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Photographie

Tom Arndt
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Passé : 13 septembre → 31 octobre 2014

Tom arndt   les douches la galerie tom arndt bicentenial fete browerville minnesota original grid Tom Arndt, Home — Les Douches, la galerie Reconnu et populaire Outre-Atlantique, Tom Arndt bénéficie à la galerie des Douches de sa première exposition personnelle en France... 2 - Bien Critique

Né à Minneapolis, Tom Arndt s’est attaché à photographier son Minnesota natal. S’inscrivant dans la grande tradition de la photographie documentaire américaine, il nous livre un album de famille : ses habitants, ses rues, ses vitrines, ses comptoirs de café, ses parcs, ses grands évènements populaires, avec une très grande empathie et une grande dignité. Le misérabilisme n’y a pas sa place. Comme le souligne son ami et écrivain, Garrison Keillor, Tom Arndt photographie « l’ADN de la culture du Minnesota, c’est-à-dire les pauvres et les exclus ».

Très attaché à l’argentique, Arndt nous livre des tirages d’une exceptionnelle beauté. Amoureux des papiers photographiques, il ne peut concevoir une journée sans passer plusieurs heures dans son laboratoire. Ses photographies sont présentes dans de nombreuses collections des musées américains.

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Tom Arndt, Bicentenial Fete, Browerville, Minnesota, 1976 Tirage gélatino-argentique moderne — 27,9 × 35,3 cm Courtesy of Tom Arndt & Les Douches — La Galerie, Paris
Texte de Toby Kamps

Une ménagère du Midwest posant fièrement avec sa tondeuse à gazon sur un trottoir propret. Un groupe de jeunes filles en goguette passant devant les fenêtres d’une confiserie. Un homme perdu dans ses pensées au comptoir d’un restaurant, baigné d’un rayon de soleil et se reflétant dans le miroir d’un distributeur de cigarettes. Des scènes que nous pouvons voir à tout instant de notre vie. Si chacun de nous est en mesure d’apprécier la beauté ou l’intensité de ces moments éphémères, il faut cependant un talent et une réactivité extraordinaires pour en faire de l’art au moyen d’un appareil photo. Le photographe Tom Arndt, originaire de Minneapolis, auteur de ces images noir et blanc ainsi que de milliers d’autres, tout aussi criantes de vérité, compte parmi les rares spécialistes de la photographie de rue à posséder le regard, l’intuition et la compétence technique permettant d’extraire de la poésie des scènes du quotidien.

Depuis le début des années 1970, Arndt passe sa vie à chasser des images fortes mettant en scène les gens et l’espace/temps qu’ils habitent. Armé des outils classiques du genre, une pellicule Kodak Tri-X et un Leica rapide et discret, il a sillonné les rues des grandes villes et des bourgades des États-Unis, d’Europe et d’Amérique Latine en quête de ces instants fugaces, évanescents, où les histoires et les images se rejoignent. Son œuvre renvoie à la grande tradition de la photographie humaniste — des images qui traitent des thèmes universels de la vie. Elle s’inscrit dans la continuité des grands innovateurs du genre, passés ou présents : Henri-Cartier Bresson et sa méticuleuse instantanéité, Garry Winogrand et son sens inné du timing et de l’humour, Robert Frank et son regard brut sur la société américaine. Mais Arndt possède une sensibilité qui lui est propre.

Les œuvres de Tom Arndt ont un côté plus doux, moins cinglant que celles de ses prédécesseurs et des grands noms du genre. Moins soucieux de saisir le « moment décisif » alliant une composition et une symbolique parfaites, à la Cartier-Bresson, il préfère étirer légèrement le temps, afin d’en exprimer la fuite. Qu’il montre une conversation, un trajet ou simplement une situation d’attente, on le sent fasciné par cet état mental singulier qu’est la concentration. Saisir au vol les rêveries quotidiennes dans un bar, un bus ou sur un pas-de-porte, est une des spécialités de Arndt. Ses compositions sont souvent assez libres et donnent l’impression que le photographe est un élément de la scène et non un observateur extérieur au regard acéré. Étonnamment, son humanisme s’exprime différemment de celui de la plupart des photographes de rue qui travaillent sur le vif ou sans communiquer directement avec leur sujet. S’il prend de nombreuses photos à l’insu de son sujet, il laisse tout aussi volontiers transparaître le fait que le sujet voit parfois qu’il se fait prendre.

