Pierre Paulin — Détails d’un futur souvenir

Exposition

Film, installations, techniques mixtes

Pierre Paulin
Détails d’un futur souvenir

Passé : 10 octobre → 10 décembre 2011

Des baisers de cinéma s’enchaînent sur le bureau d’un ordinateur. À chaque fenêtre qui s’ouvre, une de ces séquences archétypales de la passion amoureuse hollywoodienne commence. Le travelling qui accompagne l’enlacement des corps se prolonge d’un extrait à l’autre. Ces scènes (toutes trouvées sur les sites Youtube ou Dailymotion) ont été de nouveau filmées par Pierre Paulin directement sur l’écran d’ordinateur, et le film a ensuite été gonflé en 16mm.

À côté de cette projection, sur un autre mur, des images imprimées en blanc sur blanc se révèlent au fil de l’exposition grâce au jaunissement du papier. Au sol gît L’industrie refoulée : quelques mots et textes gravés sur des cylindres de rotogravure. Contrairement à ce que les descriptions succinctes de ses œuvres induisent, l’artiste affirme qu’il ne cherche nullement à exprimer un sentiment de nostalgie face à des technologies désuètes ou en passe de le devenir. Il est de fait bien trop jeune pour avoir par exemple connu le développement du cinéma amateur 16mm. Bien qu’il ne soit contemporain que de son obsolescence, Paulin ne se prive pas d’utiliser cette technique. Il en est de même lorsqu’il évoque la rotogravure via ses cylindres, encombrants et fragiles, dont le stockage est l’un des problèmes majeurs qui menace sa rentabilité et donc sa pérennité. Replacée dans le champ de l’art contemporain, la désuétude de certaines techniques devient rapidement caduque. Force est de constater que les technologies n’appartenant plus à notre quotidien persistent dans les pratiques artistiques contemporaines et qu’en contrepoint, l’image numérique, à peine créée ou mise en ligne, s’épuise et disparaît comme si les flots de nouvelles images se substituaient sans cesse aux précédents.

Vertigo, ce found footage de baisers de cinéma précédemment décrit, évoque cet effet de vertige lié à l’accumulation des images, mais aussi le film éponyme d’Alfred Hitchcock. Paulin contextualise ainsi ses œuvres et les place à la jonction précise (bien que fictive et virtuelle) où se rejoindraient deux ères techniques et culturelles, mais aussi deux façons de consommer le cinéma et la fiction. L’artiste rejoue cet espace-temps — incompressible ou trop étendu à l’échelle d’une vie humaine — où survient un changement technologique. C’est aussi dans cet intervalle que se superposent, le temps d’une œuvre seulement, deux modes d’écriture de la mémoire culturelle collective et des projections personnelles, émotionnelles voire intimes qui l’accompagnent.

Paulin explore les usages analogues que nous faisons d’Internet et des techniques qui ont existé avant lui : le cinéma et d’autres moyens de reproduction mécanique (rotogravure, impression offset, etc.). Il s’amuse des habitudes pratiques ou des réflexes technologiques que nous développons et qui se sont transmis de façon parfois instinctive d’une génération et d’une technique à l’autre. À ce propos, il explique : « par exemple, entre l’interface interactive d’Internet et le cinéma, je considère la navigation sur le Web comme une forme de montage. » Il observe ainsi l’évolution de nos relations à l’image et au texte comme données reproductibles à l’infini et produites en masse, à tel point que leur contenu lui importe parfois peu.

Une telle démarche n’est peut-être pas dénuée d’un certain romantisme, Paulin y ajoutant également des éléments autobiographiques. Mais l’utilisation de formes et de supports techniques communs vient réfuter cette interprétation. Sa pratique intègre simplement le bureau, celui de l’ordinateur, comme un outil standard où le privé et le public s’entremêlent inévitablement. À ce sujet, il précise :

« si j’ai choisi de mélanger des images trouvées sur Internet avec celles de la personne avec qui je partage ma vie, c’est simplement qu’elles se sont retrouvées en même temps sur l’écran de mon ordinateur. La vie personnelle est constamment mélangée à de l’information publique. Ceci ne doit pas être considéré comme un geste, mais comme une condition de l’outil avec lequel je travaille. L’ordinateur ou Internet m’intéressent essentiellement en tant que format ou médium standard. »

Caroline Soyez-Petithomme
  • Vernissage Jeudi 13 octobre 2011 18:00 → 21:00
Galerie Emmanuel Hervé Galerie
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6, rue Jouye-Rouve


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