Supervoid

Exposition

Peinture, sculpture, techniques mixtes, vidéo

Supervoid

Passé : 10 octobre → 14 novembre 2015

Le vide est tout sauf du vide et la perception que nous avons des choses est obligatoirement erronée. Telles sont les leçons qu’il faut retenir des récentes découvertes de l’université d’Hawaï sur un super void caché au cœur de l’univers. Large de 1,8 million d’années lumière, ce « trou » qui aurait dû contenir plus de 10 000 galaxies est un objet trompeur puisqu’en son cœur se cacherait cette fameuse matière noire qui constituerait une bonne partie de la masse manquante de l’univers. En convoquant super void pour titre de son exposition, Nils Guadagnin a évidemment en tête cette aberration quantique. Il faut donc percevoir Supervoid comme une démonstration sur la perméabilité des matériaux, sur la capacité offerte par les éléments de se révéler autrement et sur le fait qu’immatériel et matériel sont désormais équivalents.

Certes, depuis la présentation par Yves Klein du vide comme attitude artistique en 1958 chez Iris Clert, les artistes contemporains ont souvent joué avec cette notion, ou plus exactement avec les propriétés d’un espace dépourvu du moindre attribut, de la moindre œuvre. Si certains percevaient dans le vide une qualité essentiellement métaphysique, d’autres l’ont utilisé comme interrogation radicale sur le statut de l’art et des œuvres. Rien de tel dans Supervoid. Pas de critique cynique du white cube, ni même d’interrogations d’ordre existentiel. Le propos se veut bien plus subtile, plus pop aussi, en d’autres termes, plus métaphorique.

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Nils Guadagnin, Sunset mirror, Taapuna, 2015 Titane poli anodisé Courtesy of the artist & Galerie Derouillon, Paris

Prenons Sunset Mirror, nouvel ensemble de peintures sur titane poli. Peut-on encore parler à leurs propos de peinture ? Au lieu de fixer un motif particulier, choisi, voulu tel ses Flat dimension réalisées dès 2013 à la feuille d’or et qu’on pouvait percevoir comme une réponse amusée — voire outrancièrement décorative — au formalisme des Black paintings (1959) de Franck Stella, l’artiste joue désormais des effets des bains électrolytiques. Le hasard des réactions chimiques génère sur le titane un all-over semi-mat. Sunset Mirror se transforme en objet incertain, en seuil de perception. Telles des miroirs, ces œuvres reflètent bien l’environnement de la galerie tout en maintenant une distance avec le réel. Elles configurent d’invisibles liens avec l’espace, concentrant en leur surface tous les vides qui composent l’exposition et deviennent ainsi des points de fixation du regard. Leurs surfaces à l’aspect irisé allant du blanc au bleu, du jaune au violet, devient image, image incertaine, comme en latence, en attente d’une incarnation. Il n’est d’ailleurs pas étonnant de constater combien elles évoquent aussi ces vues inédites des confins de l’univers livrées récemment par les nouveaux instruments d’Hubble où se mêlent visible et invisible, matière noire et explosions lumineuses. Quant à la logique qui préside à leur séquence de présentation, il convient de la lire comme une mise en crise des grands modèles de l’histoire de l’art récente telle la logique minimaliste et conceptuelle de la sérialité.

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Nils Guadagnin, Sunset Faaone, 2015 Titane poli anodisé — 80 × 60 cm Courtesy of the artist & Galerie Derouillon, Paris

Cette volonté de contrecarrer notre interprétation immédiate se poursuit d’œuvres en œuvres depuis son diplôme aux Beaux-Arts de Tours en 2008.

Filmée dans les grandes plaines américaines de la Tornado Alley, Dust Riot, vidéo de 8 min 25s réalisée en 2015, propose un gros plan de supercellules américaines, tempêtes vectrices de tornades. En refusant de donner à ce motif une échelle particulière et par un cadrage serré, Nils Guadagnin amplifie la tension entre la réalité physique d’un phénomène météorologique et la plasticité surprenante de l’entonnoir des vents tourbillonnants. Là encore la qualité sculpturale du motif devient symptomatique du processus même d’élaboration de ses œuvres. Contrairement à nombre d’artistes contemporains, le changement d’échelle chez cet artiste ne se réduit pas à une simple dramatisation de la forme ou même l’exacerbation d’un pittoresque kitsch. Les sculptures de Nils Guadagnin sont avant tout des vecteurs d’énergie comme l’avait démontré une de ses premières pièces : Levitation structure de 2009 où une structure carrée semblait flotter dans les airs. Leur nature repose sur un jeu subtil entre vide et plein, visible et invisible. Cyclone Fence (2015) bien qu’inspiré du voyage de l’artiste en 2014 aux USA n’est pas le simple constat d’une forme existante (les barrières cyclones des plaines du grand Ouest américain) ni même le déplacement d’un objet d’un contexte à un autre et ainsi une réponse un peu directe à Dust Riot. Au contraire, Cyclone Fence grâce à l’ajout d’une feuille d’aluminium plaquée sur une bâche devient un « événement » dont l’horizon nous dépasse. Non seulement la fonction de cette barrière est niée, mais elle condense des fictions, des récifs spéculatifs où s’échouent nos imaginaires : pourquoi cette barrière ici ? Comment lire cette bâche paraissant abandonnée par le vent ? De quelle manière sa « transparence » fonctionne dans l’espace d’exposition ? Pourtant, Nils Guadagnin ne cherche pas à convoquer d’histoire particulière, comme en latence et en devenir, ou renvoyant à quelques traits de l’actualité du monde. Elle est simplement là, en creux pour qui cherche à la retrouver.

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Nils Guadagnin, Heat wave 3, 2015 Courtesy of the artist & Galerie Derouillon, Paris

Si Supervoid s’inscrit dans une réflexion sur le vide, elle est tout autant une exposition sur la lumière. Ses Shell, faux sacs plastiques en tôle de cuivre, ne doivent leurs existences que dans la relation complexe qu’ils tissent avec les autres œuvres par l’entremise des reflets de lumières. La banalité de la forme est contredite par la préciosité du matériau. Là encore, l’œuvre n’est pas un simple déplacement (déplacement d’une forme en plastique dans une autre matière, déplacement d’un objet du quotidien vers un artéfact artistique). L’œuvre Shell s’affirme aussi comme un objet ambigu qui, dans le contexte de Supervoid, devient une métaphore du vide. Le sac ne contient rien, simple enveloppe qui se veut aussi sculpture, c’est-à-dire objet voué à la contemplation. Par ce détournement de la nature de notre regard, Nils Guadagnin amplifie la relation ambiguë que nous entretenons avec l’espace, avec le réel et donc avec l’interprétation que nous avons de notre monde.

Lors de l’annonce de la découverte de ce super void il y a quelques mois, l’un des scientifiques affirmait : « L’univers a donc plus de centres que de bordures. Il est transparent mais non vide. » Par le montage complexe des œuvres, Nils Guadagnin n’affirme pas autre chose et tente par ce biais de faire du vide un arc d’énergie circulant librement entre l’espace et les œuvres. La part insaisissable de nos perceptions est ici mise à mal et nous entraîne vers des promesses vertigineuses : d’autres plans de la réalité seraient sans doute à porté du regard.

Damien Sausset
  • Vernissage Samedi 10 octobre 2015 à 15:00
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38, rue Notre Dame de Nazareth


75003 Paris

www.galeriederouillon.com

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Du mardi au samedi de 14h à 19h
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