Paysage en apothéose

Exposition

Dessin

Paysage en apothéose

Passé : 21 mai → 24 septembre 2016

Michael Biberstein travaillait activement depuis 4 ans à la création d’un ciel de 900m2 pour le plafond de l’Eglise Santa Isabel (1742) à Lisbonne, au moment où il décède subitement en mai 2013. Un comité artistique est alors créé afin d’accomplir ce qui est désormais nommé le Ciel de Mike : grâce au suivi du Cabinet d’architecture Appleton e Domingos, au soutien de la Santa Casa Misericordia de Lisbonne, à celui continu de la galerie et les dons de nombreux mécènes internationaux ainsi que la collaboration de Factum Arte, le Ciel de Mike sera inauguré à Lisbonne en juillet 2016.

Parallèlement à la réalisation de la peinture du plafond de l’Église à Lisbonne, la galerie organise une exposition intitulée Paysage en apothéose consacrée principalement à la présentation d’œuvres sur papier inédites de l’artiste, très peu ou jamais exposées au public. Il s’agit de la toute première présentation, aussi exhaustive à ce jour, des œuvres sur papier, depuis la fin des années 70 jusqu’au décès de Michael Biberstein en 2013 ; quelques peintures viendront compléter cette exposition et permettront de comprendre le cheminement de l’artiste au travers de son œuvre dessiné et peint. Cette présentation sera enrichie par un catalogue à venir consacré à l’œuvre graphique de l’artiste avec un texte de l’historien d’art anglais Nicholas Turner, ancien Conservateur en chef du Département des Estampes et Dessins du British Museum à Londres et Conservateur des OEuvres Graphiques au J. Paul Getty Museum de Los Angeles.

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Vue de l’exposition Paysage en apothéose, Michael Biberstein, 2016 Photo © Hervé Abbadie

Depuis les années 70, Michael Biberstein se concentre sur la notion du Paysage en peinture, à la fois lié à sa dimension historique d’images reproduisant un paysage comme en attestent les multiples recherches de l’artiste sur les syntaxes possibles dues à son genre, visibles dans les nombreuses études plus conceptuelles des années 80 qui décomposent le paysage telles double-champs, 1980 ; La malheureuse histoire du dessin en 2 parties, 1982 ; Quatre parties d’une direction horizontale du paysage, 1983 ainsi que la Série des paysages à l’encre de chine et les multiples recherches des Prospect-Refuge Image à la fin des années 80, faisant écho à la lecture de Wittgenstein et sa philosophie du langage que Biberstein connaissait de toute évidence. Néanmoins, outre leur dimension historique en tant que reproduction d’une Nature visible, les multiples paysages de Biberstein sont également, selon les mots de l’artiste, « …les paysages des multiples champs offerts au medium de la peinture » que l’artiste ne va avoir de cesse d’explorer, que ce soit à travers ses différents mediums (huile, acrylique, pastel, encre, crayon, aquarelle… ) ou encore à travers ses questions d’échelle puisque celle-ci sera testée dans son plus large spectre, que ce soit dans son œuvre peinte ou dessinée.

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Vue de l’exposition Paysage en apothéose, Michael Biberstein, 2016 Photo © Hervé Abbadie

Après la phase plus analytique et conceptuelle de l’acte de peindre un paysage dans les années 80, Michael Biberstein s’intéresse de manière plus évidente dans les années 90 à l’œuvre d’art comme expérience spatio-temporelle fondée sur une réponse sensuelle de l’observateur puisque pour l’artiste « la contemplation d’une œuvre d’art peut conduire à l’apothéose de l’esprit . Ce qu’une pensée rationnelle ne permet désormais plus, la peinture l’autorise — tout comme la musique. » Les paysages de Michael Biberstein font aussi bien référence aux paysages de Vernet, Friedrich, Turner, Monet, Cézanne et Rothko que, pour certains, à la grande tradition picturale chinoise qui selon l’artiste « …sont les paysages les plus avancés pour atteindre la quiétude et le calme intérieur alors que l’art occidental excelle plutôt dans le dynamisme. Cela m’intéresse d’explorer toutes ces possibilités ». L’absence de contours suggère des formes et le flux constant de couleurs est en perpétuelle mouvance en fonction de la lumière. Passionné d’astrophysique, les paysages de Biberstein y puisent volontiers leurs noms et font écho aux grandes énigmes de l’Univers : Grand Attracteur, Grand Large, Amas stellaire ou K3.

De plus en plus éthérés, tels des vibrations d’espace et respirations chromatiques où résonnent le silence, les paysages de Michael Biberstein deviennent, au fil de l’œuvre, les paysages d’un sublime ailleurs et partout qui ne fixe rien, n’identifie rien, ne représente rien comme s’il guidait et projetait son observateur dans un espace qui lui est à la fois proche et lointain, intérieur et extérieur, intime et distant, laissant entrevoir notre impossibilité tant à percevoir les limites de l’univers où nous évoluons que celles de l’être que nous sommes puisque, à l’image des paroles d’Héraclite, « …en parcourant tous les chemins, nous ne pourrions trouver les limites de notre âme, tant la connaissance qu’elle possède est profonde ».

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Michael Biberstein, Tripple-Attractor, 1990 290 × 540 cm Kunstforum Aachen

Les œuvres de Michael Biberstein nous plongent au-delà même de notre expérience et de nos intuitions, dans l’espace du sublime, où ce que nous ressentons n’a ni corps, ni forme, ni temporalité ni espace propres puisqu’il fluctue sans cesse au gré de la lumière, sans ici ni là-bas, comme un Tout indivisible et multiple où, à la fois, nous sommes et ne sommes pas. Nous découvrirons aussi pour la première fois, les œuvres-études de l’artiste pour le plafond de l’Eglise Santa Isabel à Lisbonne inauguré en juillet prochain : sans doute celui-ci est-il ce Paysage en apothéose où l’humain y est totalement présent sans y être figuré.

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Né à Solothurn en Suisse en 1948, Michael Biberstein quitte la Suisse dans les années 60 pour étudier l’histoire de l’art aux Etats-Unis auprès du critique britannique David Sylvester au Swarthmore College de Philadelphie.

Il est fortement marqué par une exposition de Mark Rothko qui oriente fortement son cheminement pictural. Son intérêt sera ensuite porté à l’art Paléochrétien et l’architecture des églises romanes ainsi qu’à la peinture baroque, et plus particulièrement à Giovanni Battista Tiepolo. Les espaces sacrés de notre planète que l’artiste visite inlassablement, aussi bien que les paysages d’une Nature en toute beauté et l’ouverture qu’ils provoquent en notre esprit, deviennent alors l’un des sujets majeurs de son œuvre, l’artiste étant pleinement ouvert à ce qu’ils produisent en notre conscience en dehors de tout dogme ou militantisme. Grand érudit, Michael Biberstein se distinguait par sa grande connaissance de l’histoire de la peinture de paysage de l’époque baroque à aujourd’hui, par son amour indéfectible pour la musique tout autant que son savoir insatiable pour les différentes théories d’astrophysique qu’il appliquaient constamment à son œuvre.

  • Vernissage Samedi 21 mai 15:00 → 19:00
  • Evénement Samedi 10 septembre 15:00 → 18:00

    Lancement du catalogue des œuvres sur papier de l’artiste.