Mircea Cantor — More Cheeks Than Slaps

Exposition

Film, installations, photographie, vidéo

Mircea Cantor
More Cheeks Than Slaps

Passé : 16 septembre → 18 décembre 2011

1857 20 grid Entretien — Mircea Cantor Du 16 septembre au 18 décembre, le Crédac invite Mircea Cantor, lauréat du prix Marcel Duchamp 2011. Rencontre avec cet artiste qui joue subtilement des leurres de notre temps et de toutes les formes de mensonges qui rôdent autour de nous. 02 grid Trois Comme une ritournelle que l’on rêve chaque année de voir enfin se libérer et accomplir pour de bon toutes ses promesses, octobre est revenu et, avec lui, sa cohorte de foires et d’événements « exceptionnels » maquillant la capitale en un gigantesque champ dévoué à l’art moderne et contemporain.

La fin de la transparence en art joue à plein dans l’œuvre de Mircea Cantor. Œuvre mystérieuse, aux multiples ramifications, elle plaide comme le dit son auteur pour « la nécessité d’incertitude ». Une œuvre qui va à contre-courant du besoin impératif actuel de tout connaître et de tout prédire.

Sensible au contexte général dans lequel nous évoluons et dans lequel s’inscrit son travail, Cantor produit des œuvres qui semblent construites sur trois piliers : éthique, esthétisme et mysticisme. Il s’attache à découvrir le sens des choses, leur origine, voire leur tradition. Non par nostalgie ou par goût du folklore, mais pour tester comment différents champs du savoir et de la connaissance peuvent faire sens dans le monde contemporain.

Lorsqu’il découvre en 2007, le motif pré-chrétien de l’arbre de vie sculpté sur les portails en bois de la région du nord de la Roumanie, il connecte immédiatement ce symbole vernaculaire au motif de la double hélice de la molécule d’ADN. Pour l’artiste, le motif de l’ADN évoque le désir de certitude, symbole de l’aspiration, une étape vers un nouveau monde qu’il met en relation avec le solaire et les représentations célestes. Lorsqu’il décrit un de ses premiers dessins stylisant une séquence d’ADN en baisers de rouge à lèvres, DNA Kiss (2008), il dit que « le baiser d’ADN est relié à l’idée de la vibration ».

Le sept, chiffre sacré (comme les sept jours de la création du monde, les sept notes de musique, les sept arts…) est omniprésent dans le travail de Mircea Cantor. Seven Future Gifts (2008) était ainsi composée de sept éléments en béton de différentes tailles représentant des paquets cadeaux vides.

Ce chiffre est présent dans l’œuvre Rainbow (2011). Il s’agit d’une sculpture fixée au sol, constituée de panneaux de verre (500 × 250 cm) sur lesquels Mircea Cantor dessine un arc-en-ciel aux sept couleurs fondamentales. Ce motif, réalisé avec ses propres empreintes digitales, en trempant son index dans sept encres différentes, dessine le motif du fil de fer barbelé. A travers cette sculpture transparente, à la fois fragile et solide, il est à nouveau question d’identité et de singularité. Mircea Cantor associe ici deux motifs opposés l’un à l’autre. L’arc-en-ciel, figure de paix et d’alliance entre terre et ciel ; et le dessin d’une clôture, symbole de territoire interdit. L’arc-en-ciel, phénomène optique et météorologique qui rend visible le spectre continu de la lumière du ciel quand le soleil brille pendant la pluie, est une figuration du visible et de l’invisible, deux sujets au centre du travail de Cantor.

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Mircea Cantor, Rainbow, 2010 Installation, 
empreintes 
digitales
 de 
l’artiste, 
encre — 350
 x
 700
 cm — édition 
de 
3 Courtesy Mircea
 Cantor,
 Yvon
 Lambert,
 Paris 
& Dvir 
Gallery,
 Tel
 Aviv
 


La manufacture des oeillets est un écrin idéal pour cette œuvre qui, placée en diagonale dans une de ses salles baignée de lumière, entame un dialogue avec ce lieu de la transparence. Le regard et le corps du spectateur, qui peut déambuler autour d’elle, peut à la fois se focaliser sur le détail de l’empreinte, ou bien encore le motif de l’arc-en-ciel, ou encore traverser l’œuvre pour poursuivre sa trajectoire au loin dans le paysage.