Aucune froideur chez Tom Arndt. Il s’est toujours attaché à raconter les humains avec bienveillance. « Qu’est-ce que cela signifie d’être en vie, voilà ce qui m’intéresse. Mes sujets sont des gens qui tentent de tuer la journée d’une manière ou d’une autre, et je les accompagne, » explique-t-il. « Je tente de faire en sorte que les gens que je photographie soient représentés avec justesse et dans le plus grand respect. » Pauvreté, solitude, turbin, tels sont les thèmes récurrents de son œuvre, mais jamais on ne sent le côté « je t’ai bien eu », cynique motivation d’un grand nombre de photographes de rue. Comme le montrent ses images d’un groupe de spectateurs assistant sur les gradins à une manifestation de tracteur pulling en 2013, d’un homme lisant le menu dans la vitrine d’un restaurant en 1982, d’une cabine téléphonique vide dans un bar de Saint Paul, photographiée en 1971, le désir d’établir un contact est toujours sous-jacent.

En cela, Arndt se rapproche de ses pairs Helen Levitt et Jerome Liebling, ce dernier ayant été son professeur à l’université du Minnesota en 1969 et 1970. Levitt et Liebling partagent avec lui cette volonté de transformer les rencontres photographiques en mini-collaborations à l’amiable. Comme eux, Arndt possède cette capacité à aborder des gens de toute race et de toute génération. Un des plus beaux compliments qu’on lui ait faits, selon lui, venait d’une productrice afro-américaine qui lui a confié que ses photographies des Noirs de Chicago étaient les premières qu’elle regardait sans se rendre compte que l’artiste était blanc. Les images de Tom Arndt montrant des jeunes de couleur posant à Minneapolis et Chicago, à la fin des années 1990 et au début des années 2000 (ainsi que ses photos de vitrines de salons de beauté, devantures de boutiques et autres portes d’entrée) sont dignes des deux grands documentaristes engagés de la Grande Dépression, Walker Evans et Dorothea Lange. Elles témoignent des changements démographiques de ces régions connues pour leur population majoritairement blanche.

En regardant les photographies de Tom Arndt, on a toujours le sentiment qu’il est à sa place dans le monde qui l’entoure. Sa patience, sa curiosité et sa passion pour l’aspect tragi-comique de la vie ressortent dans ses images de trois passagers rivalisant d’aplomb dans un bus de nuit qui traverse un quartier de Las Vegas illuminé de néons (L’essai d’Umberto Eco sur les mythologies américaines Voyage dans l’hyperréalité traînait-il, comme l’artiste, dans un bar de Saint Paul, dans le Minnesota ?), d’un homme derrière la vitrine embuée d’un magasin de vêtements à Chicago (la condition masculine est le sujet de l’ouvrage de Tom Arndt, paru en 1994, Men in America), et dans son excellente série de clichés nocturnes montrant les réjouissances du 4 juillet dans un quartier de New York, autour d’un feu d’artifice de fortune (est-on au Vietnam ou à Little Italy ?). « La rue est le dénominateur commun qui nous unit, » déclare Arndt. « La rue recèle notre histoire. La rue est le lieu où se déroulent les révolutions, où s’expriment les idées politiques, où surgit le changement. » Malgré sa dimension internationale, c’est bien dans le nord du Midwest que Tom Arndt a ses racines. Manhattan, ce paradis des photographes de rue qu’il écume depuis le début de sa carrière, est récemment devenu « Disneyland », selon lui. Chicago, en revanche, une ville où il a vécu et travaillé pendant des années, utilisant la chambre noire de l’Institut des Beaux-Arts — où se trouve archivée une grande partie de son œuvre — a gardé tout son dynamisme. Le charme très nature de cette ville transparaît dans ses photographies d’un jeune garçon paradant avec canne et chapeau melon, d’un couple ukrainien posant à l’entrée de son immeuble, et d’un client sortant, avec son plat à emporter, d’un restaurant qui affiche « soul by the pound » (âme au kilo).

