Robert Devriendt — A Voyeur’s Devotion

Exposition

Peinture

Robert Devriendt
A Voyeur’s Devotion

Passé : 7 décembre 2012 → 26 janvier 2013

Une histoire incomplète

Une Porsche Panamera s’extrait des entrelacs de l’autoroute, passe sous le viaduc et s’engage dans le paysage embrumé. Plusieurs stations de radio défilent jusqu’à ce que retentissent les pulsations d’une musique arabe.

Le bétail d’agrément est très décoratif derrière les clôtures. Des daims figés, comme empaillés, tournent la tête vers le bruit de moteur qui approche. Quelques chevaux, à la robe couleur de goudron se mettent au galop au moment même où une buse rase le toit de la voiture. Sous leurs hangars, des machines monstrueuses attendent le printemps pour arroser une nouvelle fois les champs de poison. Dehors, il n’y a que le bourdonnement sonore du moteur et le vent qui s’accroche au rétroviseur.

La Panamera noir mat se glisse dans un tunnel d’arbres mutilés et de hautes broussailles et aussitôt la lumière diffuse recouvre tout d’une cellophane verte. L’intérieur sombre de la voiture contraste avec le cou pâle d’une jeune femme aux cheveux blonds, dont l’implantation évoque la touche précise d’un primitif flamand. L’encolure arrondie de son veston gris anthracite souligne encore la grâce de son cou. Les cheveux sont rassemblés en une natte nonchalante qui descend sur le décolleté discret, tel un colifichet tyrolien. Suspendue à une mince chaînette, une petite croix en or, froide et minimale, se colle sur sa peau. Ses mains reposent sur le volant, les doigts allongés, pourvus de faux ongles manucurés. Comme il se doit.

Le costume sombre, l’intérieur noir… tout paraît être l’œuvre du même designer ou du moins de gens fréquentant de manière obsessionnelle les mêmes villes, les mêmes bars. Tous les codes du design ont été respectés, encore plus rigoureusement que dans les arrogantes années soixante-dix avec leurs pelouses impeccables et leurs hommes en complet noir aux jambes blanches comme du papier.

Lorsque des scies mécaniques se mettent en marche à plusieurs endroits de la forêt, la vitre de la voiture vient se fermer en silence et avec précision. Les ombres portées à l’intérieur tachent sa robe. Le paysage est comme un écran vidéo incrusté dans le pare-brise. Un portable sonne.

Le portail en fer forgé est surmonté d’une élégante inscription en arc de cercle : Domaine d’illusion. La porte s’ouvre dans un glissement léger de métal sur métal. C’est comme un rideau de théâtre qui dévoile progressivement le décor. Apparaît alors une allée sans fin, bordée de hêtres, de chênes et d’une riche frondaison. Partout on voit voleter des oiseaux. Deux rouges-gorges s’engagent dans un combat mortel quand une femelle survient, portée par le vent. Mais la Panamera s’engage dans l’allée avec une lenteur altière, sans égards pour tout cela. Perpendiculairement à l’allée, un petit avion aérodynamique entaille profondément le bleu du ciel. C’est le genre de bleu qui va bien avec les roses qui fleurissent sur les cartes postales anciennes.

C’est ici. Le moteur se tait. Les rhododendrons hauts de plusieurs mètres sont en fleurs. Leur pigmentation violette dessine un saignement continu d’une plante à l’autre et colore jusqu’aux ombres les plus profondes. Vu d’en haut, le véhicule sombre apparaît à la fois menaçant et fragile au milieu de la clairière. Derrière la voiture, formes et couleurs se confondent dans la chaleur du pot d’échappement. Une main saisit un petit sac argenté, elle serre une paire de Louboutin sous son bras. Du sac dépasse le manche d’un couteau.

Le personnage entre dans la forêt. Les jambes en nylon et les talons brillants contrastent fortement avec les feuilles en décomposition. Ses mouvements relèguent immédiatement tout ce qui l’entoure à l’arrière-plan. Seul un expert chevronné en criminalistique saurait déduire des quelques tiges cassées et des petits trous laissés par les talons aiguilles, qu’ici, quelqu’un a pénétré dans la forêt.

Il n’y a plus maintenant que le bruit qui s’éloigne, celui de pas qui semblent habilement éviter la végétation et les endroits humides de la forêt.

Robert Devriendt. Traduction : Kim Andringa
  • Vernissage Jeudi 6 décembre 2012 à 18:00
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6, rue Jacques Callot


75006 Paris

T. 01 53 10 85 68 — F. 01 53 10 89 72

www.loevenbruck.com

Mabillon
Saint-Germain-des-Prés

Horaires

Du mardi au samedi de 11h à 19h
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