Space Nature — Group show Photographies & sculpture

Exposition

Photographie, sculpture

Space Nature
Group show Photographies & sculpture

Passé : 11 juin → 19 juillet 2014

Oui, la nature est bizarre. Inquiétante, étrange, merveilleuse… dangereuse parfois. Elle a des airs de jungle, épaisse, indocile. Elle est sauvage, exubérante, indémêlable. Elle a des bras de Shiva qui partent ici, là. Elle est monstre, dédaléenne. Il y a la mousse qui a tout pris, qui colle aux bois des arbres, aux rochers, à la terre. Elle s’accroche comme une tique sur le dos d’un chat. Elle a tout repeint en vert, c’est sa couleur, c’est son genre, jusqu’au plus petit espace blanc, vierge. Elle a formé des amas, des agrégats, des masses. Elle a recouvert, enveloppé, annexé. Et en dessous d’elle, on dirait que la forêt meurt. Pourtant, au milieu de ça, coule une rivière. L’eau est vive, elle est source, fille ou mère, elle lave, elle traverse le temps, l’air comme un esprit, un miracle. Elle paraît infinie, comme un long ruban qui descend, inexorable, ardent. Elle suit son cours, son destin.

Nicolas Dhervillers tranche un morceau de nature en quatre comme ces miroirs que l’on déplie pour mieux voir, les profils, les angles, les faces, tous les dessins, les chemins de la peau. Nicolas travaille ses photographies comme un peintre et un cinéaste, touche aux lumières, aux teintes, corrige le réel, le poétise, endort le jour et réveille le grand mystère de ses paysages.

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Nicolas Dhervillers, The river, 2014 Quadryptique — 4 × 110  × 150 cm © Nicolas Dhervillers — Courtesy School Gallery / Olivier Castaing

On la croirait de cire, cette femme qui semble presque sourire, flottant dans une eau verte et fangeuse, celle d’un marais, d’une grenouillère, peut être. On ne sait rien d’elle et de ses jambes nues et très blanches comme passées à la javel. La nuit est noire comme le corbeau et la fille est morte les yeux ouverts, avec sa chemise, seule sur le dos. Les algues de l’étang lui grimpent dessus, sur les genoux, le sexe, les bras. Plus loin, il y a des ronds dans l’eau, un remue-ménage, des remous. Aux pieds de la morte, les pieds du bourreau et un bâton de bois planté dans l’eau comme un pieux géant et fielleux. On ne verra pas le visage de l’assassin, comment ça s’est passé, pourquoi, combien de temps ça a duré. On imaginera. Les Bachelot et Caron mettent en scène des crimes. Des vrais crimes. Des crimes d’hommes qui violent et tuent et abandonnent un corps dans les herbes folles de la clairière d’une forêt, par exemple. D’après des faits réels, des faits divers, le couple de photographes invente une fable. Funèbre, la fable. Macabre, la danse. Populaire. La nature leur sert de décor pour chorégraphier leurs visions cruelles, démentes et pourtant si humaines. Et comme des réalisateurs, ils jouent avec les cadrages, les effets, les filtres, les couleurs, les accessoires, ils dirigent les acteurs, victimes ou meurtriers. Un homme seul, nu, debout, perdu dans la nuit et des buissons, des broussailles, est une apparition. Il est flou, sibyllin, fantomal. Il est dans une zone, une brèche, un de ces entre-deux. Il vient d’en haut, d’ailleurs ou de dessous la terre. Il erre, il passe, il traîne ses basques. Il est sous la lampe, une lumière puissante. Un genre de soleil froid. C’est un ver luisant, une luciole, quelque chose comme ça. Et les bosquets autour le ceinturent d’un vert brillant.

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Joakim Eneroth, Retitled#7, Short Stories of the Transparent Mind Photographie — 58,5 × 88,5 cm © Joakim Eneroth — Courtesy School Gallery / Olivier Castaing

Plus loin, dans un autre cliché de Joakim Eneroth, il y a le même éclair et un arbre isolé dans un tapis d’herbes hautes. On ne voit pas le tronc, pas les racines. Seules sont perchées dans ses branchages, des chemises opalines accrochées à des cintres, comme des âmes en attente, des énergies prêtes à un long voyage. Derrière les ombres blanches, le noir profond d’un autre monde, d’un nouvel horizon. La nature est ici un espace spirituel coincé entre la nuit et des halos extraordinaires, le lieu où tout commence lorsque tout est fini.

Il y a maintenant un paysage minéral. Des morceaux de roches, cassées, en miettes. Des centaines de cailloux gris-bleu, rosés par endroit, par moment, qui s’emboitent et dessinent une montagne précaire. Une femme épouse et se fond dans le décor de la carrière. Elle fait une vague avec son corps, un arc mou sur une petite colline de pierres. Il y a autre part une falaise avec des failles creusées dedans. Et à l’intérieur de l’une d’entre elles, se cache quelqu’un, en habit noir. C’est son secret, son trou, sa place.

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Susanna Hesselberg, Tuning in II, 2011 Photographie — 60 × 80 cm © Susanna Hesselberg — Courtesy School Gallery / Olivier Castaing

Susanna Hesselberg fait de la nature l’écrin de sa poésie. Elle utilise ses couleurs, ses reflets, ses accidents et elle y glisse sa douce folie, une fantaisie esthète. Et ses photographies sont des contes fabuleux.

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Émilie Benoist, Macro-monde, 2013 Technique mixte — 200 × 200 × 165 cm © Emilie Benoist — Courtesy School gallery / Olivier Castaing

C’est un abri, une petite baraque, encombrée de mousse, de matières qui semblent organiques. Ça prolifère sur le toit, les murs, partout où ça peut. Ça vient s’agglutiner, ça champignonne, ça crée un crépi de sédiments, un genre de croûte vivace. Mais à y regarder de plus près, ça ne respire pas, ça imite, calque ou clone le végétal. C’est une chair que fabrique Emilie Benoist. La carne, le muscle d’une nature pensée, une réplique fantasmée faite de polystyrène, de bouts de plastique, de colorants. C’est un artefact, un trop plein pour tromper l’œil. Pas de pourrissements ici, pas de moisissures, non. Un tissu artificiel qui se déploie, qui de loin séduit, qui devant tient à distance. La cabane d’Emilie est enfoncée à demi dans la terre. La porte d’entrée est étroite. Impossible de franchir le seuil. La cahute résiste. Une petite fenêtre laisse entrevoir des morceaux de choses qui pendent, comme un garde-manger, des réserves de pitance. A qui appartient cette maison ? Emilie crée un monde secret où le temps fait des bonds, bien en amont ou très en aval. Dans un passé lointain ou dans un futur anticipé. Elle imagine une architecture, un repaire, un paysage imaginaire.

Oui, la nature est bizarre, inquiétante, merveilleuse, allez dangereuse parfois quand les artistes s’attachent à elle.

Julie Estève, mai 2014
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322, rue Saint Martin


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T. 01 42 71 78 20

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Arts et Métiers
Strasbourg Saint-Denis

Horaires

Du mardi au samedi de 14h à 19h

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Les artistes

  • Nicolas Dhervillers
  • Émilie Benoist
  • Bachelot & Caron
  • Joakim Eneroth
  • Susanna Hesselberg