Scroll infini

Exposition

Collage, dessin, film, installations...

Scroll infini

Passé : 23 janvier → 28 mars 2015

Neil beloufa vengeance grid Scroll infini — La Galerie, Noisy-le-Sec Avec Scroll infini, la Galerie de Noisy-Le-Sec se propose d’offrir une variation autour de ce mouvement très contemporain qu’est le... 2 - Bien Critique

Un scroll infini est une forme de navigation internet où les images se chargent au fur et à mesure, donnant l’illusion d’une page qui n’en finit pas, générant un sentiment mêlé d’abondance et de frustration. Si la prolifération des données est la première caractéristique du web, c’est qu’il change constamment : des ressources ne cessent d’être créées, modifiées et supprimées ; les images numériques, part massive de celles-ci, sont techniquement reproductibles à l’infini et donc, facilement dissociables de leurs sources. Les pratiques actuelles de production, de diffusion et de consultation des images déterminent leur mode d’apparition rapide sur les écrans et leur durée de vie éphémère, faisant de leur visionnage comme de leur archivage une action sans fin. C’est cet excès que le scroll infini rend manifeste, si grossièrement qu’il donne la sensation presque physique d’être au cœur d’un univers nuageux en expansion.

Plus lentement, à une autre échelle, cette exposition tente quelques arrêts sur images et s’inscrit dans une saison qui engage une réflexion sur la présence des images aujourd’hui et sur leurs modes de persistance. L’exposition inaugurale de John Smith rappelait la qualité construite, historique et codifiée des procédés de l’image en mouvement, permettant au spectateur de comprendre à la fois la construction de l’illusion et d’y consentir, avec un certain plaisir.

La galerie centre art contemporain scroll infini vue exposition medium
Vue de l’exposition « Scroll infini »

Dans la filiation d’un John Smith, de sa grande lucidité mêlée à une certaine prédilection pour les trucs de l’illusion, les cinq artistes de cette exposition ont abandonné un grand nombre d’anciens réflexes quant aux statuts de l’image, à commencer par la distinction entre l’original et la copie. Ils refusent aussi tout ordre de succession entre l’image et sa documentation ─ leur travail produisant sa propre documentation, gardant des signes tangibles de sa production, de son exposition ou de sa diffusion ─, et réfutent toute hiérarchie entre les médiums (photographie, photosphop, photocopie, scan, dessin, sculpture, installation…) comme entre « anciens » et « nouveaux » médias (édition papier, support numérique, exposition, TV, cinéma, internet…). Au-delà de ces pratiques de décloisonnement, ils construisent un travail transmédia, empilant les supports, privilégiant la fragmentation, la concomitante, le lien et le processus sur l’image finie, unique et autonome, tout en étant conscients de leur histoire et de leur spécificité.

Les images traversent leur travail de part en part, et leurs répliques, traces ou bribes peuvent coexister à plusieurs endroits à la fois. Ces traversées sont des formes de remédiation1, un terme employé ici par Jérôme Dupeyrat à propos de documentation céline duval, au sens où les images sont « perçues par le biais d’un média qui n’était pas le leur initialement », où elles ont été redirigées, et ont pris ainsi d’autres formes que celles d’origine. Au cours de ces déplacements, les images gardent des traces de leurs différents passages d’un support à un autre, elles sont marquées par la qualité matérielle de tel ou tel média. Elles subissent ainsi une transformation, même légère, leur manipulation entraînant une marge d’erreur, une zone floue, une perte de définition, un recadrage, un coin corné, une autre surface, un volume nouveau, une erreur d’attribution, une modification du nom… Ces images usées ou brouillées portent en elles des signes de l’outil informatique, des marques de leurs reproductions, ce qui est une manière pour les artistes de documenter leurs processus de fabrication. Dans ces va-et-vient, si des éléments semblent perdus, d’autres sont gagnés, les images se régénérant en même temps qu’elles s’altèrent.

Déplacer, c’est aussi déformer comme l’écrit, Sándor Ferenczi dans une lettre à Freud en 1913, à propos de citations de textes et non d’images :

« On aimerait prêter au mot déformation le double sens qu’il peut revendiquer (…). Il ne devrait pas seulement signifier : changer l’aspect de quelque chose ; mais aussi : changer quelque chose de place, le déplacer ailleurs. (…) Dans bien des cas de déformation de texte, nous pouvons nous attendre à trouver, caché ici ou là, l’élément réprimé ou dénié, même s’il est modifié ou arraché à son contexte. »2

Ce sont ces processus de déformation des images dans leurs passages d’un support à un autre, d’un média à un autre, d’un contexte à un autre, que les artistes de Scroll infini rendent visible, faisant de cette reproductibilité, une façon les faire persister à travers l’histoire et l’espace. Ces déplacements sont des manières aussi de voir ce qui, au-delà du contenu d’information ou de représentation, résiste dans une image, ce qui perdure de la charge historique et affective dont elle est porteuse.

1 Ce concept est développé par Jay David Bolter et Richard Grusin dans Remediation : Understanding New Media, Cambridge, MIT Press, 1999.

2 Sándor Ferenczi, Correspondance Freud — Ferenczi, lettre du 23.06.1913, Paris, Calman-Lévy, 1992, p. 524.

Emilie Renard
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93130 Noisy-le-Sec

T. 01 49 42 67 17

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Du mardi au samedi de 14h à 18h
Les samedis de 14h à 19h

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