Thomas Brummett — Of Earth, Heaven and Light

Exposition

Photographie, techniques mixtes

Thomas Brummett
Of Earth, Heaven and Light

Encore environ un mois : 5 novembre 2016 → 14 janvier 2017

Thomas Brummett est un artiste dont l’œuvre se situe à la croisée de deux chemins. Patient et réfléchi, il cherche à découvrir l’essence du monde naturel, portant son attention sur son environnement immédiat — une brindille, un rayon de lumière fugace. Il explore aussi le médium de la photographie, testant les multiples façons de faire une image avec la lumière et les traces qui s’impriment à la surface du papier photosensible. Tout son travail s’intègre dans une même série intitulée Rethinking the Natural.

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Thomas Brummett, Infinities #7 (for Riley), 2013 Tirage d’archive à encre pigmentaire sur papier pur coton — Ed. 3/5 — 119 × 93 cm © Thomas Brummett — Courtesy Galerie Karsten Greve Köln, Paris, St Moritz

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Né au Colorado en 1955, Brummett développe un goût pour les déserts arides et les montagnes escarpées. Après avoir étudié la céramique et la photographie à l’université d’État du Colorado (Bachelor of Fine Arts, 1979) et à la Cranbrook Academy of Art, Michigan (Master of Fine Arts, 1982), il s’installe à Philadelphie, où il aura une fille. Élevé dans une famille chrétienne (épiscopalienne), dont plusieurs membres appartiennent au clergé, il voyage à travers l’Inde et l’Asie à l’âge adulte. Réalisant que la quête décrite dans les religions abrahamiques occidentales n’a plus de sens à ses yeux, il s’intéresse alors à la théologie orientale taoïste et bouddhiste. Plutôt que d’entreprendre un pèlerinage dédié à un Dieu transcendantal et indépendant de l’univers, Brummett s’oriente vers les traditions monastiques orientales qui ouvrent la voie à l’immanence — une intense observation du monde à portée de vue. Si cette attention particulière à l’immédiat trouve un écho dans la démarche scientifique, il n’est pas surprenant que la pensée taoïste et bouddhiste imprègne la science moderne et les mathématiques, comme le souligne le logicien autrichien Ludwig Wittgenstein dans ses écrits : « […] là où je veux réellement aller, je dois déjà, en vérité, être » (Culture and Value, 1930). Ce rapprochement entre pratiques méditatives et sciences modernes constitue le fil rouge de son œuvre.

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Thomas Brummett, Infinities #8 (For Whistler), 2013 Tirage d’archive à encre pigmentaire sur papier pur coton — Ed. 3/5 — 129 × 99 cm © Thomas Brummett — Courtesy Galerie Karsten Greve Köln, Paris, St Moritz

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Dans la série Light Projections, il intervient sur les « cercles de confusion » qu’un objectif peut produire lorsqu’il est flou. Le cercle de confusion est un terme d’optique désignant des points lumineux (l’effet bokeh [flou en japonais]). Il s’agit d’un artefact de l’objectif que Brummett décrit comme « l’effet d’optique que produit un objectif flou ». La méthode de Brummett visant à maîtriser et élaborer des images issues de ces cercles de confusion est tout à fait novatrice dans l’histoire de la photographie. D’après lui, les tirages de cette série « représentent la manifestation physique de la Lumière = l’Infini ». Il précise : « Les Light Projections sont le parfait symbole visuel de l’Infini. La lumière fait partie du monde naturel. La lumière constitue la base du monde naturel, de toute forme de vie et d’énergie… [Dans cette série] je ne détourne pas mon attention du monde naturel, je me tourne vers son essence même. Je réduis le monde naturel à sa forme la plus pure : la Lumière. » Par ces mots, Brummett marche sur les traces des mystiques, qui à travers les âges ont associé la lumière à l’infini, leur prêtant, en outre, un caractère divin. Par ailleurs, Brummett met une majuscule aux mots « Lumière » et « Infini » pour les personnifier/déifier dans la tradition grecque classique des notions de « Bien », « Juste » et « Triangle », qui selon Platon étaient toutes divines. Cette association de la lumière, de l’infini et de la divinité est profondément ancrée dans la pensée occidentale : « toute grâce excellente et tout don parfait descendent d’en haut, du Père des lumières » (Pseudo-Denys l’Aréopagite, La Hiérarchie céleste, vers 500 av. J.-C.) ; « Allah est la Lumière des cieux et de la terre » (Coran, 609-632) ; « Le Dieu judéo-chrétien est “infini absolu” (Absolut Unendlichen) » (Georg Cantor, Contributions au fondement de la théorie des ensembles transfinis, 1887).

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Thomas Brummett, Light Projection Variation #2, 2013 Tirage d’archive à encre pigmentaire sur papier pur coton — Ed. 3/5 — 117 × 91,5 cm © Thomas Brummett — Courtesy Galerie Karsten Greve Köln, Paris, St Moritz

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Un astronome amateur peut facilement photographier à travers un télescope terrestre, en revanche, un non-scientifique n’a pas la possibilité de réserver du temps sur un télescope en orbite au-dessus de l’atmosphère terrestre. Ainsi pour obtenir des prises de vue de l’espace, Brummett utilise des images captées par le télescope spatial Hubble, que la NASA diffuse au grand public. À partir d’une de ces captations de lumière, sorte de retour en arrière transatmosphérique, il travaille comme un imprimeur pour manipuler l’image, en désaturer les teintes, puis la texturer avec d’autres motifs qu’il a lui-même photographiés dans la nature (Série Infinities [of Earth and Heaven], 2013-2016). S’y trouvent pêle-mêle des images d’étoiles, des magnolias, une captation de flocons de neige s’écrasant contre un scanner, ainsi que de la poussière et des moisissures provenant de l’atelier de Brummett. Dans ces images, il décrit son intention de recréer l’idée de William Blake sur notre perception du monde : « Si les portes de la perception étaient purifiées, toutes les choses apparaîtraient à l’homme telles qu’elles sont, infinies » (Le Mariage du ciel et de l’enfer, 1793).

Lynn Gamwell

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Thomas Brummett est né en 1955 aux États-Unis. À l’issue de ses études de photographie à la Colorado State University et à la Cranbrook Academy of Art de Bloomfield Hills, dans le Michigan, il s’est installé en photographe indépendant en 1983. Il a enseigné la photographie de 1985 à 1990 à la University of Arts de Philadelphie. Ses travaux sont entrés dans nombre de collections publiques, notamment celles du Museum of Fine Arts de Houston, du Philadelphia Museum of Arts et du Museu de Arte Moderna de Rio de Janeiro, au Brésil. Son travail photographique a déjà été récompensé par de nombreux prix, notamment par l’International Photography Award en 2004, 2009 et 2012, ainsi que par le Sony World Photography Award en 2014. Thomas Brummett vit et travaille à Philadelphie, aux États-Unis.