Mel Bochner — Singer Notes

Exposition

Edition

Mel Bochner
Singer Notes

Encore environ 2 mois : 8 septembre → 10 novembre 2017

Les Singer Notes est une œuvre déterminante et pourtant étrangement inconnue de l’artiste américain Mel Bochner. Bien qu’elle contienne les premières expressions d’idées qui se révélèrent fondamentales pour le travail extrêmement influent que Bochner a produit depuis la fin des années 1960, les Singer Notes sont restées largement ignorées.

Début 1968, Bochner a répondu à un appel à candidature organisé par le programme "Experiments in Art and Technology”, qui bénéficiait déjà d’une large notoriété. Robert Rauschenberg et Billy Klüver ont initié E.A.T. en 1966 à un moment culminant de l’optimisme scientifique partagé au sein de la culture américaine. Bochner a été choisi pour une résidence d’artiste dans les laboratoires Singer situés dans le New Jersey. Il s’y rendait trois fois par semaine entre septembre et décembre 1968. Les Singer Notes comprennent un ensemble de notes et de dessins résultant des conversations avec des scientifiques et des ingénieurs. Alors que sa lettre de candidature exprimait son intérêt pour procéder à une «traduction numérique de la photographie» par ordinateur, la résidence consistait principalement en conversations et spéculations dialogiques. Quoiqu’il trouvât cela stimulant et instructif, il demeurait sceptique à l’égard des prédicats positivistes des scientifiques. Les Singer Notes, qui sont principalement la résultante de ces conversations, abordent plusieurs thèmes: comment les scientifiques traduisent leurs recherches en applications concrètes; de quelle manière ils conçoivent des expériences; la nature de la couleur comme forme d’énergie; les différences fondamentales entre l’analogique et le numérique; comment les scientifiques (et par extension, toute personne) savent ce qu’ils savent. Ce contexte est le lieu où Bochner a prolongé l’esprit d’enquête intellectuelle qu’il avait amorcé à New York dès 1964, alors qu’il étudiait la philosophie à l’Université Northwestern où il fut exposé aux théories de Wittgenstein, Sartre et Heidegger. Sans programme pré-conçu, mais à partir d’une position critique à l’égard du positivisme, la résidence chez Singer Labs a finalement conduit Bochner à formuler des idées pour de nouveaux travaux, ainsi que pour des projets qui demeureraient purement conceptuels. Par exemple, des textes écrits dans la neige à l’aide d’une encre thermosensible qui n’apparaissent qu’à une température spécifique puis disparaissent; ou des images composées uniquement de formules algorithmiques sans dessin initial. Les Singer Notes se terminent par la première apparition des spéculations qui deviendront plus tard l’une de ses œuvres les plus décisives, les Measurement Series.

Bien que de nombreux travaux de Mel Bochner soient devenus iconiques dans le récit de l’art américain de l’après-guerre, les Singer Notes sont restées dans ses archives depuis près de 50 ans. Elles n’ont jamais été exposées ni publiées jusqu’à présent.

Lors d’une conversation en 2013, Mel Bochner évoque ce travail avec Sébastien Pluot. Ils conçoivent alors le projet d’enregistrer leur conversation portant sur chacune des pages des notes. Cette conversation est consignée dans la seconde partie de la publication des Singer Notes, 1968. La première partie de la publication concerne la retranscription fidèle des notes et des dessins des Singer Notes.

En 2015, Michèle Didier propose de publier l’intégralité des pages des Singer Notes conjointement à la conversation entre Bochner et Pluot. Elle propose également de faire une exposition, basée sur l’un des derniers dessins des Singer Notes. Cette exposition inédite sera visible pour la première fois à Paris dans sa galerie.

Dans la première salle de la galerie, un fac-similé du classeur original des Singer Notes est déposé ouvert sur un socle, évoquant ainsi le dispositif de l’œuvre historique de 1966 de Mel Bochner, Working Drawings And Other Visible Things on Paper Not Necessarily Meant To Be Viewed as Art. Ce fac-similé, édité à trois exemplaires, est produit par mfc-michèle didier à l’occasion de cette exposition.

Dans la seconde salle de la galerie, l’artiste installe son œuvre majeure Measurement Perimeter, aboutissement de ses expériences et recherches chez Singer Labs.