Tableaux vivants

Exposition

Film, vidéo

Tableaux vivants

Encore 22 jours : 27 mai → 19 juin 2017

L’exposition proposée par Anna Morettini — Association des amis de la Fondation Etrillard — en collaboration avec Philippe-Alain Michaud et Jonathan Pouthier — Musée national d’art moderne, Centre Pompidou —, explore le thème du tableau vivant à travers un ensemble de vidéos et de films d’artiste traversés par la question de la sculpture et de la peinture.

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Pause. Pose.

Les artistes se livrent à une réflexion sur la fixité temporelle et corporelle en utilisant pourtant le médium du mouvement par excellence. Alors que certains artistes comme Erwin Wurm abordent la sculpture d’un point de vue filmique, d’autres tel que le grand Pasolini, réinterprètent la peinture classique.

Pris dans une mise en abyme troublante, les protagonistes d’Insight de Sebastián Diaz Morales se retrouvent statufiés dans l’espace, le temps s’étire, tandis que le décalage entre son et image crée une dissonance à trois dimensions perceptives.

Basir Mahmood fige ses acteurs alors que le temps continue à s’écouler, l’insecte reprenant son rôle d’autrefois dans les natures mortes. Dans un décor voulu grandiose d’un palais vide de son sens et de sa vie, la caméra d’Ulla von Brandenburg se déplace entre des figures figées dans leur jeu ou leur narcissisme. Dans un décor vide et blanc, les vidéos de 1903 attribuées à Oskar Messter, destinées aux étudiants des Beaux-Arts, portent, elles, un regard fixe sur des nus en rotation qui prennent l’une après l’autre les poses devenues dérisoires de l’iconographie classique. L’harmonie de la composition, la symbolique du geste, et le détournement des codes classiques se trouvent au centre de la recherche cinématographique, comme dans The Fight de Mark Lewis, où les personnages se trouvent engagés dans une rixe violente et comique qui n’est pas sans rappeler le Serment de Jacques-Louis David.

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Erwin Wurm, 59 Stellungen (59 Positions), 1992 Vidéo, couleur, silencieux — 20' Courtesy Studio Erwin Wurm

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" À l’origine, le cinéma n’a pas cherché à reproduire l’apparence des choses, mais à produire des effets de présence : avant que la profondeur de champ et le montage ne lui imposent sa syntaxe, il ne visait pas à construire des mondes, mais à susciter des apparitions — des corps se détachant de leur cadre pour révéler, dans le déploiement de l’image, l’exercice d’une puissance magique capable de rompre l’immobilité du plan. Si le recours au tableau vivant traduisait une conception animiste de la représentation, il correspondait aussi à la volonté de trouver au film, issu de l’univers du spectacle, une légitimation esthétique dans la sphère de la picturalité. Au renouveau du tableau vivant dans l’univers de l’art contemporain, on peut probablement trouver un nouveau ressort et y voir le symptôme d’une modification dans la relation que les artistes entretiennent avec leur propre passé. Pour la tradition moderniste, conformément au principe kantien selon lequel le critère du génie est l’originalité, cette relation doit être pensée en termes de rupture : le tableau vivant au contraire nous incite à la penser en termes de reprise et de déspécification : c’est ainsi que le film, à l’époque communément nommée post-moderne, en réactivant le genre du tableau vivant, se réapproprie les valeurs de la peinture et de la sculpture afin de renouveler ses principes et de reformuler ses lois."

Philippe-Alain Michaud et Jonathan Pouthier