Uncoupdedés.net — L’Espace de l’Art Concret

Evénement

Techniques mixtes

Uncoupdedés.net
L’Espace de l’Art Concret

Passé : 16 février 2013 → 14 février 2014

L’Espace de l’Art Concret joue la correspondance avec Emmanuelle Pagano

Inauguré en 1990, l’Espace de l’Art Concret se situe sur la commune de Mouans-Sartoux. Il développe son action autour de trois pôles : la conservation de la Donation Albers-Honegger, la programmation d’expositions temporaires dans la Galerie du Château et dans la Donation et l’action pédagogique. Egalement lieu de résidence, l’EAC a accueilli durant trois mois l’écrivaine Emmanuelle Pagano qui a écrit un texte en écho à certaines œuvres. Ce texte offre une vision fictionnelle de la collection dans une volonté affirmée d’ouverture et de dialogue entre les différents champs artistiques et le public.

« Je ne suis jamais allé dans l’espace. Mais j’en ai toujours rêvé. Mes rêves n’ont pas quitté le ciel des yeux. Je regarde parfois ma veilleuse d’enfant briller là-haut, Vénus, je pense à ma petite sœur de quelques minutes. Entre Vénus et nous, entre vénus et mon passé, j’ai placé une lampe, une autre lampe, en orbite autour de la Terre. Ma lampe d’adulte allumée. Elle veille sur nos nouveaux sommeils. Elle tourne quelque part dans la nuit, pas pour y voir en plein noir, mais pour nous éclairer, pour éclairer nos connaissances. Savoir. Elle dérive là-haut pour ausculter le soleil. Elle clignote comme un rappel, pour que je ne m’éloigne pas trop de mes rêves d’enfant.

Je suis souffleur de verre, comme mon père, mon grand-père, mon arrière grand-père. J’aime beaucoup travailler le verre, il devient vivant à la chaleur. De ce matériau magique on peut faire tellement de choses, on peut le façonner sans limite, lui donner toutes les formes, il suffit de l’empêcher de céder à la pesanteur, à l’appel écrasant de la terre. Dans la famille, nous défions la pesanteur depuis plusieurs générations. Nous cueillons une goutte de verre, précisément dosée, au bout d’une tige creuse que nous appelons la canne, et, en retirant la canne, nous gardons toujours au bras des mouvements de rotation pour démentir cet effet de pesanteur, le contredire, donner tort à la terre, et empêcher ainsi le verre de s’étirer. La rondeur est une grâce. Nos gestes sont comme une pantomime indienne, de fines torsions de bharata natyam, nous dansons des poignets pour que la terre n’appelle pas le verre à ses pieds. Petit, je voulais m’en affranchir complètement, de la pesanteur, je voulais devenir spationaute. Devenir la goutte de verre portée par la poigne aérienne de mon père. Mais mes parents avaient les pieds sur terre. Pour être spationaute il fallait faire de longues études, pour faire de longues études il fallait aller loin, et loin c’était trop cher pour eux. Ils voulaient que je travaille à leurs côtés, et que je reprenne la boîte, cette petite entreprise artisanale où mon père façonnait le verre, avec de jolies gesticulations, où ma mère était secrétaire-comptable, et qui était toute leur fierté. Ma fierté à moi, c’est ma lampe là-haut, à bord de la station spatiale internationale.(…) »

— Emmanuelle Pagano

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