments sculptés d’un corps d’enfant disposés sur une table comme des restes archéologiques, évoquant d’une autre manière ce rapport à la « mise en danger », à la perte et à la ruine.

Déformation de l’expression anglaise « armchair theory », le titre de l’exposition Theory on the Desk est une traduction littérale du japonais de cette même formule. Ou comment élaborer des théories confortablement assis à son bureau.

Œuvre réalisée en collaboration avec Arts Maebashi.

  • Vernissage Mardi 21 octobre 2014 18:00 → 21:00
18 Montmartre Zoom in 18 Montmartre Zoom out

19 bis, 21, rue des trois frères


75018 Paris

T. 01 42 51 83 49

www.kadist.org

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Horaires

Du jeudi au dimanche de 14h à 19h
Et sur rendez-vous

Tarifs

Accès libre

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L’artiste