More Cheeks Than Slaps (“Plus de joues, moins de mains”) titre choisi par Mircea Cantor pour son exposition, évoque directement la sentence de l’Evangile « tu ne rendras pas le mal par le mal… mais tu tendras la joue gauche », est aussi celui d’une des œuvres de l’exposition. Ces mots sont écrits à l’envers par l’artiste, traduits formellement en néon et lisibles grâce à leurs reflets dans un miroir. Les éléments qui constituent cette installation forment un passage et relient la salle où est installée Rainbow et celle où se poursuit l’exposition, par la projection de Tracking Happiness (que l’on peut traduire par « Traquer le bonheur »), vidéo de 2009 accompagnée d’une musique de Adrian Gagiu. Ce film met en scène de manière quasi mystique un groupe de sept femmes. Telles des anges vêtues de blanc, elles se promènent en file indienne puis forment un cercle, pieds nus sur du sable fin, un balai à la main. Chacune des traces qu’elles laissent est balayée par la personne qui suit. Véritable image de paix, la scène se répète, à l’infini, comme un mantra.

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Mircea Cantor, Rainbow, 2010 (Détail) Installation, 
empreintes 
digitales
 de 
l’artiste, 
encre — 350
 x
 700
 cm — édition 
de 
3 Courtesy Mircea
 Cantor,
 Yvon
 Lambert,
 Paris 
& Dvir 
Gallery,
 Tel
 Aviv
 


Dans l’autre salle, Mircea Cantor exprime une toute autre position à travers Fishing Fly (2011), une sculpture de 400 × 350 × 146 cm reproduisant une sorte d’avion fabriqué à partir de barils de pétrole récupérés. Equipé d’un hameçon doré accroché sous la carlingue, il rappelle l’esthétique des jouets fabriqués en Asie et en Afrique à partir de cannettes. Cet objet évoque à la fois un avion de chasse et un leurre de pêche. Symbole de vitesse, de puissance et de conflit, le véhicule est ici échoué, en déséquilibre sur une roue.

Fishing Fly porte les couleurs de la modernité, rappelant au passage la ruine des utopies envisagées par le mouvement moderne, de l’harmonie universelle et de l’intégration complète de tous les arts. Accrochée au mur de la même salle, Mircea Cantor a réuni et encadré sa collection de 72 petites vignettes illustrées.

De son enfance, l’artiste a conservé la collection quasi complète des images offertes avec les chewing-gums. Ce sont toutes des images d’avions… de guerre. Sur chacune d’entre elles, l’artiste a dessiné un hameçon à la feuille d’or, comme un enlumineur.

Depuis les origines de son travail, Mircea Cantor tente de se faire comprendre dans un langage qui peut toucher le plus largement possible :

« aujourd’hui, l’essentiel n’est pas de parler global, en jouant la carte des Multinationales, mais de parler universel, ce qui est le contraire du global. C’est ce que la globalisation anéantit »

Parfaitement ancrée dans son époque, l’œuvre de Mircea Cantor contient un mélange subtil de quête du bonheur, de désir utopique d’une nouvelle époque et de réalisme parfois découragé. C’est le cas de I Decided not to Save the World (2011), une vidéo d’à peine une minute où un petit garçon dit de manière angélique, franche et rieuse qu’il a décidé de ne pas sauver le monde. Comme chacun sait, les enfants disent la vérité. Ce qui est une belle manière de ne pas faire des promesses qui ressemblent à des mensonges !

Claire Le Restif, commissaire de l’exposition
  • Vernissage Jeudi 15 septembre 2011 17:00 → 21:00