Mais c’est le Minnesota, l’État qui l’a vu naître, qui demeure le sujet de prédilection de Tom Arndt. Ce territoire du nord est plutôt rude pour un photographe. Des hivers longs et glacials, des étés brefs et caniculaires, autant de conditions qui limitent la vie sociale et locale. De plus, comme l’a souvent fait remarquer Garrison Keillor, animateur radio et humoriste proche de Tom Arndt, les habitants ne sont pas très excentriques, que ce soit dans leur tenue vestimentaire ou leur comportement. Mais ces gens d’une grande simplicité sont un peu la famille de l’artiste, et il parvient à faire ressortir certains traits de leur caractère. L’affection et la bienveillance qu’il leur porte rejaillissent dans chaque photographie.

Chaque recoin du Minnesota recèle un sujet pour Arndt : la chambre de sa tante Fud et son portrait de Jésus-Christ dans la petite ville de Fergus Falls, un sympathique vieux couple devant sa caravane dans le sud du l’État, la foule noyée sous la pluie sur Hennepin Avenue, la rue principale de Minneapolis. Mais dans la sélection que propose la présente exposition, c’est dans les photos de fêtes locales, de défilés et autres réjouissances que l’on apprécie le mieux le travail de Tom Arndt dans sa terre d’origine. Lors de ces rassemblements, où les distractions foisonnent et la bonne humeur est au rendez-vous, l’artiste travaille vite, en se fondant dans le rythme de la fête. Dans un documentaire vidéo réalisé en 1983 par l’Institut des Beaux-Arts de Minneapolis, on le voit évoluer dans son élément, au cœur de la fête foraine du Minnesota. Il travaille avec fluidité, son enthousiasme est tangible, et on l’entend sortir sa petite phrase « faites comme si je n’étais pas là » pour désarmer ses sujets. Dans sa photo Two Women and the Flag, Payne Avenue, St. Paul, Minnesota, de 1982, qui montre deux spectatrices d’un défilé du régiment penchées à leur fenêtre du premier étage, il résume ce patriotisme typiquement américain basé sur la vigilance. Dans cette exposition, toutes les images hantées par la bannière étoilée évoquent Robert Frank et son étude des coutumes américaines, en 1958, intitulée Les Américains. (Arndt serait-il notre De Tocqueville national ?) Caramel Corn, Minnesota State Fair, St. Paul, Minnesota et Ticket Taker, Minnesota State Fair, St. Paul, Minnesota, deux photographies de jeunes employés de la fête foraine, prises en 1973, illustrent cet étrange mélange d’ennui et d’excitation qu’est l’adolescence. Enfin, point culminant de cette exposition, l’incroyable photographie Minnesota State Fair, de 1976, qui montre un groupe de jeunes femmes pomponnées débutant leur soirée sous le mot « American » d’une enseigne lumineuse, provoque une réaction quasi-pavlovienne chez tout natif du Midwest — y compris l’auteur de ces lignes — car elle résume si bien la promesse d’un soir d’été dans l’Amérique profonde. On comprend aisément qu’une fête foraine, avec son lot de concours agricoles, de friture et de patrimoine américain empreint de nostalgie, attire irrésistiblement un artiste comme Arndt. En un sens, cet univers a le même effet que ses photos : il devient une miniature du monde en créant un espace où s’entrechoquent différentes visions de nous-mêmes.

Qu’elles proviennent de la fête foraine du Minnesota, d’un arrêt de bus de la Nouvelle-Orléans ou d’une route déserte de l’ouest du Montana, les œuvres de Tom Arndt représentent une forme d’art d’une valeur inestimable. Grappillées dans la réalité, ses images taillent des fragments limpides dans l’épaisseur de la perception visuelle et nous offrent un accès privilégié au flot incessant du temps et de la connaissance. Comme tout portrait ou paysage réalisé avec finesse, elles dévoilent avec force les schémas et les ambiances de la vie quotidienne. Et comme souvent dans le genre de la photographie de rue, les grandes questions restent sans réponses dans les œuvres de Arndt : qui sont ses sujets, où vont-ils, à quoi pensent-ils ? Pourtant, ses images d’un vécu en train de s’accomplir se distinguent par leur générosité. Par leur familiarité, leur sincérité et leur franchise, elles prouvent que le photographe est là pour nous accompagner au fil de notre vie.

  • Vernissage Samedi 13 septembre 2014 14:00 → 19:00
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5, rue Legouvé


75010 Paris

T. 09 59 66 68 85

www.lesdoucheslagalerie.com

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Du mercredi au samedi de 14h à 19h
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