Rajak Ohanian — Métamorphoses II

Exposition

Photographie

Rajak Ohanian
Métamorphoses II

Passé : 13 février → 27 mars 2010

Mon intention est de parler de formes métamorphosées en corps nouveaux ; dieux, qui avez pris part à ces transformations, inspirez mon entreprise et accompagnez ce poème qui, des origines du monde jusqu’à nos jours, est éternel.
Ovide, Les Métamorphoses, Livre premier.

Le but de la poésie n’est pas chez Rajak Ohanian de plonger au fond de l’infini océanique des apparences « pour trouver du nouveau », selon le programme baudelairien, mais au fond du défini pour trouver de l’inépuisable (soutenu peut-être, vu la catastrophe écologique en cours, par une laïque vertu d’espérance…). C’est la poésie non pas de celui qui invente mais de celui qui met ensemble et qui, en rapprochant les choses, nous permet de les comprendre. S’il y a une poétique du défini sous-jacente à de tels rapprochements — de l’eau et du minéral dans les photographies de Métamorphoses I, de l’eau, du minéral et du végétal dans celles de Métamorphoses II —, ce serait celle de Dante le « noir poète », dans laquelle le jeu du proche et du lointain crée une étrange transparence qui semble suspendre les lois de la géométrie optique, créant des « paysages » et des figures oniriques ou fantastiques (on pense aussi à Lautréamont).

En ce sens dantesque, le défini dans ces photographies de Rajak Ohanian n’est pas la simple reproduction, fût-elle à haute définition, du réel, il est constitutif de l’aura de l’image telle que l’a comprise Walter Benjamin, à cette réserve près que l’aura n’est pas seulement l’« ici et maintenant » de l’œuvre d’art, comme le prétendait Benjamin, mais « tout ce qui va au-delà de son donné factuel, de son contenu » (Adorno) : c’est la tension entre le défini du donné et son au-delà, entre le fragment et la totalité qui le transcende, qui constitue l’unité structurelle de ces ensembles photographiques. Chacune des séries forme une totalité unifiée dont la pulsion interne vers l’intégration du matériau se transforme en la désintégration de ce dernier selon un processus objectif propre à l’art moderne depuis les avant-gardes et sans lequel l’image retombe nécessairement dans l’inertie de cette fausse unité qu’est la « valeur d’exposition » (Benjamin) — dans l’apparence d’immédiateté illusoire (idéologique) de l’œuvre marchandise.

Dans son travail de plus de cinquante ans, Rajak Ohanian s’est employé à déjouer les pièges mimétiques de la photographie sans renoncer néanmoins à sa dimension expressive en en thématisant de manière critique tous les éléments, dont le format, le cadre, l’organisation de la construction, la gradation des ombres et des lumières, la dilution ou la précision du détail, l’importance donnée au vide et à l’espace pur. On perçoit cependant dans ces photographies une ascèse de l’expression — un anti-expressionnisme en quelque sorte, comme si l’expression gagnait à être froide, ce qui en intensifie le pouvoir d’objectivation. Rajak Ohanian pourrait dire avec Picasso : « Je n’attache aucune importance au sujet mais je tiens à l’objet. Respectez l’objet. »

Richard Crevier
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