Michaële-Andréa Schatt — Masques et mascarades

Exposition

Céramique, installations, peinture

Michaële-Andréa Schatt
Masques et mascarades

Encore 20 jours : 20 mai → 17 juin 2017

L ’origine en partage1

La galerie Isabelle Gounod présente la dernière installation de Michaële-Andréa Schatt, constituée d’un ensemble de céramiques noires et blanches et dont les cimiers, coiffes, oiseaux et fragments de corps qui la composent investissent tout l’espace de la galerie. La présence des oiseaux évoque à la fois l’envol métaphysique cher aux chamanes de toutes cultures et les oiseaux-souvenirs présents dans la volière de la mémoire dont nous parle Platon dans le Théétète. Le masque quant à lui demeure ici ambivalent : image de fête ou de pénitence, il se substitue au visage et autorise son porteur à un nouveau jeu de rôle. Il protège et révèle. Il rend lisible et il cache.

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« Depuis le romantisme, le bouffon, le saltimbanque et le clown ont été les images hyperboliques et volontairement déformantes que les artistes se sont plu à donner d’eux même et de la condition même de l’art. »

Jean Starobinski2

Michaële-Andréa Schatt suggère également par le choix de ce matériau fragile la précarité humaine face à une situation de crise, de déplacement, d’exil. Le masque identifie, précise une identité ethnologique et culturelle. Le noir et blanc de l’émail s’impose en renforçant le contraste entre ordre et désordre mais aussi en hybridant les différentes sources d’inspiration. Il recouvre et masque. Il souligne le trouble qu’induit tout mouvement carnavalesque et nous ramène à l’origine des premiers déguisements qui consistaient à se noircir le visage et le corps. «Couvrir de noir et masquer de blanc.»3

A l’instar des Caprices de Goya, qui mettent en scène la société espagnole de l’époque par le déploiement de visions fantastiques et grotesques, les oiseaux et la figure du pénitent et de son capirote blanc4 sont ici omniprésentes, nous rappelant qu’à l’époque des «fake news», du mensonge, des parodies de justice et des procès de bouffonnerie, les chimères et le réel s’interpénètrent sans heurt dans une mascarade burlesque et silencieuse.

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1 Entre deux, l’origine en partage, Daniel Sibony, éditions Seuil, 1991.

2 Portrait de l’artiste en saltimbanque, Jean Starobinski, éditions Gallimard, 2004.

3 Françoise Viatte, in catalogue de l’exposition “Masques, mascarades, mascarons”, Musée du Louvre, 2014.

4 Un capirote est un chapeau pointu en forme de cône utilisé en Espagne par les pénitents, notamment durant les processions de la Semaine Sainte.